L'avion et le train : je t'aime, moi non plus

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(Crédits : Vincent Kessler)
Alors que certains veulent remplacer les trajets en avion par des trajets ferroviaires, Jean-François Dominiak, président du Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara) explique qu'il ne sert à rien d'opposer ces modes de transport qui sont complémentaires.

Ces deux moyens de transport rapides, pour lesquels la France a été pionnière et copiée dans le monde entier, ne sont pas opposables, surtout en termes d'écologie.
Après avoir instauré au mois de mai 2019 une éco-contribution sur les vols au départ de la France au profit du développement du transport ferroviaire, le conseil de défense écologique du 12 février demande de mettre fin aux déplacements en avion des agents de l'État lorsqu'un trajet alternatif de moins de quatre heures existe. Les fonctionnaires de Miquelon prendront donc désormais le ferry pour se rendre à Saint-Pierre en une heure trente de mer au lieu des dix minutes d'avion.

Honte au « Flight shaming »

Sans aucun argument étayé, le transport aérien est désigné à la vindicte par un gouvernement en mal de reconnaissance écologique qui n'hésite pas à dresser l'un contre l'autre deux modes de transport, l'avion et le train lesquels n'ont jamais été ennemis, jetant l'anathème sur un mode de transport réputé sale, l'avion, et glorifiant un mode de transport soi-disant propre, le train. Ces affirmations n'étant fondées sur aucune preuve scientifique, puisque l'empreinte écologique du train n'a pas été communiquée, notamment en termes de déchets nucléaires et d'émission de CO2 par les centrales thermique à charbon de nos voisins européens dont eux comme nous avons besoin pour produire l'électricité nécessaire à faire rouler nos trains.

Et que dire de l'impact dévastateur de telles déclarations gouvernementales sur les personnels des compagnies aériennes obligés de subir cette honte qu'on leur fait porter désormais. Est-ce bien le rôle d'un gouvernement de participer à ce qu'on appelle aujourd'hui le « flight shaming » ?

Le train et l'avion ne sont pourtant pas opposables. Ils participent tous les deux au développement économique de la France, au désenclavement des régions, à l'ouverture sur le monde. Ils ont appris l'un de l'autre, et vont même jusqu'à travailler ensemble.

Il y a 39 ans, en 1981, un TGV reliait pour la première fois Paris à Lyon en 2 heures avec une vitesse de pointe de 260 km/h. Une avancée technologique qui allait transformer le paysage du transport intérieur en France. A l'époque, cela faisait plus de 20 ans qu'Air Inter faisait de même, beaucoup plus rapidement et avec un réseau dense de lignes aériennes domestiques, grâce à une flotte de Fokker, Caravelle et Mercure, qui volaient par tous les temps avec une ponctualité exceptionnelle. Cette compagnie aérienne avait notamment pour actionnaire important la SNCF qui avait compris que sa mission était avant tout d'offrir sur tout le territoire français des moyens de transport publics de plus en plus rapides et efficaces.

Alors oui, on peut l'affirmer : le TGV est le fils spirituel de l'avion. Un fils qu'il a fallu toutefois soutenir par de nombreuses subventions d'État. Et qu'il faut encore soutenir, ne serait-ce que pour rembourser les dettes colossales contractées pour la construction de ses infrastructures terrestres.
Dans le même temps, le transport aérien s'est démocratisé, grâce aux avancées technologiques permettant de faire voler des avions plus gros et plus performants, tant financièrement que sur un plan écologique. Le trafic aérien, tout comme le trafic ferroviaire, a explosé, attestant de son utilité pour le pays. Mais à la différence du transport ferroviaire, aucune aide de l'État n'est venue soutenir ce secteur industriel en plein essor qui, en plus d'avoir à affronter une concurrence étrangère rude, finance seul les infrastructures aéroportuaires et de contrôle aérien ainsi que les dépenses de sûreté que la Police Nationale n'arrive plus à endiguer face aux menaces terroristes. Une différence de taille avec le transport ferroviaire et dont nombre de compagnies aériennes françaises ont eu à souffrir. Sans remonter très loin dans le temps, qui se souvient encore de Aéris, AéroLyon, Aéromaritime, Air Horizons, Air Inter, Air Liberté, Air Littoral, Air Méditerranée, Air Provence, AOM, Atlas Atlantique Airlines, Axis Airways, Blue Line, BritAir, Eagle Aviation, Euralair, Europe Aéro Service, Flandre Air, Hex'Air, Minerve, Proteus, TAT, UTA, pour ne citer que les plus connues qui ont été emportées par des faillites ou des restructurations, sans oublier plus récemment Aigle Azur et XL Airways ?

Le transport aérien ce méconnu

Le transport aérien n'a jamais su mettre en valeur ses bienfaits pour l'humanité, ni les efforts qu'il déploie sans cesse pour limiter ses nuisances. Une récente étude de la chaire Pégase de la Montpellier Business School, en collaboration avec l'université de Montpellier, l'atteste : la perception des Français concernant les pratiques environnementales du secteur aérien est totalement éloignée de la réalité. Ainsi, alors que l'impact carbone du transport aérien est bien loin d'atteindre celui d'autres secteurs industriels, plus de la moitié des gens interrogés estiment qu'il compte pour plus de 10% du total des émissions mondiales, soit 4 fois plus que la réalité, laquelle se situe entre 2 et 3 %. De même, alors que les émissions de CO2 par passager transporté ont diminué de 25% au cours des 15 dernières années, 90% des répondants à cette étude pensent qu'elles ont été stables ou qu'elles ont augmenté. Enfin, lorsqu'il s'agit d'estimer la consommation de carburant par passager pour 100 km parcourus, un quart des répondants l'estime à plus de 10 litres alors qu'elle est comprise en réalité entre 2 et 3 litres.
Le transport aérien n'a jamais géré véritablement son image. Tout au plus a-t-il été vecteur de rêves et d'aventures. Et ses détracteurs de le décrire comme le mode de transport des riches, qui peuvent toujours être taxés davantage, contrairement aux pauvres voyageurs ferroviaires qui doivent, sans cesse, être accompagnés par les finances publiques. Et d'insister sur la terrible pollution qu'il génère, il n'y a qu'à voir les fumées blanches qui s'échappent des moteurs des avions dans le bleu du ciel (il s'agit, rappelons-le, de vapeur d'eau visibles dans certaines conditions atmosphériques), alors que les trains électriques seraient propres, eux dont les déchets radioactifs sont enfouis quelque part sous terre ou dans la mer et dont même la Cour des Comptes a reconnu que l'empreinte écologique est loin d'être aussi faible que ce que l'on veut bien nous faire croire. Et de pointer du doigt le bruit assourdissant des avions autour des aéroports, alors que les trains eux ne perturberaient que quelques vaches croisées sur des milliers de kilomètres de prairies verdoyantes ?
Le transport aérien n'a pas su sortir de son image originelle. Il le paie aujourd'hui au prix fort dans l'imaginaire collectif, ce dont jouent les hommes politiques en mal de peinture verte, et qui surfent sur un antagonisme malveillant et infondé entre l'avion et le train.

Le train et l'avion ne sont pas ennemis. Ils participent ensemble d'une même nécessité économique de fournir un transport adapté aux voyageurs et aux marchandises. Ils sont même complémentaires comme le démontrent les initiatives TGV-Air entre la SNCF et les compagnies aériennes comme Corsair, Air Caraïbes, Air France ou encore récemment la compagnie canadienne Air Transat. Sans même parler des interconnexions entre le TGV et l'avion à Roissy, Lyon ou Amsterdam par exemple, qui transforment les aéroports en de véritables plateformes multimodales.

Le « flight shaming » relayé par le monde politique qui oppose en permanence l'avion au train est proprement indécent. Nous avons développé en France deux moyens de transport remarquables qui ont surtout besoin du sens de l'intérêt général des décideurs politiques pour continuer de contribuer à l'essor économique et au rayonnement international de la France.

Jean-François DOMINIAK, Président du SCARA

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Commentaires
a écrit le 03/03/2020 à 11:23 :
Personnellement je prendrai de nouveau l'avion quand ceux-ci auront un impact environnemental identique à celui des TGV et des autres concepts de transport ferroviaires, c'est à dire jamais...
a écrit le 03/03/2020 à 9:34 :
Pourtant la classe politique française les a toujours opposé, s'ils ont démantelé les 3/4 de nos voies ferrées c'était d'abord et avant tout pour favoriser le lobby pétrolier.

Article sans recul.
a écrit le 03/03/2020 à 9:04 :
Le problème de l'avion, c'est les conséquences sur l'environnement. On aimerait voir des études sérieuses non partisanes comparant les consommations au passager.km de l'avion et du train, prenant en compte tous les paramètres. D'un point de vue physique, il ne fait aucun doute que l'avion a de moins bonnes performances, pour différentes raisons : vitesse (donc frottements en phase décollage atterissage), consommation décollage et roulage, nombre personnes transportées par vol. Mais à approfondir. De plus et c'est le plus lourd : le fait de pouvoir faire de longs voyages, pour des durées acceptables, poussent à faire de tels voyages, m^me si l'utilité en est limitée. Donc cela pousse à une consommation pollution inutile.
a écrit le 03/03/2020 à 8:57 :
Le train c'est sale, pollué, lent, bruyant et inconfortable, l'avion n'est pas beaucoup plus sain, mais beaucoup fois plus rapide.Pour les courtes distances inférieures à 400 km, le train l'emporte, mais au delà c'est le contraire. Sur un Paris Marseille Le passager avion passe en taxi devant la gare Saint Charles au moment où le train arrive devant le quai, alors qu'il est parti deux heures plus tôt.
a écrit le 03/03/2020 à 8:30 :
La pollution de nos ordinateurs et smartphones est 100 fois supérieure aux nuisances aériennes.

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