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La 5G, prophétie autoréalisatrice

Charles Cuvelliez

Publié le 23 mars 2017 à 08:52

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On ne sait pas encore si la 5G sera très rentable pour les opérateurs, ce qui est sûr, c'est qu'elle bouleverse le paradigme actuel. par Charles Cuvelliez, professeur à l'Ecole Polytechnique de Bruxelles, ULB, Belgique.

Il n'y en a eu que pour la 5G à Barcelone, cette année, au point de donner une impression de prophétie auto réalisatrice . Et pourtant, les opportunités de revenus de la 5G sont moins claires aujourd'hui qu'hier : les nouvelles fonctionnalités qu'on a prêtées à la 5G sont entretemps devenues une réalité pour la 4G (ou d'autres technologies). En cause ? Le caractère de plus en plus modulaire de la technologie mobile. Le mobile bénéficie des améliorations au fil de l'eau qui viennent avec la 4G. Il ne doit plus attendre la 5G.

Avec la 4G, retours sur investissements décevants

Les retours sur investissements de la 4G n'ont pas été à la hauteur des espoirs. Elle n'a pas été monétisée comme on l'aurait souhaité. Avec la 4G, on a déjà quasi fait le maximum pour mettre le plus de données dans chaque hertz de fréquence, au point que le débat porte plus, à propos de la 5G, plus sur quelles bandes de fréquence supplémentaire libérer à tout prix. La 5G ne passera que par une densification du réseau d'antennes et plus de fréquences. Mais ce sont surtout des hautes fréquences, car peu utilisées , qu'on lui prédestine. Or dans l'Internet des objets, Sigfox nous apprend qu'il suffit d'une seule (basse) fréquence pour déployer un réseau national à (relatif) faible coût vu le peu de bande passante que demande l'internet des objets.

Bande passante

Dès lors qu'attendre vraiment de la 5G ? Un changement de paradigme. Elle rendra de plus en plus floue la distinction entre les réseaux fixes et le mobile, elle intégrera de plus en plus le Wifi pour former ce qu'on appelle des réseaux hétérogènes, le Wifi étant un complément simple et bienvenu à la couverture de la 5G qui ne se fera pas en un seul coup de baguette magique partout.

C'est que les paquets de données, s'ils commencent toujours leur voyage vers l'utilisateur final parle réseau fixe, ils le termineront presque toujours aussi sur un réseau sans fil pour atteindre une tablette, un portable ou un laptop ; Il suffit de compter chez soi le nombre d'appareils nomades à ceux réellement connectés à une prise réseau, ce genre d'encombrement qu'on tolère de moins en moins. Recevoir ce contenu sur des tablettes, smartphones et autres petits écrans qui ne demandent pas tant de bande passante plaide pour une 5G qui ne sera peut-être pas plus gourmande en débit que la 4G aujourd'hui.

Applications

On ne sait pas encore grand-chose des applications concrètes qui attendent la 5G pour exister : c'est le caractère imprévisible de tout progrès technique. La Commission Européenne a raison de n'avoir jamais transigé sur la neutralité technologique dans sa régulation. A chaque fois qu'un pays a voulu imposer une technologie, il s'en est mordu les doigts. L'Autriche a voulu imposer la fibre jusqu'à la maison mais a fait marche arrière pour ne plus imposer que la fibre jusqu'au coin de la rue. La commission ne fait prudemment plus l'amalgame entre réseaux haute performance et fibre mais y inclut désormais les autres technologies comme le câble. C'est mieux de déployer une technologie qui non seulement tient compte des besoins futurs à long terme mais qui peut être rapidement appliquée à la population, dit HSBC qui a consacré un long rapport pour remettre les pendules à l'heure sur la 5G : le Japon a depuis 10 ans commencé à déployer la fibre mais est désormais rattrapée par la Grande-Bretagne qui vient de s'y mettre.

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Promesse de revenus encore vague?

Si la promesse des revenus de la 5G est vague, dit HSBC, on a identifié ce que la 5G peut apporter d'unique : elle répondra à la demande dite « hétérogène ». Le modèle actuel veut qu'on injecte dans les réseaux toutes les données qui doivent y transiter : au réseau de de se débrouiller, ce qui fermait la porte à toute une série de service critiques. La 5G a été pensée dès le début comme une technologie qui peut tout aussi bien gérer des communications qui doivent être fiables sans demander beaucoup de bande passante mais dont le temps de transit (la latence) doit être petit. Ce sont les applications critiques (santé,...) qui en ont le plus besoin. L'internet des objets encombrera peut-être les cellules 5G mais demandera une très faible bande passante.

Et à nouveau la 4G possède des standards qui permettent l'internet des objets quand ce n'est pas une technologie propriétaire. La 5G force à repenser ce qu'on veut d'un réseau mobile qui jusqu'à présent repose sur le modèle des communications interpersonnelles ou vers Internet. Tout appel émis ou reçu, tout connexion vers Internet doit forcément transiter vers une antenne sur un mat par ce qu'il doit joindre une destination éloignée. Cela n'est plus forcément le cas aujourd'hui avec les capteurs, les objets qui communiquent entre eux.

Alliance avec d'autres industries

Autre changement de paradigme pour la 5G plus intéressant pour l'avenir du secteur, explique HSBC : la nécessaire alliance entre ce dernier et d'autres industries qui attendent beaucoup de la 5G : on parle de e-santé, de l'optimisation des transports, des cités intelligentes ; ces domaines requièrent une connaissance fine de chaque secteur pour concevoir les codes et algorithmes à mettre dans les puces qui communiqueront (oupas) en 5G. Mais toutes n'attendent pas autant de la 5G : parler de voiture autonome si elle a besoin d'une connexion réseau 5G permanente, ce n'est pas vraiment de l'autonomie, ni vraiment sûr (en cas d'interruption du réseau). Quant à téléchirurgie, autre promesse de la 5G, elle se passe à l'intérieur des hôpitaux : on peut supposer que l'infrastructure suit déjà sans attendre la 5G.

Ces secteurs industriels, la conception des codes des services qui l'entourent, ce n'est pas forcément la tasse de thé des opérateurs. Ce l'est plus pour les industries elles-mêmes qui connaissent leur métier. Ceci pourrait mener à des alliances vertueuses entre opérateurs et industries qui, pour une fois, dameraient le pion aux acteurs traditionnels d'Internet, les GAFAS, qui ont tout raflé jusqu'à présent. Google en est conscient, lui, comme d'autres qui multiplient les incursions dans des domaines éloignés de leur cœur de métier, la voiture autonome en est la face la plus visible. D'aucuns mettent en avant le risque de voir un constructeur automobile demander des fréquences au même titre que des opérateurs pour la pérennité de ses projets de voiture autonomes ou les services qui l'accompagneront et qui permettront demain d'éviter les files,.... Mais une alliance reste la voie la plus probable, à chacun son métier : gérer un réseau, ce n'est pas construire des voitures et inversement.

Puisse la 5G amener ces alliances pas si contre nature que cela.

---

Pour en savoir plus:

FT5G, What the telecoms sector needs is a new acronym,HSBC Research, Janvie 2017

Charles Cuvelliez

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