L'évolution des balances courantes en zone euro

 |   |  695  mots
Xerfi Canal
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le graphique de l'évolution des balances courantes en zone euro.

Les médias ont l'œil rivé sur la balance commerciale. Ce n'est pourtant que la partie des échanges limitée aux seules marchandises. Pour obtenir une vision complète des échanges extérieurs,  il est indispensable d'y intégrer les services comme les recettes touristiques.

De même, il faut tenir compte des revenus liés au déploiement des entreprises à l'international, au service de la dette ou aux transferts à des institutions internationales. C'est justement ce que décrit la balance courante de la zone euro. Son solde est le plus significatif, car il indique si les pays de la zone dépensent plus qu'ils ne gagnent.

Ce solde est rapporté au PIB pour gommer les effets taille. Maintenant, rappelons-nous : 1998, un an avant la naissance de la monnaie unique, les excédents courants des futurs membres de la zone euro atteignent 29 milliards soit 0,5% du PIB. Et la France comme l'Italie figurent parmi les meilleurs ! A l'opposé, l'Espagne mais aussi... l'Allemagne ! Je dis bien l'Allemagne alors déficitaire et empêtrée dans la réunification. Mais à peine entrée dans l'euro, les pays de la zone voient leurs excédents fondre rapidement. 2000 se termine dans le rouge avec un déficit de 1,5% du PIB.

Tous les pays dégringolent

Le plancher des 100 milliards d'euros est brisé. Le coupable, c'est le boom des importations de marchandises : c'est + 52% dans une Europe dont la consommation intérieure flambe. Le déficit des invisibles se creuse aussi, mais dans une bien moindre mesure.

A partir de 2001, l'éclatement de la bulle internet brise la croissance et casse les demandes intérieures. Du coup, c'est le plongeon pour les importations de biens. C'est bon pour le solde commercial qui redevient positif et remonte jusqu'à 2004. En arrière-plan, deux transformations structurelles qui vont faire du bruit par la suite sont déjà à l'œuvre. Dans le Sud de la zone euro mais aussi en France, les pays choisissent de stimuler la consommation et la construction. La France subit de plus le choc des délocalisations menées par les multinationales. Certes, elles en tirent des revenus, ce qui est bon pour la balance des invisibles.

Le revers de la médaille

Mais cela n'éponge pas les dégâts dans le tissu productif. Du coup, la partie « échanges de biens » s'enfonce dans le rouge : 2004 sera la dernière année d'excédent courant pour la France !

La stratégie allemande est à l'opposé. Elle donne la priorité aux réformes structurelles et au mesures destinées à pour restaurer sa compétitivité coût et hors coût. Un programme mené au détriment de ses partenaires européens à qui elle prend des parts de marché.

Pour la zone euro, c'est cependant à jeu à somme négative. En effet, à partir de 2005, la descente aux enfers commence pour la balance courante de la zone euro. Elle atteindra son paroxysme en 2008 avec la grande crise. Le déficit courant tombe alors à 158 milliards d'euros, 1,7% du PIB, son plus bas niveau historique.

Paradoxalement, 2008 est un excellent millésime pour l'Allemagne dont l'excédent courant flambe à 5,5% du PIB. La France tombe en revanche dans le rouge, et l'Espagne dans le noir.

La récession de 2008-2009 va rebattre les cartes

Les pays du sud s'engagent dans une stratégie d'austérité et de déflation salariale. Les demandes domestiques sont écrasées, ce qui fait plonger les importations de biens, et rétablit donc les balances commerciales. C'est assez pour faire sortir du rouge le solde des transactions courantes d'autant que la balance des invisibles pousse également dans le bons sens : l'excédent courant atteint en 2014 le chiffre record de 2,3%.

Le solde de Allemagne est toujours aussi flamboyant, celui l'Italie repasse dans le vert, celui de l'Espagne est proche de l'équilibre. La France reste légèrement négative, mais ses derniers chiffres sont bons. Mais ne nous y trompons pas : ce record historique est avant tout le reflet d'une demande intérieure anémique qui freine non seulement la croissance européenne, mais aussi toute l'économie mondiale.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/04/2015 à 0:07 :
La zone euro fait du dumping monétaire avec des excédents, n’est-ce pas de la non coopération alors qu’elle se prétend un modèle universel, baisser la monnaie est-ce coopératif ? Ne fait-on pas dans les valeurs douteuses du type mélange de genres. Il n’est pas certains que tous les pays du monde considèrent le maximum du chômage et le minimum du travail comme des valeurs, ou bien les salles de choot, l’Etat a-t-il une production officielle de drogue ? Dans quel pays voit-on des ventes de bébés ?
a écrit le 20/04/2015 à 19:10 :
La France aurait la courante ? On parle beaucoup des excédents de la zone euro, ce n’est pas la France qui y participe ! En quoi faut-il baisser l’euro alors que la zone est en excédents ? Si on considère le taux d’emplois et d’industrie, n’avons-nous pas une déroute industrielle ?
Dans la part d’industrie au pib on a Allemagne 30,7 Australie 28,2 suède 25,9 Japon 25,6 Italie 23,3 Espagne 23,3 USA 21 RU 20,2… France 19,8. La grande Nation industrielle, ça veut dire quoi, n’est-ce pas du bavardage de palais ?
Pour le taux d’actifs, en Allemagne on compte 73,3 en 2013 selon Eurostat, 70,8 au RU, 64,1 en France, 54,8 en Espagne, 49,3 en Grèce, 55,6 en Italie, 74,4 en Suède…
Actifs du secteur productif 15,9 millions, commerces 3 millions, secteur public et semi public 6,9 millions. Nombre de 20-60 ans : 34,5 millions. 34,5 – 15,9 – 3 – 6,9 = 8,7 millions… on déclare 3 millions en catégorie A ? Si on compte les 61 – 64 ans on ajoute 3,2 millions. Taux de chômage, ça veut dire quoi ? 8,7 / 66 = 13,2% de chômage. Ou bien : (8,7+3,2)/66 = 18%.
N’aurait-on pas plutôt 9 à 10 millions de chômeurs… Ne devrait-on pas remettre en cause la politique industrielle et la politique d’emploi ? En France on dit plus y a de fonctionnaires, plus y a de pib, mais aussi plus y a de chômeurs… La France donne des leçons de croissance ou bien de stagnation ? L’Europe qui fait moitié moins qu’aux usa ? C’est la leçon de la lanterne rouge au radiateur… on joue à l’ENARGOT de croissance au royaume des lents ? A quand la libération du foncier ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :