Javad Zarif accueilli à Paris : pour quoi faire  ?

 |   |  818  mots
Fariba Adelkhah (photo) a été arrêtée en juin à Téhéran, où, accusée d'espionnage, elle est toujours incarcérée. Selon Le Figaro, le président Macron a déclaré en juillet: «J’ai exprimé mon désaccord et demandé des clarifications au président Rohani», regrettant qu’«aucune explication» n’ait été fournie «de manière valable». L'éminente antrhopologue spécialiste de l’Iran est directrice de recherche à Sciences-Po et a publié de nombreux ouvrages.
Fariba Adelkhah (photo) a été arrêtée en juin à Téhéran, où, accusée d'espionnage, elle est toujours incarcérée. Selon Le Figaro, le président Macron a déclaré en juillet: «J’ai exprimé mon désaccord et demandé des clarifications au président Rohani», regrettant qu’«aucune explication» n’ait été fournie «de manière valable». L'éminente antrhopologue spécialiste de l’Iran est directrice de recherche à Sciences-Po et a publié de nombreux ouvrages. (Crédits : Georges Seguin via Wikipedia (CC BY-SA 3.0))
OPINION. Alors que Javad Zarif, le chef de la diplomatie du régime iranien, déclare vouloir rencontrer le président Emmanuel Macron et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, ce vendredi 23 août à Paris, de nombreux Iraniens et Franco-iraniens s'interrogent sur ce que ce représentant d'une théocratie répressive et extrêmement brutale vient faire dans un pays toujours fier d'être la terre des droits de l'Homme. Par Simin Nouri, co-auteur de l’ouvrage « Où va l’Iran? Regards croisés sur le régime et ses enjeux d’influence », présidente de l’Association des femmes iraniennes en France (*)

Le nombre de personnes condamnées à la peine capitale et exécutées en Iran sous la présidence d'Hassan Rohani dépasse désormais les 3.800, dont 93 femmes. Le 15 juillet, quatre ans jour pour jour après la signature de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, censé conduire à l'infléchissement du comportement du régime des mollahs à l'intérieur du pays et sur la scène internationale, les médias rapportaient l'arrestation, à Téhéran, en début de juin, de Fariba Adelkhah, une chercheuse franco-iranienne, accusée d'espionnage.

Alors que Javad Zarif, le chef de la diplomatie du régime iranien, déclare vouloir rencontrer le président Emmanuel Macron et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, le vendredi 23 août à Paris, de nombreux Iraniens et Franco-iraniens s'interrogent sur ce que ce représentant d'une théocratie répressive et extrêmement brutale vient faire dans un pays toujours fier d'être la terre des droits de l'Homme.

Assadollah Assadi, diplomate iranien incarcéré en Belgique...

Zarif vient-il pour s'expliquer sur le projet de l'attentat terroriste orchestré par l'un de ses "diplomates" en 2018 près de Paris ? L'attentat qui visait le rassemblement annuel du Conseil national de la Résistance iranienne le 30 juin 2018 à Villepinte ? Assadollah Assadi, un agent haut placé du ministère iranien du Renseignement en poste à Vienne (sous couvert diplomatique), avait livré une bombe puissante à un couple irano-belge pour la faire exploser dans une salle remplie de plusieurs dizaines de milliers de personnes, femmes et enfants compris, et où des personnalités venues des cinq continents ainsi que de nombreux élus, ministres et responsables français étaient réunis.

Cet homme est aujourd'hui incarcéré en Belgique en attendant son procès qui pourrait s'avérer désastreux pour la République islamique et surtout son ministère des Affaires étrangères.

... sera-t-il échangé contre Fariba Adelkhah, arrêtée en Iran en juin ?

Ou, est-ce pour expliquer le pourquoi de l'arrestation et la détention de la chercheuse franco iranienne détenue et placée en isolement cellulaire à la Prison Evin de Téhéran ? Des plus hautes autorités françaises ont affirmé n'avoir reçu aucune information sur cette affaire malgré leurs demandes persistantes auprès des autorités de Téhéran.

Zarif va-t-il proposer un "échange de prisonniers" avec "un pays ami" ? Le retour de Fariba Adelkhah en France, contre la libération de son diplomate, détenu actuellement en Belgique ?

Concernant le projet de l'attentat près de la capitale française, heureusement déjoué grâce à l'opération coordonnées des services de renseignements occidentaux dont les services français, Claude Moniquet (1), journaliste belge et expert en terrorisme, explique :

"C'est, pour Téhéran, une véritable catastrophe : c'est la première fois qu'un diplomate iranien est arrêté et inculpé dans une affaire de terrorisme en Europe. S'il paraît au procès, les méthodes de son service seront exposées et s'il est condamné, ce sera un véritable séisme dont la diplomatie iranienne pourrait bien ne jamais se remettre."

Alors que l'appareil sécuritaire notoire des mollahs ne cesse de frapper durement les femmes, qui ne font que réclamer leurs droits les plus élémentaires, comme celles arrêtées le 1er mai et emprisonnées pour défendre les travailleurs et syndicalistes incarcérés, ou celles qui protestent contre le voile obligatoire, recevoir en France le représentant d'un tel régime avec un bilan aussi sombre, ne pourrait que conforter ces tyrans dans leur comportement répressif contre non seulement le peuple iranien, mais aussi dans leur politique dévastatrice à travers le Moyen-Orient.

Après plus de quatre décennies d'indulgence à l'égard d'un pouvoir dictatorial incapable de se réformer en raison de son idéologie fondatrice issue des dogmes religieux d'un autre âge, il est grand temps que les démocraties européennes cessent cette politique de concessions sans aucune contrepartie réelle tantôt justifiée par son chantage nucléaire, tantôt par un "realpolitik" basé sur les rapports de force dictés par la violence barbare et la terreur. Un vrai langage de fermeté, le seul que ces tyrans comprennent, s'impose. Les mollahs enturbannés ou leurs représentants en costume civile ne deviendront jamais les amis des démocraties, ni des partenaires dignes de confiance.

___

(1) Lire: "Fariba Adelkhah : une otage de Téhéran pour éviter une catastrophe diplomatique pour l'Iran" (09/08/2019)

___

L'AUTEURE

(*) Simin Nouri, co-auteur de l'ouvrage collectif « Où va l'Iran? Regards croisés sur le régime et ses enjeux d'influence » (Éditions Autrement, mai 2017), est une architecte franco-iranienne, présidente de l'Association des Femmes Iraniennes en France (AFIF), membre du Comité de Soutien aux Droits de l'Homme en Iran (CSDHI). Elle milite pour la défense des droits humains en Iran depuis trois décennies.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/08/2019 à 19:25 :
Si Macron ne recevait que des dignitaires de démocraties parfaitement scrupuleuses, laïques, tolérantes, son agenda serait vide.

L'Iran est le dernier môle stable dans la région. Si l'Etat iranien tombe, c'est toute la région qui tombera dans les mains des djihadistes, lesquels n'ont pas déserté l'Irak et la Syrie. Ils sont même en train de s'y réimplanter en profitant du retrait US, de la médiocrité des régimes irakiens et syriens et de l'interventionnisme turque.

D'autre part, la situation crée par Trump favorise les ultra du régime. En temps de guerre ce sont les modérés qui sont les premiers à disparaître.

L'état français, qui est partie prenante dans les accords de 2015 peut et doit jouer un rôle, c'est ce que le diplomate iranien vient rappeler aux européens. Ils doivent garantir l’exécution de l'accord de la part des USA.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :