L'avenir de l'électricité sera décarboné, digital et local, ou ne sera pas

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(Crédits : Reuters)
OPINION. La "décarbonation" et la réduction des émissions de gaz à effet de serre doivent, impérativement, être au cœur de toutes les politiques publiques en matière énergétique, ce qui passe en particulier par la digitalisation et une démarche locale dans les territoires. Par Robin Devogelaere-Pozzo, directeur de la Communication d'Enedis et enseignant à Sciences Po Paris.

« Devant un ennemi, il n'y a qu'un mot qui vaille : aux armes ! » Et quel ennemi ! En ce début de XXIe siècle, les mots d'Euripide viennent prendre la forme mouvante et menaçante du réchauffement climatique, ennemi déclaré d'une Humanité toujours plus énergivore et qui paye au prix fort ses ambitions de développement. Quelle meilleure arme opposer au CO2 - "arme de destruction massive" dans le contexte actuel - qu'une arme de "séduction" massive, susceptible d'emporter l'adhésion du plus grand nombre en plus de l'inciter à changer ses comportements ? La réponse : une électricité "décarbonée", misant sur la révolution digitale, et s'appuyant sur des territoires engagés. La dernière alerte du secrétaire général du World Meteorological Organization (WMO), Petteri Taalas, est plus claire que jamais : "si le monde remet encore à plus tard les actions immédiates et radicales nécessaires pour les émissions de CO2, la catastrophe climatique ne pourra plus être évitée. "

La "décarbonation" au cœur du problème

Par électricité "décarbonée", on désigne l'électricité produite autrement qu'au moyen d'énergies fossiles, c'est-à-dire grâce aux énergies renouvelables et au nucléaire. Car non, les énergies décarbonées ne relèvent pas de la fantaisie dans la mesure où 40% des émissions totales de CO2 au niveau mondial sont directement liées à la production d'électricité thermique. La "décarbonation" et la réduction des émissions de gaz à effet de serre doivent, impérativement, être au cœur de toutes les politiques publiques en matière énergétique. Et certains Etats sont plus prompts à opérer ce changement. La startup danoise ElectricityMap permet grâce à une appli gratuite de le voir en temps réel.

En France, l'horizon semble dégagé pour mettre un coup d'accélérateur en faveur de cette décarbonation. Les Français sont devenus extrêmement sensibles aux sujets relatifs à la transition écologique et c'est une chance. L'un des derniers baromètres Harris Interactive sur ce thème (*) confirme que 90% des personnes interrogées se montrent favorables au développement des énergies renouvelables (solaire, éolienne, etc.) pour limiter l'empreinte énergétique. La France a tous les atouts pour devenir le leader européen de l'électricité décarbonée grâce aux énergies renouvelables et au nucléaire.

Une Europe de l'énergie au service de l'échelon local

A son niveau, l'Europe doit fixer des objectifs à la hauteur du défi à relever. Elle a réaffirmé son ambition par la voix de la nouvelle présidence de la Commission européenne, souhaitant que l'Europe devienne le premier continent neutre sur le plan carbone d'ici à 2050, avec des objectifs de réduction des émissions de CO2 d'ici 2030 de 50 %, voire 55 %, contre 40 % actuellement. C'est louable, mais l'Europe doit aussi et surtout écouter, imaginer et proposer des offres qui permettront aux territoires d'inciter les acteurs locaux à engager toujours plus de nouvelles actions. En effet, ces objectifs ne pourront être atteints que grâce aux territoires et à la mobilisation des autorités européennes vers ces territoires. Oui, l'échelon local est la pierre angulaire de la transition énergétique, il n'est pas inutile de le réaffirmer.

L'effort européen et national de transition énergétique prendra le chemin de la réussite grâce à la prise en compte des attentes des collectivités et des aspirations des citoyens. Il suffit d'aller sur le terrain, dans les territoires, pour mesurer à quel point la transition écologique, avec toutes ses implications sociales et économiques, ne peut se faire que si les élus, les entreprises, les associations locales et les citoyens sont unis.

La digitalisation, pivot d'une révolution nécessaire

Comment faire converger ces intérêts pour mettre le changement en action ? C'est là une question fondamentale. Pour y répondre, relever ce défi existentiel et s'engager dans le combat du siècle, "la bataille contre le carbone ", la technologie est appelée à jouer un rôle clé. De fait, elle le joue déjà.

La digitalisation qui accompagne notre consommation d'électricité, au travers du "big data" et des objets connectés, comme les compteurs communicants dont plusieurs centaines de millions d'unités sont d'ores et déjà installées dans plusieurs pays du monde, permettent de mieux connaître, gérer et répartir l'énergie. Mieux ils permettent d'éviter le gaspillage et d'accompagner les nouveaux usages, qu'il s'agisse de mobilité électrique, d'autoconsommation ou encore du développement des micro-grids et des smart grids.

Il s'agit bien de tirer le meilleur parti de la technologie pour guider nos gestes et nous aider à devenir des citoyens éco-responsables... tout en réduisant nos factures d'électricité. Convergence d'intérêts et d'aspirations.

Locale, décarbonée, digitale : un triptyque gagnant pour une transition énergétique et écologique à la hauteur des défis posés par le réchauffement climatique. Les solutions existent, elles sont entre nos mains, à nous - entreprises, élus, citoyens - de décider ensemble de la meilleure manière de déployer ces solutions à l'échelle de l'Union européenne. Notre avenir est lié à la réussite de notre révolution énergétique, alors... aux armes citoyens !

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Commentaires
a écrit le 08/12/2019 à 9:55 :
Tout pousse au chacun pour soi du fait de la déliquescence de l’État, la France n'a plus de futur!
a écrit le 03/12/2019 à 16:50 :
Ca ne fait "que" (+ de) 2 ans qu'Isabelle Kocher, patronne d'ENGIE, martèle ce message ! Elle en a même fait un mantra : les "3D" ;) https://investir.lesechos.fr/actions/actualites/construire-un-nouvel-univers-decarbone-et-digital-1689053.php
a écrit le 02/12/2019 à 18:53 :
Nous sommes parti sur le dogme de l'ennemie carboné, le problème n'est pas sa production... pour mieux nous taxer, mais son recyclage par le végétal qui est du ressort de nos agriculteurs et paysans... que l'on poussent a construire des dessert!
a écrit le 02/12/2019 à 16:38 :
et elle sera décentralisée & peer to peer
a écrit le 02/12/2019 à 15:39 :
La NUMÉRISATION qui accompagne notre consommation d'électricité, au travers des MÉGADONNÉES et des objets connectés (...).
a écrit le 02/12/2019 à 14:10 :
Je réagis car je n'aime pas le mélange des genres:
ce monsieur est professeur à Sciences Po mais aussi (sic) directeur de la Com à Enedis, filiale d'EDF , champion mondial du nucléaire financé par l'état -11 milliards en 2018-
quand il nous dit :
"l'électricité décarbonée grâce aux énergies renouvelables et au nucléaire"
il oublie de nous dire qu'il n'y a pas que le carbone dans la vie, il y a l'eau chaude et la vapeur d'eau aussi:
les centrales nucléaires envoient dans la nature 2,33 kwh thermique pour chaque kwh électrique produit contre 1,22 kwh thermique pour les centrales à charbon récentes , le ratio est bien plus accablant quand on prend le gaz naturel en référence.
Bien évidemment il ne parle pas de la pollution thermique que cela engendre , ni de l'effet gaz à effet de serre , qui bien que plus faible que le CO2, est considérable et jamais pris en compte par EDF,maison mère de ce monsieur.
a écrit le 02/12/2019 à 12:02 :
D'accord avec Monsieur le professeur de Sciences Po mais il doit enseigner que la France c'est moins de 1% des GES alors peut-il nous dire comment faire pour décider les petits copains. De toutes façons j'ai l'intime conviction que nous sommes à la fin du pétrole "bon marché".
a écrit le 02/12/2019 à 11:06 :
Oui je pense que tout est question de transformation, d'élaboration individualise l'énergie, mais aussi des échanges alimentaires comme intellectuels.

Une remise de l'extension de Gide, les nourritures terrestres !!!
a écrit le 02/12/2019 à 10:45 :
Il est évident que face à la nonchalance, euphémisme, de la classe dirigeante de s'attaquer à la pollution il va falloir que nous subissions les multiples risques du nucléaire pour tenter de sauver les meubles.

Maintenant ce serait bien que le ménage y soit fait dans ce secteur particulièrement sensible aux conflits d'intérêt de toutes sortes du fait de son secret défense permettant de cacher les pires grossiers profiteurs oligarchiques, et un sérieux ménage, merci.

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