Se défaire de la peur des dividendes
Nicolas Marques

Nicolas Marques, chercheur associé à l'Institut économique Molinari (IEM) = la bonne photo à prendre / Cf. envoi de Cécile Philippe du 8 novembre 2017
IEM
Nicolas Marques

Nicolas Marques, chercheur associé à l'Institut économique Molinari (IEM) = la bonne photo à prendre / Cf. envoi de Cécile Philippe du 8 novembre 2017
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Selon le Janus Henderson Global Dividend Index, les dividendes sont à leur niveau le plus élevé depuis 2009 dans le monde. Par rapport à l'an passé, ils ont progressé bien plus vite au 2e trimestre en Asie-Pacifique (+29%), Allemagne (+27%), Espagne (+25%) ou en France (+24%) qu'en Amérique du Nord (+5%). S'il s'agit d'une bonne nouvelle pour les actionnaires, s'agit-il d'une bonne nouvelle pour le plus grand nombre ?
Cette interrogation donne lieu parfois à un débat caricatural au sein du grand public. Un certain « populisme économique » conduit, en effet, de plus en plus à décrier les grands employeurs, en les accusant de tous les maux : ils ne partageraient pas les profits, ils privilégieraient les dividendes sur les investissements, cela générerait un enrichissement anormal des actionnaires et obérerait le développement des entreprises concernées.
Il est pourtant possible de considérer l'accroissement des dividendes comme une bonne nouvelle ou pour le moins comme une conséquence logique du cycle économique. S'agissant de la France, les données du cabinet EY montrent que le niveau de dividendes distribué par les entreprises du CAC 40 de 2007 n'a été dépassé qu'en 2015, soit 8 ans après le début de la dernière crise. Ces mêmes données montrent que les dividendes distribués par les entreprises du CAC 40 ont progressé en moyenne de 1,4% par an de 2007 à 2017, un ordre de grandeur bien plus mesuré que le chiffrage de Janus Henderson, ayant comme point de départ une période de crise.
Les dividendes sont aussi une très bonne nouvelle si l'on considère la globalité de la contribution des entreprises au développement de nos sociétés. Les dividendes ne sont qu'une partie des apports des entreprises cotées à la collectivité. Dans des chiffrages inédits, nous montrons à l'Institut économique Molinari que pour un euro de dividende net d'impôt distribué aux actionnaires des entreprises du CAC 40, on compte 7 euros distribués aux salariés et 2 euros aux Etats.
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En 2016, les 40 entreprises du CAC avaient généré 240 milliards d'euros de richesse pour les salariés, 66 milliards d'euros pour États français et étrangers et 32 milliards d'euros nets pour les actionnaires. Les salariés étaient les premiers bénéficiaires de cette création de richesse, avec 235 milliards d'euros de dépenses de personnels, 4 milliards d'euros d'épargne salariale et 1 milliard d'euros de dividendes liés à l'actionnariat salarié. Les États étaient les deuxièmes bénéficiaires avec 25 milliards d'impôts de production, 28 milliards d'impôts sur les sociétés, 10 milliards d'euros de fiscalité sur les dividendes et 3 milliards d'euros de dividendes. Les actionnaires arrivaient en troisième position avec 32 milliards d'euros de dividendes nets d'impôts. Loin de s'accaparer l'essentiel des profits, ils ont participé à une chaîne de création de richesse collective représentant 338 milliards d'euros, soit 9 fois plus que leurs gains individuels.
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Le dividende, loin d'être la marque d'une économie qui ne profite qu'à une minorité d'épargnants, est l'arbre qui cache la forêt. Alors cessons d'en avoir peur...
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