La blockchain permet une finance moins spéculative et plus proche de l'économie réelle

OPINION. La valorisation des actions cotées comme non cotées était ainsi bien souvent l'expression d'une réalité comptable, physique et palpable dans son rapport à l'économie réelle. Qu'en sera-t-il des cryptomonnaies qui reposent sur la technologie décentralisée de la blockchain dont la promesse est de reconstruire la confiance ? (*) Par Yann Le Floch, banquier des monnaies digitales, ancien banquier d'affaires pour BNP Paribas CIB, ingénieur des Mines de Paris, certifié en Blockchain du MIT et de la Harvard Business School en développement durable.

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Progressivement l'évolution de la finance de marché a pu aboutir à une décorrélation entre la valeur d'un actif financier et ses fondamentaux économiques.
"Progressivement l'évolution de la finance de marché a pu aboutir à une décorrélation entre la valeur d'un actif financier et ses fondamentaux économiques." (Crédits : Dado Ruvic)

Quand il s'agit d'évoquer l'écosystème des Blockchains, en lien avec la thématique du prix, les sujets se concentrent souvent sur le prix de la monnaie reine, le bitcoin, eu égard au roi Dollar. Un sujet financier de spéculation passionnant empreint de méthodes chartistes, algorithmiques, mathématiques, de Big Data, pour tenter de mesurer la confiance en la valeur Bitcoin. Au-delà de cette thématique, mesurer la confiance en un absolu de vide et d'infini, conceptuellement intimement liés, cette réflexion vise à questionner la capacité des technologies Blockchain dans son rapport avec l'économie traditionnelle, vis-à-vis d'un étalon classique de valeur, comme les monnaies FIAT.

La finance classique a eu pour habitude historiquement de mesurer la valeur dans un cadre comptable, où les prix d'un actif financier, action par exemple, étaient un multiple d'un chiffre d'affaire, d'un bénéfice, d'un nombre d'années de paiement de dividendes. La valorisation des actions cotées comme non cotées était ainsi bien souvent l'expression d'une réalité comptable, physique et palpable dans son rapport à l'économie réelle.

Progressivement l'évolution de la finance de marché a pu aboutir à une décorrélation entre la valeur d'un actif financier et ses fondamentaux économiques, dont des points d'orgues symboliques, peuvent être les valorisations des actions Amazon ou Tesla, avec l'exemple traditionnel des marchés qui valorisent une voiture Tesla de l'ordre d'1 million de dollars, là où elles sont vendues autour de 50.000 dollars. La finance de marché, de l'offre et la demande, valorise ainsi non plus l'économie du « cash flow » mais la finance de la confiance invisible, du « goodwill » immatériel, dont les cotations de certaines cyptomonnaies comme le bitcoin peuvent en être l'expression ultime. La confiance, ingrédient essentiel de tout système macroéconomique inflationniste, est désormais cotée pure et sujette aux jeux de l'offre et la demande de confiance « en huile essentielle ».

Vers la fin du "Bid/offer" ?

Tout acteur de l'économie, qu'il admire ou rejette ces actifs financiers de la confiance pure, ne peut que questionner cette évolution, notamment dans la capacité à retrouver une forme de confiance dans l'usage des outils financiers en rapport avec l'économie traditionnelle. Les technologies Blockchain peuvent ainsi donner des outils très précieux pour s'assurer que la finance soit un outil de l'économie, et non l'inverse.

Ainsi, les technologies des contrats intelligents « smart contracts » d'Ethereum, Cardano, Polkadot, Solana, ou Avalanche, couplés à des avatars technologiques connectés de Chainlink ou VeChain à l'économie réelle, peuvent s'assurer qu'un actif financier puisse être échangé autour de sa valeur économique, et non plus purement spéculative de Bid/Offer.

Dans une telle perspective, la valeur d'un actif financier serait l'expression non plus d'un jeu d'offre et de demande à un instant donné, assurant une liquidité maximum, mais d'un équilibre entre la dimension d'un prix selon l'espace économique réel, et du lissage de sa liquidité dans la dimension du temps. Des ressorts de liquidité pouvant permettre une certaine fluidité des échanges autour de la valeur comptable selon des formules de différentes natures . Une forme d'équilibre retrouvé dans l'espace-temps économique. Il est d'ailleurs à noter que les premiers actifs immobiliers tokenisés selon des règles de bid/offer de l'instant ont été confrontés à des phénomènes spéculatifs très forts en totale décorrélation avec la valeur des actifs selon le marché immobilier traditionnel où un certain équilibre existe entre la dimension de la liquidité et la dimension du libre prix.

Il apparaît ainsi que les technologies Blockchain pourraient permettre des bourses d'échanges intelligentes, plus proche de la réalité économique, développées par des acteurs de la crypto-économie, ou des échanges institutionnels comme Euronext ou le NY Stock Exchange. Une forme de retour à des fondamentaux économiques serait ainsi envisageable dans les Bourses, grâce aux conditionnalités, et paramétrages, que permettent les contrats intelligents des technologies Blockchain sur les actifs financiers, et dans leurs échanges.

Au-delà de la définition du prix d'un actif financier boursier, d'actions, d'obligations, de matière première, de fond, ou de change, le paramétrage des prix pourrait aussi se faire dans l'économie traditionnelle, pour s'assurer d'un meilleur partage de la création de valeur d'une économie, en incluant différents acteurs de la chaîne de valeur économique dans la définition du prix, comme initié philosophiquement par la marque « C'est qui le Patron » sur le prix des produits laitiers.

De même, un paramétrage, d'un prix synthétique, pourrait être fractionné selon différentes dimensions, de performance économique traditionnelle de Bid/Offer, de valeur environnementale de marché, de valeur sociale de marché, de valeur démocratique de marché. Les 17 critères ESG voulus par l'ONU pourraient ainsi se matérialiser dans le prix des actifs financiers et économiques au sein d'une économie programmable, pour que la finance soit au service de l'économie, et l'économie au service de l'humain.

L'économie de marché deviendrait ainsi une économie des marchés dans un dimensionnement multiple.

Une telle perspective de construire des prix selon d'autres critères que la liberté totale de l'offre et la demande, mais couplée à d'autres libertés de marchés complémentaires, pourrait être qualifiée d'économie administrée, avec le spectre des échecs de certaines économies passées. Sur ce point, il peut être opportun de rappeler que l'empereur Charlemagne comme le Général de Gaulle administraient le prix du pain par décrets. Ainsi existe-t-il un juste barycentre entre les différentes théories économiques traditionnelles pour un juste fonctionnement de l'économie. L'économie de la Blockchain est en capacité de répondre à ces questionnements d'un point de vue technique et théorique, les expérimentations débutant d'ailleurs.

Pour autant Friedrich Nietzche écrivait "Tout ce qui a son prix est de peu de valeur" dans « Ainsi parlait Zarathoustra », la définition des valeurs dans une possible économie programmable permise par les Blockchains serait ainsi un chemin à construire avec justesse et équilibre, pour un fonctionnement économique équilibré.

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Commentaires 3
à écrit le 01/10/2021 à 20:18
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Et c'est certainement cela qui inquiète ceux qui détruisent le monde en ronflant puisque les panama papers ont démontré que 25% des flux financiers sont liés à la mafia. Elle ne doit pas aimer beaucoup la blockchain la mafia mais avec le great reset ...

à écrit le 30/09/2021 à 16:37
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Strictement rien compris.... Il faudrait arrêter de se gargariser avec du verbiage et avoir un rapport plus direct avec la réalité....

le 23/03/2022 à 14:13
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