L'éolien offshore flottant est doublement stratégique pour la France

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(Crédits : Ben Barden / Vattenfall)
La filière émergente de l'éolien offshore flottant répond aux enjeux de transition énergétique et de développement industriel de la France, et doit, à ce titre, être considérée à sa juste valeur dans la prochaine Programmation Pluriannuelle de l'Energie (PPE), dont les derniers arbitrages, même quelque peu décalés dans le temps, restent imminents. Par Antoine Rabain, ingénieur conseil et expert en transition énergétique et en économie maritime (*).

[Texte publié le 30.10.2018 à 6:13, mis à jour avec légendes graphiques à 10:39]

Le potentiel de l'éolien offshore est parmi le plus important des renouvelables...

Parmi l'étendue des technologies des Énergies Marines Renouvelables (EMR), l'éolien offshore flottant fait état du potentiel techniquement exploitable (PTE) le plus important : nous l'avons évalué dès 2008 à plus de 3.500 GW au niveau mondial, et je continue à penser aujourd'hui qu'après le solaire, cette filière permettant de valoriser les meilleurs vents marins indépendamment des contraintes de profondeur des eaux, représente le potentiel de marché le plus important des énergies renouvelables, toutes filières terrestres et maritimes confondues.

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[Infographie 1 - L'éolien offshore flottant permet de valoriser les meilleurs vents en mer à partir de 50 m de profondeur, permettant ainsi de décupler le potentiel de contribution de la filière éolienne à la transition énergétique ; son "PTE" mondial est au moins trois fois supérieur à celui de l'éolien offshore dit "posé", une filière technologiquement mature apparue dans les années 1990 au Nord de l'Europe et en plein développement aujourd'hui dans le monde. Crédit: A. Rabain. Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir.]

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... mais des incertitudes persistent sur les conditions de démarrage de la filière et sa dynamique de développement

Si cette conviction l'emporte aujourd'hui au sein des décideurs publics et privés, des interrogations légitimes persistent, et en particulier :

  • Quelles sont les meilleures architectures {turbines ; flotteurs} pour viabiliser la compétitivité économique relative de la filière à un horizon de 5 à 10 ans ? Notamment devant celle de l'éolien offshore posé, dont la dynamique de marché a engagé ces dernières années une baisse des coûts remarquable en Europe, au côté d'une meilleure maitrise des risques et d'une ingénierie financière de projets permettant aujourd'hui de produire de l'électricité en mer à moins de 80 €/MWh.

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[Infographie 2 - Pour répondre aux incertitudes technico-économiques de la filière éolienne offshore flottante, la France a répondu présent en soutenant via les Investissements d'Avenir le développement de 4 projets pilotes à technologies diversifiées (l'un en Bretagne, les 3 autres sur les côtes méditerranéennes) - un soutien d'une ampleur inédite au niveau mondial. Crédit: A. Rabain. Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir.]

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| Lire aussi : La guerre des prix sur le marché de l'éolien offshore européen

  • De même, quels sont les pays les mieux armés pour accueillir les premières fermes commerciales, et ainsi contribuer à faire émerger des pionniers nationaux leur permettant de consolider les savoir-faire indispensables à la maitrise de ces projets maritimes complexes, et de définir rapidement des ambitions à l'export, sur un marché mondial que nous avons évalué à au moins 250 GW de projets sur les 5 continents d'ici à 2050 ?

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[Infographie 3 -  Notre scénario « médian » issu de travaux de prospective réalisés ces dernières années au sein d'une trentaine de pays, confirme un potentiel de plus de 250 GW de projets d'ici à 2050. Cet objectif global sur un marché émergent tel que l'éolien flottant peut largement être revu à la hausse en cas de déploiement plus rapide de grands pays tels que les États-Unis, la Chine ou l'Inde, et ne correspond qu'à seulement la moitié de la capacité installée de l'éolien terrestre après 30 ans de déploiement au niveau mondial. Crédit: A. Rabain. Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir.]

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L'équipe France a besoin de visibilité et d'un soutien politique fort pour préserver son avance au niveau mondial

Devant ces perspectives internationales prometteuses, la France et ses acteurs industriels sont dotés de forces et atouts leur permettant de viser le statut de leaders européens sinon mondiaux : gisements attractifs sur les plans techniques et économiques dans des régions dépourvues de potentiels éolien offshore posé significatifs et peu productrices d'électricité (Bretagne, PACA, ...) ; panels d'industriels et de développeurs de technologies déjà présents sur l'ensemble de la chaine de valeur, des flotteurs aux turbines de très grandes dimensions (> 10MW) en passant par les câbles dynamiques, entre autres.

Pour franchir le cap de l'industrialisation et de la compétition mondiale qui est déjà en marche, un signal politique fort est attendu par les acteurs pionniers de la filière française, et doit prioritairement donner une visibilité sur les premiers projets commerciaux d'ici à 2025 et le lancement commercial de la filière internationale.

La vision stratégique sur laquelle j'ai pu travailler ces dernières années avec des industriels de rang mondial est loin d'être inatteignable : elle confirme dans les 5 à 10 prochaines années le positionnement de la France comme l'un des pays pionniers de l'éolien offshore flottant, et intègre pleinement cette filière alternative dans sa transition énergétique et ses engagements internationaux de plus long terme.

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[Infographie 4 - Au-delà des 3 x 250 MW demandés par la filière pour les premiers appels d'offre commerciaux à lancer dès 2019 en France, nous recommandons une capacité installée en opération supérieure à 3 GW à horizon 2030, et évaluons le potentiel de contribution de l'éolien flottant dans le mix électrique national de plus long terme de 10 à 15% - soit plus de 20 GW en opération à horizon 2050, confirmant son statut de filière stratégique pour la France. Crédit: A. Rabain. Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir.]

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En synthèse, la filière de l'éolien offshore flottant est doublement stratégique pour la France :

  • Stratégique car faisant état d'un des potentiels de développement industriel français parmi les plus élevés des filières renouvelables matures et émergentes. Plus simplement dit : ce (gigantesque) train n'est pas encore passé, et les places sont encore à prendre.

  • Stratégique car faisant état avec le solaire du potentiel de contribution le plus important des énergies renouvelables pour mener à bien la transition énergétique mondiale.

Sans être naïf sur les enjeux de la prochaine PPE, gageons que l'un des atouts de l'éolien offshore flottant - celui de son potentiel énergétique de premier plan, ne devienne pas un obstacle, et que la filière figure en bonne place dans la stratégie énergétique et climatique nationale des prochaines années et décennies.

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L'AUTEUR

(*) Antoine Rabain est ingénieur conseil depuis près de onze ans dans les domaines de la transition énergétique et de l'économie maritime ; il a développé dès 2007 chez Indicta puis à partir de 2015 chez MPrime une offre pionnière de conseil économique et stratégique pour les acteurs privés et publics des Energies Marines Renouvelables (EMR), et a réalisé depuis de nombreuses missions sur le marché de l'éolien offshore flottant, en France et à l'international.

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Commentaires
a écrit le 31/10/2018 à 13:56 :
Je cite : "L'équipe France a besoin de visibilité et d'un soutien politique fort pour préserver son avance au niveau mondial."

C'est archi faux, nous avons UNE SEULE éolienne offshore en fonctionnement dans notre pays, on a au moins 10 ans de retard sur l'Angleterre ou le Danemark qui eux sont à la pointe de la technologie au niveau mondial.
Réponse de le 01/11/2018 à 9:30 :
Cher monsieur il faut distinguer :
- l’éolien posé (elles sont fixées à des fondations posées au fond de l’eau jusqu’à 50m de profondeur) : un marché née au Danemark en 1991, et dont la croissance a véritablement démarré en 2008 en Europe (Grande Bretagne et Allemagne leaders aujourd’hui) ; parc mondial de 18GW environ, la plupart en Europe ; 6 projets en France mais aucunes éoliennes posées en opération avant 2020/21.

- l’éolien flottant, au cœur de l’article : ces éoliennes sont sur des flotteurs, et permettent d’aller chercher les meilleurs vents au delà de 50m de profondeur ; la filière est au stade de la R&D

A ce stade très peu d’éoliennes flottantes ont été testées à taille industrielle (5 éoliennes de 6MW en ecosse opèrées par Equinor, ex Statiol et géant norvégien du pétrole et gaz en mer)

La France, comme le rappelle l’auteur, est regardée par le monde entier (pour le moment) : 4 fermes pilotes sont en développement (unique au monde) ; ses contraintes bathymétriques et l’intérêt déclaré de grands acteurs industriels (Naval Énergies ; SBM ; Saipem ; ...) et start-ups (Idéol ; Eolink ; ...) font aujourd’hui de la France le leader mondial du développement de ces technologies
Un leadership qui ne tiendra que si la filière commerciale est lancée dans la continuité des fermes pilotes et en considération d’autres projets internationaux qui avancent en parallèle (Japon, US, Taïwan, ...)
a écrit le 30/10/2018 à 16:13 :
L'électricité Française est quasi totalement décarbonée, donc ne contribue en rien au réchauffement climatique. En prime, ca ne coute quasiment rien à notre balance commerciale
Après, on peut ne pas aimer le nucléaire est ses risques, mais c'est un autre sujet, qu'il faudra traiter, dans un chantier autre.
Ensuite, les deux tiers de notre consommation de pétrole et de gaz le sont pour le chauffage et pour les transports. Ceci pollue, réchauffe, et représente à peu près notre déficit commercial...
Quelqu'un peut-il me dire en quoi ces éolienne maritimes vont remplacer un gramme de nos importations de carburants fossiles et de notre déficit commercial ?
Réponse de le 02/11/2018 à 17:15 :
Juste pour ton information cher Karboniste (joli pseudo d'ailleurs, qui en dit long), on peut se chauffer avec de l'électricité! donc si l’électricité est propre, et qu'on arrive à réduire son coût via l'éolien offshore et flottant, alors cela peut bien remplacer ton gaz et fioul de chauffage, voire rendre la production de l'électricité moins dangereuse en supprimant le max de centrales nucléaire! et leur déchets!
@idem pour les voiture: des voitures électriques sont déjà là, il faut juste travailler pour rendre l'électricité propre et moins chère pour aider leur industrie à devenir compétitive, et réduire le prix de ces voiture d'avenir.
a écrit le 30/10/2018 à 13:51 :
Par "soutien politique fort", l'auteur entend "subventions massives et à durée indéterminée".

20 ans après le début de leur développement aidé à coût de milliers de milliards d'euros dans le monde, les ENR intermittentes n'ont toujours pas de modèle économique viable.

Il serait peut-être temps d'en tirer des conclusions et d'arrêter le gâchis.
Réponse de le 30/10/2018 à 14:49 :
Merci pour cette information passionnante monsieur Areva et à la prochaine fois ! Comme à chaque fois... -_-
Réponse de le 30/10/2018 à 16:21 :
@ Citoyen blasé

Venant de vous, ça ne manque pas de sel...
Réponse de le 02/11/2018 à 15:30 :
"Venant de vous, ça ne manque pas de sel... "

Ah bon ?

Et il peut nous expliquer le troll areva svp ?

JE travaille pour qui selon vous ?

Qu'est-ce que vous manquez de talent mon pauvre vieux hein...
a écrit le 30/10/2018 à 13:43 :
Pour peu qu'on y investisse le vingtieme des fonds investis dans le tonneau des danaides nucléaire, et on aura une filiere d'excellence .... a condition de faire cesser la multiplication des possibilités de recours biensur.
Réponse de le 30/10/2018 à 15:09 :
"a condition de faire cesser la multiplication des possibilités de recours bien sur." Et pourquoi ?
Les éoliennes sans subventions à vie, c'est du vent.
Réponse de le 30/10/2018 à 15:21 :
"Les éoliennes sans subventions à vie, c'est du vent"

ÇA sera toujours beaucoup moins couteux et dangereux que le nucléaire hein pépère ?

C'est moche ce que vous faites là, vraiment.
a écrit le 30/10/2018 à 9:39 :
La france est le deuxième domaine maritime mondiale il faudrait être complètement stupide et bornés pour ne pas investir massivement dans cette technologie avec l'énergie marée motrice qui dans notre pays entourée de côtes maritimes est génial.

Par ailleurs cela pourrait aussi générer, en nous associant avec le RU, première puissance maritime mondiale, une économie vertueuse via une blockchain retraçant l'historique des conditions d’exploitation et de fabrication de ce matériel permettant de taxer les chinois qui font n'importe quoi et de générer une économie technologique et vitale pour tous.

On voit bien que ce dont souffre le plus ce domaine d'activité c'est que comme il est neuf, malgré le fait qu'il soit indispensable, il n'y a pas de lobby pour le soutenir et donc bien au contraire il n'a que des ennemis économiques, signe du déclin européen tout ce qui est innovant et intelligent est proscrit parce que gênant un lobby déjà bien établi.

Bref une idée vitale qui aurait du décoller depuis bien plus longtemps et dont on ne peut que déplorer le manque de dynamisme même si on sait parfaitement d'où ça vient.
Réponse de le 30/10/2018 à 13:43 :
Tout à fait d'accord avec vous ! Juste un point, ce sont les USA qui ont le premier domaine maritime mondial (pas le RU), ensuite la France. Je suis sidéré qu'il n'y ait pas de plan de développement économique de l'outre-mer alors qu'il y a des gisements de minerais stratégiques (métaux rares, pétrole etc ..). Les ressources de la mer et des territoires ne sont pas développées, il n'y a pas le dixième de marine nécessaire, civile pour les transports de biens et de gens, ou militaire pour leur protection !
J'ai découvert aussi en y voyageant que les territoires d'O-M sont encore à l'ère coloniale, on les empêche de commercer librement avec les pays voisins et on leur impose les produits de la métropole ! D'où la flambée des prix et tous ces désordres sociaux ! Une politique d'ancien régime alors qu'il faut investir dans le domaine énergétique pour gérer enfin ces immenses ressources de l'outre-mer, et qu'il faut absolument un plan de développement.
A ce propos j'ai été déçu que seul LFI propose aux dernières élections un programme économique pour l'outre-mer, les autres partis n'ont rien dit ! Cela montre bien que les élus ne comprennent pas ces enjeu stratégique et historique ! Il ne faudra pas venir pleurer si la Nouvelle Calédonie d'ici 15 jours vote pour son indépendance, ce qui me semble logique vue la situation où on met les gens avec des territoires aux grandes ressources.
Réponse de le 30/10/2018 à 16:46 :
Votre raisonnement est du type "la ressource est disponible, donc il faut l'utiliser".

Ce raisonnement est simpliste : La ressource en question n'est peut-être pas la plus pertinente par rapport à d'autres.

Or les coûts des filières éoliennes offshore et marémotrices françaises ne parlent assurément pas en leur faveur.
Réponse de le 02/11/2018 à 15:32 :
"Votre raisonnement est du type "la ressource est disponible, donc il faut l'utiliser"."

Ben oui monsieur AReva, moi je ne travaille pas pour un fournisseur d'énergie je pense indépendamment.

Je ne lis pas le reste hein... Aucun intérêt.
a écrit le 30/10/2018 à 6:35 :
Bien s'est bien beau tous sa , mais il n'y a plus d'usine én France pour construire ses heoliennes , donc cela sera encore importer et payer avec la dette".. Donc
Même si nous avons une opportunité dans notre pays, un grand littoral , ils n'en reste pas moins que industriellement cela est compliqué....
Ensuites , je ne crois pas que nous ayons les moyen financier pour develloper cette industrie... Ils nous faut donc un investicement d'état ( 55% du total ) et un actionnariat priver ....

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