Insuffler le droit à l'erreur : une source d'innovation et d'inspiration en entreprise

OPINION. En France, les salariés sont soumis à des injonctions contradictoires. On leur demande d'innover, d'essayer, mais s'ils « ratent », c'est une autre histoire. Cependant, certaines entreprises ont compris que les erreurs sont aussi source d'amélioration et d'innovation. Aussi et surtout une source d'apprentissage, parce que c'est en se trompant que l'on apprend. Ne préfère-t-on d'ailleurs pas même souvent apprendre par l'erreur plutôt que par une consigne ? Apprendre par l'erreur est moins infantilisant. Par Pierre Monclos, DRH chez Unow.

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(Crédits : DR)

Vers une nouvelle normalité de l'erreur dans l'organisation apprenante. Quel enfant n'est pas tombé 10 fois, 100 fois, 1000 fois avant de savoir marcher ? Il est naturel d'admettre que la chute fait partie du processus d'apprentissage car elle permet de se remettre en question et de réfléchir autrement.

Errare humanum est. Le droit à l'erreur consiste à accepter l'erreur. Cette norme peut être définie comme le fait que quiconque souhaite sincèrement apprendre ou expérimenter ne doit pas être systématiquement puni pour les fautes qu'il aurait commises en agissant dans cette intention. Mais Perseverare diabolicum : la persévérance est le diable. Si l'erreur elle-même ne pose pas de problème, c'est l'insistance sur cette erreur qui est répréhensible.

Pour le comte de Tocqueville,  il est préférable de développer ses talents et de réussir à les faire fructifier. Dans cette logique développementale, ceux qui échouent ne sont pas condamnés à la honte d'avoir essayé. Dans toute organisation apprenante, les erreurs font partie intégrante du processus d'apprentissage.

À condition bien sûr que ces erreurs découlent d'une prise de risque. Une simple erreur d'inattention ou une erreur déjà commise à l'identique ne créent aucune valeur et ne sont source ni d'apprentissage ni d'innovation.

Annihiler l'erreur revient à juguler la prise de risque et donc l'innovation

«Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors» (Rabindranàth Tagore). Favoriser le droit à l'erreur, c'est développer la créativité et mettre son équipe sur la voie de l'innovation. Avec des changements majeurs en cours, notamment depuis le début de la crise, les mentalités évoluent. Il ne s'agit plus d'améliorer les processus existants, mais de disrupter, d'inventer de nouveaux modèles économiques, et de casser des codes, notamment en faisant appel à l'intelligence collective. C'est pourquoi nous voyons de plus en plus d'entreprises traditionnelles adopter des concepts entrepreneuriaux tels que l'innovation ouverte, le test and learn, les hackathons ou encore les processus itératifs de méthodes agiles.

La motivation à apprendre de ses erreurs améliore sans aucun doute les performances de l'entreprise et développe l'innovation ; tout comme elle permet aussi réduire le stress et améliorer la QVT.

  • Elle permet de trouver ce que l'on ne recherchait pas. Si Christophe Colomb ne s'était pas trompé dans ses calculs, il n'aurait pas découvert l'Amérique !

  • Elle permet d'améliorer ses performances. Imaginez-vous un seul instant qu'il soit possible d'obtenir un haut niveau de performance du premier coup, sans qu'il soit précédé d'une multitude d'ajustements pour obtenir un résultat remarquable ?

  • Elle est propice à l'innovation. On s'inspire de  Thomas Edison : «Je n'ai pas échoué, j'ai simplement trouvé 10.000 solutions qui ne fonctionnent pas».

Intégrer le droit à l'erreur, c'est acquérir la capacité d'innover avec votre équipe en vous permettant de développer l'analyse des erreurs et la créativité associée pour les surmonter. C'est aussi le moyen d'accroître l'excellence opérationnelle dans une dynamique d'amélioration continue ; car plus l'autonomie est grande, plus la capacité d'innovation est grande.

Dans ce cercle vertueux, les collaborateurs sont plus enclins à «oser», à proposer de nouvelles idées et à prendre des initiatives personnelles.

Comment faire pour cultiver le droit à l'erreur dans l'entreprise ?

Libérer l'innovation, c'est évidemment enlever l'épée de Damoclès aux salariés ; la peur de l'échec conduisant à l'autocensure. Il est donc de la responsabilité des managers d'opérer une révolution copernicienne et d'adopter une attitude bienveillante. S'intégrant dans une culture d'organisation apprenante, les collaborateurs devront s'appuyer sur le développement de nouvelles compétences pour ouvrir la porte à ce droit à l'erreur, le transformant ainsi en une source d'innovation et d'inspiration pour l'entreprise :

  • Apprendre à apprendre, pour intégrer une nouvelle manière d'apprendre efficacement avec plaisir et devenir un "Serial Learner".

  • La gestion de projet agile, pour pouvoir procéder par itérations successives et ajuster en tenant compte des erreurs.

  • L'assertivité, pour oser se lancer et s'affirmer, alors même qu'on ne sait pas si on va commettre un erreur.

  • Le leadership, parce qu'un bon leader commet des erreurs, les assume et les explique.

  • La posture de Manager Coach, parce que le management positif favorise le développement des équipes, et donc intègre le droit à l'erreur dans les règles d'équipe.

Et pour que les équipes se lancent sans peur de l'erreur, il faut définir un cadre : quelles sont les erreurs permises et quelles sont les prises de risques encouragées.

Certaines entreprises d'ailleurs intègrent le management positif de l'erreur au sein de leurs valeurs, de leur "raison d'être". Facebook par exemple, privilégie l'audace et autorise l'erreur à travers son «Hacker Way» via 4 principes fondateurs : «Que feriez-vous si vous n'aviez pas peur ?», «Pensez à l'envers, échouez plus fort», «Bougez vite, cassez les codes» et «Terminé vaut mieux que parfait». Il en est de même chez BlaBlaCar qui formule le management positif de l'erreur au sein de ses 10 valeurs d'entreprise dont «Échoue, apprend, réussi».

À vouloir ne pas faire d'erreur, on commet probablement une grosse erreur

Le droit à l'erreur est un élément clé du leadership, parce que pour encourager l'innovation, il faut insuffler le droit à l'erreur. Alors lui aussi doit lui apprendre à comprendre, analyser et accepter ses erreurs et in fine, placer le curseur pour limiter les risques sans brider l'innovation de ses équipes. Là est le vrai levier de réussite et de performance, et donc une compétence managériale recherchée. Ainsi, le collaborateur pourra naturellement donner le meilleur de lui-même (sans être paralysé par la peur de l'échec et du jugement) et osera plus proposer ses idées audacieuses.

Insuffler le droit à l'erreur dans l'entreprise est une source d'innovation et d'inspiration qui amène très rapidement un renforcement du sentiment d'appartenance. Et dans cette logique inspirationnelle, l'entreprise sera naturellement plus performante, plus créative et donc, plus innovante.

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Commentaires 2
à écrit le 19/02/2022 à 10:26
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C'est digne de la politique actuelle de faire la promotion de "l'erreur" pour excuser les malversations tout azimut!

à écrit le 19/02/2022 à 10:18
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Oui mais une grosse entreprise a plus de marge d'erreurs possibles, même si avec les emplois fictifs et les dividendes ça aussi doit commencer à se tendre qu'une PME qui a la pression productive en permanence sur le dos. C'est une nouvelle sémantique...

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