La crise sanitaire devrait accélérer la montée en puissance de l’Internet des objets

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En Corée du Sud, les citoyens, les entreprises et les pouvoirs publics adhèrent tous à l’approche préventive.
En Corée du Sud, les citoyens, les entreprises et les pouvoirs publics adhèrent tous à l’approche préventive. (Crédits : DR)
ANALYSE. Les données collectées par les capteurs pourraient installer une société axée sur la prévention. La Corée du Sud, citée en exemple pour sa gestion de la pandémie, montre aujourd’hui la voie. Par Sandrine Macé, ESCP Business School et Violette Bouveret, ESCP Business School (*).

Premier grand foyer épidémique hors de Chine, la Corée du Sud déplorait fin août au moins 321 morts de la COVID-19 depuis le début de l'épidémie bien loin des dizaines de milliers de victimes comptabilisés dans nos hôpitaux. Même si l'épidémie connaît actuellement une reprise, la continuité de l'activité économique a été assurée pendant toute la crise. Rien d'étonnant donc à ce que ce pays ait été brandi comme modèle.

Schéma du « smart quarantine information system » coréen. cdc.go.kr

Le secret de cette redoutable efficacité ? Une approche préventive doublée d'un exploit technologique : un dispositif reposant sur une plate-forme (smart quarantine information system) associée à des systèmes connectés et alimentée par les données de santé des citoyens collectés via une application mobile dédiée. Mais le vrai succès est à attribuer à l'adhésion partagée des pouvoirs publics, des entreprises et du peuple coréen à une approche préventive.

Adhésion grandement facilitée par le traumatisme de la précédente épidémie à coronavirus, celle de MERS, qui avait frappé le pays en 2015. La crise actuelle a donc constitué un accélérateur du passage d'une société curative - subissant et réagissant a posteriori à des événements dont les dommages peuvent être au mieux atténués - vers une société préventive - qui s'organise pour éviter d'être prise au dépourvu. Ce qui, dans le cas coréen, indique que nous aurions tout à gagner à mettre en place une approche proactive.

Produire des bénéfices

Dans cette perspective, l'Internet des objets (Internet of Things, ou IoT) apparaît comme maillon essentiel d'un dispositif à vocation préventive. L'IoT désigne un système d'échange en temps réel d'informations collectées à partir de capteurs dont sont munis les objets (Things) comme les machines, les robots ou les téléphones.

D'où vient la puissance de ce système ? De la quantité massive de données (big data ou mégadonnées), de leur temporalité - elles sont fournies en temps réel - et de leurs croisements avec d'autres sources pour analyse par des algorithmes confèrent à l'IoT un grand pouvoir prédictif. Sans forcément recourir à des algorithmes très sophistiqués ; une simple règle logique (de type « si... alors ») peut suffire pour une action efficace (« Si la température s'élève à 39° et que l'individu a croisé une personne atteinte du virus au cours des 5 derniers jours, alors l'individu est très probablement contaminé, ce qui déclenche l'envoi d'un message »).

Une condition cependant : les solutions (de gestion de pandémie ou autres) fondées sur l'IoT n'ont de sens que si l'ensemble des acteurs - entreprises, individus et société - y trouvent un bénéfice.

Un moteur de la transformation digitale

Pour les entreprises, la crise incite à repenser tant les moyens de production que les business models. C'est l'opportunité d'adopter une nouvelle vision industrielle produisant en quantités limitées, voire à l'unité pour répondre aux besoins de personnalisation des clients, localement, tout en maîtrisant les coûts. Cette mutation s'insère dans une approche préventive via une production plus juste et plus proche des besoins, prévenant ainsi contre le gâchis de marchandises produites en masse.

Comment ? Encore une fois, en s'appuyant sur l'IoT. Ainsi la maintenance préventive, reposant sur l'implantation de capteurs connectés et d'algorithmes prédictifs, diminuerait les coûts de maintenance de 10 à 40 % et réduirait de moitié le nombre de pannes, d'après McKinsey.

La COVID-19 a également accéléré l'appropriation de nouvelles technologies digitales par les particuliers. Confinés, ils ont découvert multiples utilisations du numérique. Par exemple, Withings a proposé d'utiliser ses montres connectées et ses thermomètres connectés pour suivre l'état de santé des patients à distance. À Wuhan, les robots connectés ont permis de distribuer les médicaments des patients infectés.

Encore bien timide avant la crise, l'adoption des objets connectés devrait accélérer et notamment booster le secteur de l'e-santé. La transformation digitale des particuliers devrait permettre un traitement préventif plus efficace des maladies et en particulier des maladies chroniques : diagnostics améliorés, fréquence de suivi augmentée, données additionnelles collectées.

Par exemple, grâce au glucomètre connecté, un diabétique peut savoir en temps réel quand il doit prendre son traitement. Le bénéfice : les patients gagnent en responsabilisation et en autonomie. Les technologies connectées ont également un intérêt pour le maintien des personnes âgées à domicile - ce qui pourrait éviter de nouvelles hécatombes en Ehpad à l'avenir.

Un outil de gestion publique

Enfin, grâce à l'IoT, les pouvoirs publics ont la possibilité de mener leur mission d'intérêt général de manière plus efficiente. Les villes connectées (smart cities), en première ligne dans la gestion de la crise sanitaire, ont aussi à y gagner dans d'autres domaines. Un exemple, celui des transports : le déploiement de capteurs connectés dans la ville permettrait de réduire le temps de trajet en voiture, de réduire les accidents et de rendre plus attractifs les transports en commun.

Nous avons donc toutes les raisons d'être optimistes sur la généralisation de l'IoT dans les espaces publics et privés afin d'accélérer notre passage vers une société de la prévention. Une première condition de réussite est celle de l'adoption massive des objets connectés. Toutefois, la création de valeur produite par l'IoT ne garantit pas à elle seule leur adoption. D'autres mouvements - déjà en cours - doivent s'accélérer pour créer un climat de confiance et en particulier un mouvement éthique et géopolitique.

Une seconde condition réside dans la mise en place de garde-fous. L'IoT ne mène-t-il pas à une société de la surveillance, liberticide, dans laquelle l'individu n'aurait plus de contrôle sur ses données personnelles ? Pour éviter cela, les procédures de collecte et d'utilisation de ces données devront être rigoureuses, transparentes et honnêtes - en Corée du Sud, des questions demeurent même si des lois restrictives proches du règlement général sur la protection des données (RGPD) européen encadrent l'usage des données.

Enfin, plus que jamais, il paraît nécessaire d'instaurer une souveraineté numérique européenne pour ne pas dépendre des fournisseurs de plates-formes.

The Conversation ______

(*) Par Sandrine MacéProfesseur au département marketing de l'ESCP Europe - Directrice scientifique de la Chaire IoT (Internet of Things), ESCP Business School et Violette BouveretChercheuse associée à la Chaire IoT, ESCP Business School.

Cet article est tiré de l'Impact paper publié dans le livre blanc de l'ESCP intitulé « Managing a post-Covid19 Era » (mai 2020).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Commentaires
a écrit le 12/09/2020 à 11:05 :
Les banquiers européens ont déjà cru qu'ils allaient réunir au nom de leur pathologique cupidité le peuple français et le peuple allemand qui exposent toujours leur incompatibilité et vous vous voudriez en plus que nous nous assimilions au peuple coréen sans rire ?

Vous avez tous totalement perdu la raison générant des millions d'articles qui parlent pour ne rien dire.
a écrit le 10/09/2020 à 19:33 :
"Une société axée sur la prévention" : la novlangue dans toute sa splendeur ! Comprendre une société axée sur la surveillance et la répression.
Ainsi, la dictature ultralibérale mondialisée a choisi l'alibi sanitaire pour s'imposer.

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