Inventer une nouvelle formation : l'urgence numérique

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Le numérique peut libérer des contraintes de l'enseignement classique, et la formation professionnelle peut s'inscrire dans cette nouvelle logique. Par Gilles Babinet, « digital champion » de la France auprès de la Commission européenne, et Yves Barou, président de l'AFPA

A l'heure des MOOC, à l'ère où chacun peut, de n'importe où sur la planète, accéder gratuitement à la plus grande somme de connaissances jamais rassemblée par l'humanité - Wikipédia - au moment où notre civilisation rentre dans une ère où les nations qui sauront accroître la qualité de leur capital humain seront les gagnants, il nous faut sortir de nos conservatismes.

Les cycles d'innovations ne cessent de se raccourcir. Le métier pour lequel chacun a été initialement formé ne se pratiquera probablement plus du tout de la même façon dans seulement une décennie, s'il n'a pas disparu pour laisser place à un autre. Il est ainsi raisonnable de penser que les nations qui se développeront au XXIème siècle seront celles qui seront capables de massifier des systèmes de formations professionnels accessibles et efficaces.

 Se libérer des contraintes de l'enseignement classique

 Oui, le numérique peut libérer des contraintes de l'enseignement classique, et nous libérer de l'unité de temps, de lieu et d'action.

Oui le numérique va pousser comme ailleurs à la désintermédiation, rendant chacun plus acteur de sa vie professionnelle, comme d'ailleurs le veut le Compte Personnel de Formation, sous réserve que sa gestion administrative ne soit pas un obstacle à son développement. Oui cela va soulever des enjeux en apparence insurmontables aux DRH et aux conseillers d'orientation.

Oui il faut former autrement, et les acteurs de la formation professionnelle ont une responsabilité encore plus grande dans l'accueil de toutes et tous sans discriminations, y compris les recalés de la formation initiale.

Oui il faut développer la réflexivité car pour s'améliorer, il faut savoir se regarder sans complaisance.

La classe inversée, une efficacité inégalée

Ce qu'il nous faut inventer, c'est le modèle pédagogique qui puisse s'adapter en fonction du niveau initial de l'apprenant et accroitre ainsi son taux de succès, ainsi que l'appétence qu'il suscite auprès de ses utilisateurs. Il est vraisemblable que l'articulation du présentiel et du distant - révisions et digital- évolue considérablement. Dès à présent, une formation de grutier peut comprendre (au sein de l'AFPA) des outils de réalité virtuelle. Il est également vraisemblable que le protocole pédagogique soit profondément bouleversé. Déjà, les différentes pratiques en vigueur dans le monde nous en apprennent beaucoup. Le professeur et le formateur, d'un rôle de transmetteur deviennent accompagnateurs ; le modèle de la classe inversée se développe : les cours à la maison, les devoirs -ou révisions- en classe, sont si efficaces qu'ils deviennent une forme de norme.

Accroître la qualité de l'enseignement

Il serait profondément faux de concevoir le numérique comme un moyen de fournir des formations au rabais. Il est avant tout un moyen d'accroitre la qualité de l'enseignement et le potentiel de transmission du savoir.

Les institutions classiques sont-elles capables de réussir ce challenge ? Il faut vivement le souhaiter car les enjeux sont considérables. Pour l'AFPA, le fait de disposer d'un maillage territorial fort est vraisemblablement un avantage distinctif fort. Car si le taux d'abandon des offres exclusivement virtuelles est désespérant tant il est fort, il est démontré que celui-ci baisse radicalement dès que l'on l'insère au sein d'un processus impliquant de la collaboration et de l'échange. C'est là le pari : rénover totalement l'offre, de sorte à permettre l'émergence d'un nouveau type de formation, qui n'aurait potentiellement rien à envier à ce qui se pratique au sein du monde anglo-saxon, du fait d'une approche pragmatique et ne négligeant pas l'incomparable apport de l'interaction humaine.

GILLES BABINET, « digital champion » de la France auprès de la Commission européenne.

YVES BAROU, président de l'AFPA

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Commentaires
a écrit le 22/08/2016 à 9:47 :
"Nations" ; "gagnants" ; ça commence mal ... la logique guerrière et nationaliste pour parler de la formation qui devrait plutôt être un moteur d'épanouissement, ça fait juste peur ... Et encore des excités de la technologie qui n'ont toujours pas compris que le numérique n'était pas virtuel, mais qu'il reposait sur des ressources physiques qui s'amenuisent d'année en année ... Comment peut-on avoir des bases de raisonnement aussi has been et se la jouer visionnaire ????
a écrit le 11/07/2016 à 15:44 :
que ce discours et cette analyse sont beaux ....... et loin de notre réalité quotidienne !
un dirigeant d'organisme de formation depuis 16 ans qui voit la formation professionnelle se perdre d'année en année dans des objectifs de gestion et de contrôle budgétaire en oubliant les objectifs pédagogiques.
Combien de DIF utilisés depuis 2006 ? combien de CPF depuis la réforme de 2014 ?
Le mieux est souvent l'ennemi du bien , la formation professionnelle en est un parfait exemple.
Qu'on simplifie les procédures ( quand on sait que certains Opca et les pouvoirs publics estiment encore ne devoir rémunérer que les heures de présentiel ); que les Opcas paient les OF en temps et heure et ces derniers pourront investir dans des outils pédagogiques suivant au moins les progrès technologiques !
a écrit le 11/07/2016 à 11:16 :
La formation numérique ne sera pas la panacée pour tous les travailleurs (elle ne marche pas avec les travailleurs les moins qualifiés). Par ailleurs une formation de qualité mêlant distance et présentiel le tout avec une véritable ingénierie de formation, coute souvent plus cher que du simple présentiel.
Vu l'état financier des OF en France (du fait de la réforme de 2014) il est à craindre que personne ne puisse aligner les centaines de millions d'euros nécessaires pour développer à grande échelle des formations francophones et numériques.
C'est donc la porte grande ouverte à des groupes comme par exemple Bertelsmann qui est prêt à investir un milliard d'euros dans le numérique mondialisé.

Quelle entreprise française pourrait et voudrait relever ce défi ? Aucune sans doute et dans 10 ans nous pourrions nous trouver dans la même situation qu'avec ces logiciels américains traduits en français et dont tout le monde raffole en France.
a écrit le 11/07/2016 à 9:30 :
Oui le numérique pourrait être un apport particulièrement enrichissant pour l'humanité mais pas en néolibéralisme puisqu'il est d'abord synonyme de médiocrité, afin que ce soit le moins cher possible, de baisse des salaires et d'augmentation d'heures du travail.

Dans ces conditions comment voulez vous rendre le numérique sexy ? Bon courage...

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