L'euro peut-il encore baisser ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'euro peut-il encore baisser ?

L'euro peut-il encore baisser ? Je parle là de la glissade de 7-8% qu'a opéré la devise européenne par rapport au dollar depuis le début de l'année.

Il y a encore 3-4 ans l'Europe était à la traine de la croissance mondiale. Les menaces déflationnistes et son orthodoxie financière, la faiblesse de sa demande intérieure couplée à des excédents commerciaux grandissants l'enferraient dans un cercle vicieux, où la surappréciation de son taux de change alimentait la menace déflationniste. Le QE a brisé ce cercle vicieux. Les incertitudes attenantes au Brexit aussi. Et la forte dépréciation de l'euro, associée à la baisse du pétrole et au faible niveau des taux d'intérêt a réanimé la croissance continentale. Certains imaginaient alors l'euro revenir durablement à la parité. Niveau qu'il a frôlé en fin décembre 2016, à 1,03 dollars pour 1 euro.

Les bonnes raisons à la hausse de l'euro en 2017

Mais l'accélération de la croissance européenne, le resserrement du décalage conjoncturel avec les US et la perspective d'une fin proche du QE ont détrompé les anticipations. La devise européenne a repris des couleurs, courant 2017, aidée il est vrai par le stress politique suscité par l'élection de Trump. Il a repris un mouvement haussier pour culminer à 1,25 dollars pour un euros fin janvier 2018.


Derrière cette hausse, plusieurs bonnes raisons solides : la persistance d'un écart d'inflation favorable à l'euro. La persistance d'excédents de la balance courante record. Mais derrière ces éléments robustes, et qui devraient persister, d'autres facteurs jouaient en sens opposé. Mais ce qui a véritablement armé la remontée de l'euro, c'est au fond l'idée que les États-Unis multipliaient les indices de fin de cycle. En 2017, la croissance européenne a dépassé la croissance US. Le faible niveau du chômage et la remontée programmée des taux US, semblaient sonner la fin de partie concernant le long et lent mouvement de reprise que connaissait l'économie US depuis 2009. Et une récession, côté US, cela signifie une forte correction du prix des actifs. L'écart des taux d'intérêt a beau avoir l'air de jouer en faveur de la détention de titres obligataires américains, mieux vaut se dégager du risque d'instabilité côté investisseurs.

Pas de surchauffe US, pas de rebond de l'euro

Alors que signifie maintenant le nouvel accès de faiblesse de l'euro face à la devise américaine ? Les excédents sont toujours là. La reprise européenne a connu un coup de mou au premier trimestre, mais elle reste toujours d'actualité. L'écart d'inflation reste toujours favorable à l'appréciation de l'euro. Et la normalisation de la politique monétaire de la BCE reste d'actualité. On peut certes évoquer les risques de guerre commerciale, et leur retombée sur l'excédent européen. Mais à ce stade, au-delà de l'émoi de court-terme, le choc reste de second ordre. Comme souvent, dans ce cas-là, c'est la perception de l'écart de conjoncture avec les Etats-Unis qui joue un rôle décisif. Il n'y a certes pas de lien mécanique systématique entre l'écart de conjoncture et l'évolution de la parité euro / dollar. Néanmoins, c'est un élément qui souvent joue à court terme un rôle décisif. Les phases de décrochage européen prolongé, entrainent une dépréciation de l'euro. Les phases de rattrapage durable, favorisent son appréciation.

Et ce qui change actuellement, ce n'est pas tant la perception de la reprise européenne, que l'espoir d'une robustesse plus forte que prévue de la reprise US. L'idée d'un point de retournement proche s'éloigne. La politique de Trump pourrait apporter du carburant à la croissance, et conduire la poliltique monétaire à aller au-delà de ce que les marchés avaient anticipé. Avec un temps de retard de surcroît. Dès lors, l'écart de conjoncture Europe / US ne se referme plus, comme anticipé. Il n'est pas exclu, que dans ce contexte, l'euro puisse connaître d'autres accès de faiblesse. Mais on le sait aussi, ce niveau modéré du change, booste la croissance européenne. Nous entrons donc dans une zone, où l'euro peut encore baisser, mais de façon éphémère. Ce ne sera que pour mieux rebondir, lorsque l'économie américaine s'approchera d'un vrai point de surchauffe.

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Commentaires
a écrit le 25/07/2018 à 9:47 :
Il suffit de constater les fluctuations Euro/USD depuis 2002 pour comprendre que tout est possible (mini 0.85 maxi 1.6) mais graphiquement, le USD est plutôt à la baisse contre Euro (support vers 1.05 ?) depuis le pic de 2011.
De toute façon, les sociétés qui font du commerce international se couvrent, pour un coût dérisoire, contre ces fluctuations (merci aux marchés à terme et dérivés). Je ne sais pas si on peut se couvrir contre les fluctuations Yuan/USD ou Yuan/Euro.
Cordialement
a écrit le 25/07/2018 à 8:21 :
Suite. C'est pour cela qu'il faut appliquer la note n°6 du CAE avec une allocation universelle pour respecter l'équité. Il n'y a pas d'autre solution.
a écrit le 25/07/2018 à 8:08 :
Le problème est surtout lié au prix de l'énergie qui dépend de la situation internationale.
a écrit le 24/07/2018 à 14:02 :
La solidarité pour macron le president des tres riches non macron n est pas president de tout les françaises macron Avec hollande les francai plus pauvres macron crée de là misères riant qu'à voirs leS trotoires la manche même leS femmes ?
a écrit le 24/07/2018 à 10:34 :
"La politique de Trump pourrait apporter du carburant à la croissance, et conduire la poliltique monétaire à aller au-delà de ce que les marchés avaient anticipé."

C'est bien ce que je pense depuis le début, la politique de trump est au moins à moyen terme, il est évident que l'économie américaine ne peut qu'en ressortir renforcée ce qui en effet ne peut que faire monter le dollar mais TRump est tellement puissant que quand il aboie parce que le dollars est trop haut ce dernier baisse parce que les financiers américains le suivent.

Bref la finance américaine a enfin retrouvée un berger et de ce fait, guidée, elle permet enfin de faire ce qu’elle devrait toujours faire, investir plutôt que de planquer son pognon dans les paradis fiscaux.

Un pouvoir politique faible n'étant pas rassurant incitant forcément à planquer son pognon plutôt que d'investir dans es politiciens que l'on a acheté.

Une certaine logique se dégage du fonctionnement financier à savoir qu'il est indispensable de ne pas laisser la finance guider l'économie, qu’elle est efficace quand on la dirige.

Trump est en train de nous démontrer que la finance peut servir, qu'elle n'est pas là que pour s'acharner sur les salariés, la planète et le pouvoir d'achat comme elle ne fait que nous le démontrer en europe par exemple, mais il faut qu’elle soit tenue, livrée à elle même c'est une destruction programmée à terme.

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