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L'Etat mis à l'épreuve de la pandémie du coronavirus

Jean-Michel Arnaud

Publié le 20 avril 2020 à 07:41 - Mis à jour le 20 avril 2020 à 08:47

Jean-Michel Arnaud.

Jean-Michel Arnaud.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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IDEE. La tragédie que nous vivons, et qui laissera à bien des égards des traces durables, doit conduire à une réflexion sur notre organisation étatique. Par Jean-Michel Arnaud, Vice-président de Publicis Consultants et Directeur des publications de l'Abécédaire des institutions.

L'histoire nous a 

appris 

que 

d

es crises surgissent toujours des changements profonds

. 

Au-delà de la santé ou de l'économie, celle du coronavirus va 

vraisemblablement conduire à des évolutions dans 

la structure et le rôle de l'Etat.

 Si la caractéristique principale de ce dernier est d'être 

une personne morale

 

ayant la compétence de s

es

 c

ompétence

s

, entité souveraine sur un territoire et une population donné, 

encore faut-il que 

ses administrés 

connaissent qui

 

est vraiment 

l'attributaire 

de ces compétences 

et 

qu'ils jugent cette attribution légitime.

 Clarté et efficacité.

 

Ce beau schéma, sur lequel nous pensons encore vivre, est fortement dégradé, 

à la fois 

« verticalement » et « horizontalement

 ».

Pris en étau entre supra-étatique et infra-étatique

Verticalement, 

le phénomène est bien connu. L'Etat se retrouve pris en étau entre le niveau 

supra-étatique

 d'une part, 

européen en particulier, dans le cas français, 

et entre le niveau infra

-étatique

,

 par la décentralisation aux échelons inférieurs. 

Cette dynamique répond 

à un

 enjeu important, celui de concilier 

une action publique efficace

 

et

 

une proximité porteuse de légitimité démocratique

, mais elle est également source

 de complexité

. 

La crise actuelle

 

fait bien apparaître cette réalité.

 

C'est ainsi

 

que l'

Union e

urop

éenne

 est critiquée pour sa passivité

 alors même que la santé 

est une compétence qui r

elève encore largement des Etats qui la composent. Dans le même temps, lutter contre le virus nécessite des mesures économiques fortes qui doivent 

respecter le cadre européen

. Inversement, 

ce sont les communes qui 

sont en première ligne et 

disposent de l'information la plus fine sur leur population, 

mais

 elles sont encore fortement contraintes

 dans leurs initiatives. 

Il est bien difficile de segmenter!

Horizontalement, la crise actuelle 

met également en évidence 

les difficultés de l'Etat à exercer réellement ses compétences. 

Le pouvoir se trouve en effet partagé entre une série d'acteurs aux 

priorités parfois divergentes.

 

Aux organes

 institutionnels traditionnels 

vient s'ajouter en premier lieu le pouvoir judiciaire, 

qui se comporte de plus en plus comme s'il avait ses propres fins

.

 

L'exemple des recours contre les mesures prises pour lutter contre l'épidémie de coronavirus est frappant et semble marquer une nouvelle étape.

 

Saisi s

ur le fondement du droit à la vie, le Conseil d'Etat s'est reconnu compétent pour apprécier, au regard de ce seul critère, la légalité 

des mesures prises par l'Etat

, 

et non pas seulement pour vérifier qu

'il n'avait pas 

agi de façon manifestement illégale

.

Viennent ensuite, toujours dans la galaxie 

étatique, les autorités indépendantes multiples 

dont les avis sont de plus en plus considérés comme impératifs

, mais qui n'ont pas, eux, la lourde charge de la décision et la responsabilité qui vient avec

. 

Enfin, 

on peut rajouter

 à cela une myriade d'acteurs plus ou moins institués

 

:

 corps intermédiaires, experts de tous poils

, autorisés ou non, journalistes, etc.

 

Le processus de décision s'en trouve vicié

 

et les responsabilités 

obscurcies

, alors même que l'Etat est

, 

in fine

,

 le seul garant de l'intérêt

 général et que ceux qui se trouvent aux manettes sont les seuls à devoir répondre de ses actes.

Donner toute son ampleur au principe de subsidiarité

La tragédie que nous vivons, et qui laissera 

à bien des égards des 

traces

 durables, doit 

conduire à une réflexion sur notre organisation étatique. 

Verticalement, il s'agit de donner toute son ampleur au principe de subsidiarité

, et de prendre les décisions au niveau 

le mieux à même de le faire.

 

L

a gestion 

des 

frontières

, s'agissant d'un virus ultra-mobile,

 demande une plus grandea intervention du niveau européen, voir onusien

, mais les décisions

 de confinement, on l'a vu

, 

peuvent être mises en 

œuvre

 efficacement à un niveau très local.

 Cela nécessite néanmoins, premièrement, de 

ne pas transférer les compétences à moitié

, deuxièmement, d'assurer une coordination efficace entre les différents échelons.

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Illustration de la newsletter Ma Tribune

Sur le plan horizontal, 

il

 convient qu'en démocratie les détenteurs réels d

u

 pouvoir

 

répondent de leurs actes ou prises de positions

, à la mesure de ce dont ils sont responsables. 

Typiquement, les avis scientifiques indépendants 

qui sont nécessaires dans une crise comme 

celle que nous 

vivons devraient-ils 

être clairement endossés par ceux qui les 

donnent, de manière transparente, à charge ensuite à l'Etat d'expliquer la manière dont il les suit, les adapte 

ou les ignore, en 

prenant en compte tous les autres

 paramètres

 

qui guident son action

 : 

économie,

 

libertés publiques, etc.

La nécessité vitale de la coopération et des échanges internationaux

Enfin, 

l'Etat

 

devrait n'écouter qu'avec prudence tous ceux qui voient 

dans la crise qui nous frappe une remise en 

cause profonde 

de notre modèle économique et 

du rôle de la puissance publique.

 Le périmètre de l

'action publique 

et ses missions s'ajusteront, c'est évident, 

comme ils le font après chaque 

choc

. Il faudra repenser 

notre politique de stockage de biens de première nécessité, comme les masques, et

 réfléchir à 

l'internationalisation de certaines chaînes de production. 

M

ais le coronavirus ne marque pas la fin

 d

e l'économie de marché mondialisée

 et 

l'inéluctabilité

 d'un repli sur soi.

 La France du XVIe siècle pouvait être autonome et souveraine, sa population était aussi bien moins riche

, 

économiquement, scientifiquement et culturellement.

 Ce que cette crise montre en réalité

, 

c'est que 

la coopération 

et les échanges internationaux sont

 une nécessité vitale.

La crise a fait apparaître les limites de l'Etat. Elle a aussi, et surtout, montré à quel point il est le fondement de notre unité nationale

,

 qu'il incarne.

 Il

 est aujourd'hui le plus capable de mettre en 

œuvre

 la solidarité nationale et internationale,

 il 

est aussi 

le plus 

légitime à le faire.

 Ce n'est donc pas à un dépassement 

de l'Etat 

qu'il faut appeler, mais à 

sa meilleure organisation 

et

 à

 une meilleure efficacité de 

son action.

Jean-Michel Arnaud

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