Imitons les actionnaires au lieu de les envier

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(Crédits : Reuters)
La question de l'appréciation des dividendes fait l'objet de critiques récurrentes. Outre que ces dernières ne se focalisent que sur une partie de la chaîne de création de valeur qui bénéficie aussi aux salariés et à l'Etat, elles ne s'interrogent pas sur la façon dont une partie plus large de la population pourrait en tirer profit. Par Nicolas Marques, Institut économique Molinari.

Les actionnaires ont mauvaise presse. Ils sont accusés de s'enrichir indument sur le dos des entreprises, en s'accaparant une part indue des profits. Cette critique ancienne, mise en avant par les critiques historiques du capitalisme tel Karl Marx, rencontre un sursaut d'intérêt. En dépit des multiples travaux attestant une remarquable stabilité du partage des profits, de plus en plus de nos concitoyens ont l'impression que les disparités se creusent entre salariés et actionnaires.

En 2013, Thomas Piketty publiait son Le capital au XXIe siècle. Une somme censée illustrer l'augmentation inexorable des inégalités, entre ceux qui possèdent le capital et ceux qui vivent du fruit de leur travail. Les premiers étaient accusés de s'enrichir plus vite que les seconds, avec un taux de rémunération du capital plus élevé que la croissance, ce qui creuserait inexorablement le fossé entre ceux vivant de leurs rentes et ceux dépendant des salaires.

Il y a maintenant un an, une ONG, Oxfam lançait un pavé dans la marre, avec une étude titrée « CAC 40, des profits sans partage ». Ce travail, centré sur le seul partage des profits, faisait le tour des médias et des réseaux sociaux. Il accréditait l'idée que les entreprises du CAC 40 français profitent avant tout à leurs actionnaires et délaissent à la fois l'investissement et leurs salariés, à partir d'une analyse centrée sur le partage des profits après impôt sur les sociétés.

Démarche partielle

Cette démarche, partielle, passait sous silence l'essentiel de la rémunération des salariés et les gains des Etats. Dans les faits, le partage de la richesse créée par les entreprises, y compris les plus grosses, est bien plus équilibré que prévu. Selon nos calculs, la contribution fiscale et sociale des entreprises du CAC 40 est évaluée à 373 milliards d'euros au titre de 2018. Les 5,2 millions de salariés français et étrangers étaient les premiers bénéficiaires du développement de ces entreprises, avec 265 milliards d'euros (71 %). Ils devançaient les 72 milliards de gains des Etats français et étrangers (19 %) générés par les différents impôts de production, sur les bénéfices ou sur les dividendes. Les actionnaires arrivaient en troisième position, avec des gains estimés à 36 milliards d'euros nets d'impôts (10 %). Par rapport à 2016, la contribution du CAC 40 progressait de 10 %. Les Etats étaient les premiers gagnants (+14 %) en raison du dynamisme des rentrées d'impôts sur les sociétés (+20 %), suivis des salariés (+ 10 %) et des actionnaires (+ 2 %).

Contrairement aux idées reçues, le partage de la richesse produite par les grandes entreprises ne se déforme pas inexorablement au profit des actionnaires. Si l'on compare les entreprises du CAC 40 entre 2018 et 2008, on constate une progression des dépenses de personnel de +70 %, avec 150 milliards de plus, tandis que les dividendes avant impôt progressaient de 34 %, avec 12 milliards de plus. Une observation qui n'est pas propre aux grands groupes français, comme l'atteste une analyse récente du partage de la valeur ajoutée publiée par 6 syndicats de salariés et d'employeurs.

Hostilité due à la méconnaissance

Une partie de l'hostilité à l'égard des actionnaires s'explique probablement par une méconnaissance de leur nature et de l'usage qu'ils font des dividendes. On parle beaucoup des gros actionnaires, notamment des créateurs d'entreprises et de leurs familles, qui possèdent 10 % du CAC 40. On parle beaucoup moins de la grande masse des personnes qui bénéficient des performances du CAC 40 par l'intermédiaire de leur assureur, de leur mutuelle ou de leur banque. Vous avez de l'assurance-vie, vous êtes actionnaire salarié, vous épargnez pour votre retraite par l'intermédiaire de la Préfon ou d'un PERP, vous êtes fonctionnaire et cotisez à l'Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique... vous figurez parmi les bénéficiaires des dividendes versés par les entreprises cotées. Ces dividendes, loin d'être improductifs vous permettent de bonifier votre épargne ou de compléter vos revenus. Dans certains cas, ils sont réinvestis en votre nom dans d'autres entreprises, dans d'autres cas, ils sont utilisés pour bonifier votre complément retraite...

Que représentent ces détentions ? C'est difficile à dire, hormis dans le cas de l'actionnariat salarié qui représente 3,5 % du CAC 40. Il est aussi certain que la part des salariés pourrait être plus élevée, notamment si l'épargne retraite était plus développée chez nous. C'était d'ailleurs une des propositions de Jean-Jaurès, il y a plus d'un siècle. Pour le cofondateur du Parti socialiste français (1902) et de L'Humanité (1904), la capitalisation peut « bien maniée, par un prolétariat organisé et clairvoyant, servir très substantiellement la classe ouvrière ». En la rendant « à la fois capitaliste et salariée », elle lui permettrait de recevoir « le produit social qui résulte de la mise en œuvre de ce capital par le travail ouvrier ».

Thomas Piketty ne conseille pas cette démarche qui serait, selon lui, serait trop risquée pour les classes populaires. Une approche paradoxale. Prétendre que les capitalistes s'enrichissent inéluctablement, tout en déconseillant à l'essentiel de la population de les imiter relève de l'injonction paradoxale. Il est avéré que l'épargne, bien pratiquée, permet de s'enrichir sur la longue période. Si l'on pense, comme l'économiste des inégalités, que son rendement est nécessairement supérieur à la croissance, inviter les salariés à s'en détourner est un conseil fort coûteux à long terme.

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Commentaires
a écrit le 23/05/2019 à 11:17 :
Si je ne peux pas répondre au trollage d'hercule ou bien demander sa suppression vous supprimez mon commentaire vous ne le laissez pas coller par un peine à penser.
a écrit le 23/05/2019 à 11:14 :
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a écrit le 23/05/2019 à 11:13 :
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a écrit le 23/05/2019 à 11:13 :
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a écrit le 22/05/2019 à 10:31 :
Bravo pour l'article.
Vous dites des simples verités qui font mal aux très comfortables idées reçues.
a écrit le 22/05/2019 à 10:29 :
" Si l'on compare les entreprises du CAC 40 entre 2018 et 2008, on constate une progression des dépenses de personnel de +70 %, avec 150 milliards de plus, tandis que les dividendes avant impôt progressaient de 34 %, avec 12 milliards de plus."

Quand est ce qu'on lit des gros titres la dessus ?

Ha si nos écoles de journalisme mettaient plus l'emphase sur l’économie réelle, certains media ne reprendraient pas bêtement les âneries d'Oxfam ou d'Attac et on aurait moins de populisme en France !.
Réponse de le 22/05/2019 à 12:08 :
attention à l effet des chiffres......quel était la composition du CAC en 2008 et celle de 2018?
et quel est l augmentation du chiffre d affaire?
il y a des entreprises a forte intensité capitalistique et à faible marge....
celle à relativement faible intensité capitalistique mais demandant bcp de main d'oeuvre.....celle la souvent avec des marges relativement faible aussi
et celle a forte intensité capitalistique et grosse marge
donc des données globales.... sur deux années de comparaison..... ne sont pas non plus un mantrat....
si on distribuait plus de dividende que de salaires dans une entreprise, on serait tous chef d entreprise

ceci étant c 'est un éclairage complémentaire....
a écrit le 22/05/2019 à 10:21 :
Très bon article, c'est ce qui fait ma misère de la France : la faible part de l'actionnariat. Les français ne sont pas propriétaires, sauf de leur immobilier. Du coup, les actifs doivent payer beaucoup pour les retraités, car les fonds de retraite sont principalement investis dans des placements qui ne rapportent rien, voire taux réels négatifs. Tous les autres pays qui sont plus riches ont comme par hasard une plus grande part d'actionnariat, notamment dans leurs systèmes de retraites. Je ne citerai même pas l'exemple de la Norvège qui gère très bien sa rente pétrolière. Reste après la maîtrise du risque en faisant jouer la diversification. Il faut à coup sûr dépoussiérer Jean-Jaurès, qui reste très moderne.
Réponse de le 23/05/2019 à 10:11 :
@Nico a écrit le 22/05/2019 à 10:21
Votre contribution mérite être nuancée.
Les dépôts dans les assurances vie s'élèvent à environ € 1 700 Mlds dont environ € 1 500 Mlds dans les fonds en euros. Les fonds en euros où sont logées des obligs des états, d'entreprises (et même un très faible pourcentage d'actions) financent bien l'économie. C'est un choix d'investissement: "obligation" vs "action".
Nos retraites sont sous le régime de la répartition donc les investissements des caisses ne sont pas primordiaux. En revanche, le nombre de retraités par rapport aux actifs est le nœud gordien, d'où les différentes réformes et ce n'est pas terminé.... Je ne veux pas entrer dans le débat sans fin répartition vs capitalisation.
Cordialement
a écrit le 22/05/2019 à 10:18 :
P.S: "au lieu de les envier"

Votre diffamation indécente et grotesque est datée puisque comment envier des personnages aliénés svp ?

"DANGER DE LA RICHESSE: «Seul devrait posséder celui qui a de l'esprit: autrement, la fortune est un danger public. Car celui qui possède, lorsqu'il ne s'entend pas à utiliser les loisirs que lui donne la fortune, continuera toujours à vouloir acquérir du bien: cette aspiration sera son amusement, sa ruse de guerre dans la lutte avec l'ennui. C'est ainsi que la modeste aisance, qui suffirait à l'homme intellectuel, se transforme en véritable richesse, résultat trompeur de dépendance et de pauvreté intellectuelles. Cependant, le riche apparaît tout autrement que pourrait le faire attendre son origine misérable, car il peut prendre le masque de la culture et de l'art: il peut acheter ce masque. Par là il éveille l'envie des plus pauvres et des illettrés - qui jalousent en somme toujours l"éducation et qui ne voient pas que celle-ci n'est qu'un masque - et il prépare ainsi peu à peu un bouleversement social : car la brutalité sous un vernis de luxe, la vantardise comédien, par quoi le riche fait étalage de ses "jouissance de civilisé" évoquent, chez le pauvre, l'idée que l'argent seul importe, - tandis qu'en réalité, si l'argent importe quelque peu, l'esprit importe bien davantage.»

"Tu veux te décupler ? Tu veux te centupler ? Cherches des zéros." Nietzsche

Ben ouais les gars on comprend que vous ayez toujours cherché à éradiquer la pensée vous imposant de vous regarder, enfin, dans une glace...
a écrit le 22/05/2019 à 9:42 :
Et bien entendu, bien hypocrite comme tout bon expert financier qui se respecte vous ne parlez pas de l'hémorragie fiscale liée paradis fiscaux.

Dommage que l'on m'interdise de produire des liens du monde diplo à savoir des faits, afin de contrer toutes ces indécentes messes néolibérales venant de gens qui ont intérêt à ce que la finance continue de tout diriger. Démocratie ?

Continuez de vous la raconter les gars, c'est bien et surtout ne vous sentez pas concernés quand on parle de la fin de l'humanité hein !?

A pleurer.

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