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L'élection de Trump, d'abord due aux erreurs de Clinton

Photo de Michael Boskin

Michael J. Boskin

Publié le 19 décembre 2016 à 11:30 - Mis à jour le 22 décembre 2016 à 14:05

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La condescendance de Clinton, son incapacité à voir les catégories sociales bousculées par des changements économiques brutaux, ont largement contribué à la victoire de Trump. Par Michael J. Boskin, professeur d'économie, Stanford.

L'élection surprise de Donald Trump en tant que 45e président des États-Unis a donné naissance à une véritable industrie de l'analyse électorale, aux États-Unis et ailleurs. Certains font le lien entre la victoire de Trump avec une tendance plus large au populisme en Occident, et, en particulier, en Europe, illustré par le Brexit. D'autres mettent l'accent sur l'attrait de Trump en tant que novice en politique, en mesure de renverser le système. L'ex-ministre des Affaires étrangères, Hillary Clinton — une politicienne accomplie ne pouvait évidemment pas le prétendre. Ces explications ne sont pas sans fondements, particulièrement la dernière, mais elles ne sont pas les seules.

Dans le mois précédant l'élection, les médias traditionnels, les experts et les sondeurs n'ont cessé de répéter que les chances de Trump étaient minces. Ils n'ont pas su reconnaître l'ampleur des inquiétudes concernant la classe ouvrière dans des États clés, dues aux suppressions d'emploi causées par la technologie et la mondialisation.

Une grande victoire des républicains

Or, comme je l'ai souligné deux mois avant l'élection, ces sentiments d'impuissance étaient lourds de conséquences, comme l'était la sensation d'être ignoré et laissé pour compte. Trump a finalement fait sentir à ce groupe qu'il existait. C'est la raison pour laquelle j'avais envisagé la possibilité d'une victoire inattendue de Trump, malgré l'avance importante de Clinton dans les sondages (de cinq points, juste avant le jour du scrutin).

Et c'est cette victoire surprise qui s'est produite. Trump a remporté par une faible marge les États où les républicains sont absents depuis des décennies (le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie), et par une forte marge dans la course habituellement très disputée pour l'Ohio.

En fait, les républicains ont obtenu une grande victoire. Le parti a conservé sa majorité au Sénat, même s'il y avait deux fois plus de sièges républicains en jeu pour la réélection que de sièges démocrates, et ils n'ont perdu que quelques sièges à la Chambre des représentants, beaucoup moins que les pertes prédites de 20 sièges. De plus, les républicains ont à leur actif 33 postes de gouverneurs, comparés à 16 pour les démocrates, et ils ont accru leurs majorités déjà fortes dans les assemblées législatives. Les commentaires sont passés de l'implosion imminente du parti républicain aux sombres perspectives pour les démocrates.

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Depuis le vote, Trump s'est dépêché d'imposer sa marque. Les Républicains, même ceux qui sont opposés à Trump pendant la campagne, se sont ralliés à lui. Dans le même temps, l'administration démocrate encore au pouvoir — surtout le président Barack Obama — a en grande partie adopté la même posture que Clinton lors de son digne discours de concession exhortant les démocrates à donner la chance à Trump de faire ses preuves à titre de président.

Quatre grandes leçons

Quatre grandes leçons peuvent être tirées du dénouement inattendu de l'élection américaine et elles valent aussi pour toutes les démocraties avancées.

Premièrement, la croissance le remporte toujours sur la redistribution. Le programme économique de Clinton, dont on a peu parlé, consistait à intensifier à gauchir la politique d'Obama, pour qu'elle ressemble au programme socialiste de son adversaire dans la primaire démocrate, Bernie Sanders, le sénateur du Vermont. Une imposition plus élevée des riches, conjointement à une plus grande offre de services « gratuits » (financée par le contribuable), était, selon elle, la meilleure stratégie de lutte contres les inégalités.

Trump, au contraire, martelait le même message à propos de l'emploi et des revenus. Même si les médias ont presque exclusivement couvert ses déclarations des plus extravaganes et controversées, c'est en grande partie son message économique qui lui a valu l'appui des électeurs. Les gens veulent espérer un meilleur avenir — et celui-ci passe par la hausse des revenus, et non par une portion un peu plus grande de l'auge fiscale.

La condescendance de Clinton

La seconde leçon concerne le risque de ne tenir aucun compte des électeurs, ou encore plus grave, d'adopter une attitude condescendante envers eux. Clinton était peu appréciée du grand public. Les révélations durant la campagne — par exemple, que, dans un discours de 2015, elle déclarait qu'il faut « changer les codes culturels fermement ancrés, les convictions religieuses et les préjugés structurels » pour préserver, entre autres, les droits des femmes en matière de régulation des naissances — ont ravivé les craintes qu'elle mène un programme social trop progressiste.

Se rendant compte de ces points faibles, Clinton a fait le pari de gagner les élections en dépeignant Trump comme un personnage peu fréquentable. Mais ses remarques sur les partisans de Trump, assimilés à des « déplorables » — un ramassis de racistes, de sexistes, d'homophobes, de xénophobes et d'islamophobes — ont confirmé l'impression que Clinton et son parti toisaient de haut ceux qui voteraient pour Trump, les jugeant moralement indignes et même peu intelligents. De telles déclarations pourraient bien avoir poussé certains électeurs indécis dans le camp adverse de Clinton.

La troisième leçon est que la société a une capacité limitée d'absorber des changements brutaux. Lorsque les progrès techniques et les effets de la mondialisation, sans compter l'évolution sociale et culturelle, vont plus vite que la capacité des gens à s'adapter, des sentiments s'imposent de rupture et d'impuissance. Beaucoup d'électeurs — pas seulement aux États-Unis — sont très inquiets du terrorisme et de l'immigration, surtout lorsque ces phénomènes accompagnent ces changements brutaux.

L'impossible recherche du consensus

La dernière leçon a trait aux dangers de la caisse de résonance idéologique. L'affirmation récurrente des électeurs abasourdis de Clinton, soulignant que personne de leur entourage n'avait voté pour Trump révèle à quel point pour un grand nombre de personnes — tant les chez républicains que chez les démocrates — vivent en vase clos sur le plan des classes sociales et économiques, des sources d'information, de la culture et des communications.

La méfiance grandissante à l'égard des médias nationaux, en conjonction à la prolifération des échanges sur Internet, a créé un monde où les articles d'actualité que les gens consultent sont souvent écrits dans le but de créer une « propagation virale » des nouvelles, et non d'informer le public ; le résultat peut à peine être qualifié d'information. Qui plus est, les actualités auxquelles les gens ont accès sont souvent filtrées, de sorte qu'ils ne sont exposés qu'aux idées qui reflètent ou étayent leurs opinions. (Le corollaire de ce monde en ligne est que, comme Trump et Clinton l'ont découvert, la ligne est mince entre YouTube et WikiLeaks, entre les nouvelles en continu et les lignes ouvertes, entre la gloire et l'infamie.)

L'incapacité à débattre avec  l'autre va en outre grandissante. Même les universités, qui sont censées encourager les échanges de connaissances et les débats animés, sont maintenant en voie de les étouffer: elles n'ont pas le courage d'inviter des conférenciers qu'un groupe ou l'autre juge répréhensibles. Lorsque de tels débats n'ont pas lieu — lorsque les citoyens préfèrent des « tribunes qui confortent leurs opinions » aux discussions vigoureuses — nous risquons de perdre des occasions privilégiées de recherche de consensus sur les solutions à apporter à au moins quelques problèmes pressants de nos sociétés.

___

Traduit de l'anglais par Pierre Castegnier

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Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université Stanford et agrégé supérieur de la Hoover Institution, était président du conseil des conseillers économiques George H. W. Bush de 1989 à 1993.

© Project Syndicate 1995-2016

Michael J. Boskin

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