La Chine fait main basse sur le blé ukrainien dans l'indifférence européenne

OPINION. Aux portes de l'Union européenne, Pékin est devenu le principal acheteur des très convoitées productions de céréales d'Ukraine. La souveraineté alimentaire européenne pourrait être menacée. Par Jean-Jacques Handali, directeur et administrateur de Cosmopolis Conseil (Genève).

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Blé chargé au terminal du port de Nikolaïev, ville portuaire et industrielle du sud de l'Ukraine.
Blé chargé au terminal du port de Nikolaïev, ville portuaire et industrielle du sud de l'Ukraine. (Crédits : Reuters)

L'agriculture ukrainienne est l'un des seuls secteurs exportateurs du pays. On y cultive blé, orge, betterave et pomme de terre en grande quantité. Ces quatre céréales et plantes permettent à ce pays de se positionner parmi les premiers producteurs mondiaux (entre la 3e et la 8e place, respectivement, selon la culture concernée). À l'époque de l'empire soviétique, l'Ukraine était d'ailleurs connue pour être « le grenier à blé de l'Europe orientale ».

Cette constatation n'a sans doute pas échappé à la sagacité des hauts représentants céréaliers de la République Populaire de Chine (RPC). En 2020, l'Ukraine a ainsi exporté près de 7 millions de tonnes de céréales en direction de l'Empire du Milieu ; un chiffre en forte hausse par rapport à l'année précédente. Ces transactions représentent une enveloppe de près 1,9 milliard de dollars. Graduellement, la Chine est-elle en train de devenir le principal client agricole de l'Ukraine ? Mais l'Europe reste les bras ballants, et ne réagit pas.

La Chine perd des terres arables

L'offensive chinoise sur les terres agricoles du monde entier a débuté il y a de nombreuses années en Afrique, en Amérique latine, mais aussi et surtout en Australie : en 2017, des millions d'hectares y étaient rachetés par des hommes d'affaires chinois. Une technique bien rodé: pour passer sous le seuil des investissements nécessitant une autorisation du gouvernement de Canberra, les Chinois multiplient les achats de petite surface, qu'ils additionnent ensuite.

Des méthodes agressives dont l'Europe semblait pour l'instant préservée. C'était avant de voir l'Ukraine basculer dans le giron agricole chinois... au nez et à la barbe de Bruxelles.

Car pour Pékin, il y a urgence : entre 2009 et 2019, le total des terres arables chinoises a diminué de 6%. La faute à l'urbanisation rapide du pays, à ses activités industrielles et la pollution qu'elles engendrent.

Et il y a encore plus préoccupant : la Chine commence à toucher les limites de la surexploitation de ses terres, notamment pour la production de céréales. En juillet dernier, le gouvernement chinois s'alarmait sur les rendements des terres noires du nord-est du pays, grenier à blé historique de l'Empire du Milieu. Un tiers de la production céréalière chinoise provient de ces 18 millions d'hectares de terres arables étalées sur les trois provinces du Liaoning, du Heilongjiang et du Jilin.

Vassalisation économique

Réchauffement climatique et surexploitation auraient appauvri les sols et menacent désormais la fertilité des terres. En décembre 2020, le président Xi Jinping lui-même avait qualifié la situation agricole de cette région de « problème grave ».

Alors que la Chine est en train de perdre son grenier à blé, elle s'apprête à faire main basse sur celui de l'Europe. Bruxelles, Paris ou Berlin demeurent aux abonnés absents. Alors que les Occidentaux avaient su se montrer intraitables à l'égard des Russes et de leur influence en Ukraine, ils sont étrangement passifs quand il s'agit d'une vassalisation économique sous pavillon chinois. La menace que cela fait peser sur notre souveraineté alimentaire est pourtant beaucoup plus grave.

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Commentaires 16
à écrit le 05/11/2021 à 9:23
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Ok , mais il s agit du marché mondial , un pays vend a qui il veut .. en quoi les achats chinois sont ils gênants ?

le 05/11/2021 à 13:19
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Oui tant qu'il n'y a pas''achat des terres

à écrit le 04/11/2021 à 18:50
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Nous devrions entretenir d'excellentes relations tant avec la Russie qu'avec la Chine. Ces deux pays Amis ne cherchent pas à nous vassaliser.

le 05/11/2021 à 22:23
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La Russie qui est entrain de "tuer" la zone d'influence de la France en Afrique pour la remplacer avec la Russie et la Chine qui soutient les indépendantistes en Nouvelle-Calédonie et qui est entrain de prendre le monopole mais selon PNL ces deux pay...

le 05/11/2021 à 22:23
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La Russie qui est entrain de "tuer" la zone d'influence de la France en Afrique pour la remplacer avec la Russie et la Chine qui soutient les indépendantistes en Nouvelle-Calédonie et qui est entrain de prendre le monopole mais selon PNL ces deux pay...

à écrit le 04/11/2021 à 9:21
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Tant qu'il s'agit de vendre les récoltes au plus offrant et non pas les terres, je ne vois pas pourquoi l'on pourrait parler de vassalisation. Le blé est une marchandise facile à vendre et peu importe le client. Quand M. Doumeng, le "milliardaire r...

à écrit le 03/11/2021 à 12:04
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En Ukraine, la Chine se frotte à la Russie. Cela devrait produire des étincelles, ainsi qu'aux confins Est de la Russie.

le 04/11/2021 à 6:56
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Ben non, cher pro otan. La Russie est un exportateur de blé, elle n a pas besoin du blé ukrainien, contrairement à ton Europe soumise aux intérêts américains (charbon américain livré en europe)

à écrit le 03/11/2021 à 11:07
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Il faut lire "Terres rares" de Jean Tuan chez C.L.C. Editions. L'auteur sous forme de fiction dévoile la réalité des coups tordus de la Chine qui en échange des minéraux rares dont elle dispose en quantité s'accapare les ressources essentielles d'un...

à écrit le 03/11/2021 à 9:48
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Si nos responsables de l’UE ne bougent pas,c’est que la production de blé est suffisante dans le reste de l’Europe,pour la population européenne. Suis-je dans le vrai?

à écrit le 03/11/2021 à 9:43
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Le frelon asiatique est encore plus invasif que le frelon occidental, c'est dire ! A 9 milliard on est plus des mammifères mais des insectes... des bancs de sauterelles façon attila.

à écrit le 03/11/2021 à 9:17
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L' Allemagne et les pays scandinaves ont devoyé ce qu aurait du etre l europe -enfn ce qu on nous a vendu en France il y a 20-30 ans-..nos politiques européens sont plus preoccupés par le " marché" que la stratégie ...une vision a court terme qui met...

à écrit le 03/11/2021 à 9:16
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"la Chine commence à toucher les limites de la surexploitation de ses terres" Les chinois ont poussé les méthodes agro-industriels au maximum, eux aussi ont cru au miracle des produits chimiques pendant que ceux-ci tuaient leurs terres. Un manque de ...

à écrit le 03/11/2021 à 9:16
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L' Allemagne et les pays scandinaves ont devoyé ce qu aurait du etre l europe -enfn ce qu on nous a vendu en France il y a 20-30 ans-..nos politiques européens sont plus preoccupés par le " marché" que la stratégie ...une vision a court terme qui met...

à écrit le 03/11/2021 à 9:08
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Lorsqu'on n'a pas de politiques et bien on applique la politique des autres, ainsi parlait déjà De Gaulle..

à écrit le 03/11/2021 à 9:07
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L'Europe menacée ? Surtout le Magreb et le pourtour méditerranéen. Le fait que la Chine achète tout est normal ils ont tout mis en place pour le faire, arbre blé pétrole, la Chine manque de ressources et de pétrole pour ses productions. L'ukraine...

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