La France "championne du Monde du tourisme" : une position et des retombées à relativiser

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La France n'apparaît qu'à la 17ᵉ place du classement fondé sur le chiffre d'affaires par touriste. Analyse et pistes stratégiques. Par Hugues Poissonnier, Grenoble École de Management (GEM)

Souvent présentée comme la première destination touristique mondiale, la France confirme cette année encore son attractivité. Un possible « effet Coupe du Monde », un plus certain attrait lié à la diversité de notre littoral, de nos montagnes et de notre patrimoine culturel, vont continuer à faire de la France une destination prisée. Dans un tel contexte, l'objectif gouvernemental récemment réaffirmé d'atteindre la barre des 100 millions de touristes par an ne semble pas irréaliste. Faire d'une telle performance un levier de croissance majeur et un moyen de financer le déficit commercial l'est sans doute un peu plus.

Le nombre de touristes : un critère à mettre en perspective

Avec près de 90 millions de touristes accueillis l'an dernier, la France demeure en première position d'un classement mondial flatteur sur ce critère. L'Espagne, avec 82 millions de touristes et les États-Unis (76 millions) complètent un podium qui peut se révéler trompeur au regard d'autres critères pertinents.

Les recettes touristiques, mesurées sur la base de l'ensemble des chiffres d'affaires réalisés, constituent un critère lui aussi contestable mais qui a le mérite d'offrir une vision clairement différente : avec 54 milliards d'euros, la France apparaissait l'année dernière loin derrière les États-Unis (190 milliards d'euros) et l'Espagne (60 milliards).

Elle est même, selon ce critère, talonnée par la Chine et la Thaïlande qui connaissent actuellement des dynamiques plus fortes. Un tel écart s'explique par le fait que de nombreux voyageurs considérés comme des touristes ne font en réalité que passer ou qu'ils ne s'arrêtent que peu de temps.

La France n'apparaît ainsi qu'à la 17e place du classement fondé sur le chiffre d'affaires par touriste, très loin derrière la Suède, leader sur ce critère.

Lire aussi : Tourisme : l'imposture de la France numéro 1

Une non-spécialisation évidente

La place du tourisme dans l'économie française, bien que non-négligeable, témoigne d'une non-spécialisation qui explique également en partie le relativement faible chiffre d'affaires par touriste généré par un pays considéré comme leader mondial de cette industrie.

Les recettes touristiques françaises représentent à peine 2,3% du PIB, contre 19,5% pour... la Croatie, véritable championne du Monde sur ce critère. Bien sûr, il est possible de constater, derrière ce chiffre, la bonne santé et l'importante contribution au PIB de nombreux autres secteurs d'activités et partant, une dépendance au tourisme relativement faible et bienvenue. Les « meilleurs » sur ce critère sont d'ailleurs des pays qui cherchent, tout en exploitant leur potentiel touristique, à réduire une dépendance jugée trop forte (à côté de la Croatie, Chypre et Malte complètent un podium exclusivement composé de « petits » pays).

Il n'empêche que les recettes touristiques représentent 5,2 % du PIB en Espagne, pays qui a largement investi dans une montée en gamme contribuant à l'accueil de plus de touristes et à l'augmentation significative du chiffre d'affaires par touriste. Sans faire de l'hexagone un pur spécialiste du tourisme, il est donc possible de faire mieux que de surfer sur les attraits naturels et historiques du pays.

Réduire la déception des touristes constatant un décalage entre leur vision idéalisée de la France et la réalité (je pense ici notamment au syndrome de Paris) pourrait être un objectif bienvenu et réaliste (puisque réussi par notre voisin espagnol).

Financer le déficit commercial grâce au tourisme : un raisonnement dangereux

Vouloir éponger le déficit commercial grâce au tourisme semble une stratégie douteuse. D'abord parce que le déficit commercial pose de réels défis industriels dont il importe d'avoir conscience et qu'il ne s'agit pas de dissimuler derrière les performances d'un secteur porteur.

Ensuite parce que les chiffres, comme nous avons pu le voir, ne disent pas tout. Dépasser la barre des 100 millions de touristes ne constitue sans doute pas l'objectif le plus pertinent à l'heure où la recherche de sens est de plus en plus réelle chez les voyageurs. Succomber à la stratégie du chiffre s'avérerait sans doute à la fois difficile et dangereux du point de vue des résultats et de l'image du pays.

Vers de nouvelles stratégies au niveau local

Au-delà des objectifs nationaux, les véritables stratégies en matière de tourisme de forgent et se déclinent au niveau local, celui des territoires. Le concept de touristicité, récemment développé, apparaît, de ce point de vue très intéressant : il s'agit en effet de mesurer le potentiel touristique d'un territoire sur une échelle de 0 à 100 à travers quatre dimensions :

De plus en plus, afin de développer la touristicité, ce sont de véritables stratégies collectives que les acteurs locaux mettent en place, n'hésitant plus à collaborer en tant que concurrents et, partant, à se livrer à des stratégies de coopétition pour attirer ensemble davantage de touristes que chacun n'aurait pu le faire en jouant la carte de la concurrence entre sites.

La Stratégie Tourisme 2022 de la Mairie de Paris semble également faire de la montée en gamme sa pierre angulaire. 59 actions apparaissent ainsi classées en quatre axes complémentaires :

  • Des expériences uniques

  • Une ville bienveillante

  • Un tourisme durable

  • Une destination performante

Ceci confirme bien, si besoin était, que c'est au niveau local que les solutions et les stratégies les plus pertinentes peuvent être déployées.

The Conversation ______

 Par Hugues PoissonnierProfesseur d'économie et de management, Directeur de la Recherche de l'IRIMA, Membre de la Chaire Mindfulness, Bien-Etre au travail et Paix Economique, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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a écrit le 01/08/2018 à 9:57 :
Je connais une île où le tourisme représente directement grosso modo 1/3 du PIB. Le résultat en terme de développement humain est nul : pas d'hôpitaux dignes, fuite des cerveaux, bétonisation des paysages, économie de rente ne profitant qu'aux propriétaires terriens, croissance captée par les plus riches et structure de l'emploi hautement saisonnière, consommation d'énergie et infrastructures totalement disproportionnée que ce soit en deçà des besoins (routes) où au delà des besoins (hypermarchés). Tout coûte un bras, il est impossible de se loger à l'année parce que, comprenez, l'été on loue à la semaine. Et que dire de la pollution de gens qui ne respectent rien : déchets, mégots sur la plage, pic de pollution des navires-HLM de croisiéristes. Tout ça pour passer 2 jours à déambuler dans des échoppes "typiques" de souvenirs made in bangladesh.

Un culte de l'argent-roi et "facile" a envahi les mentalités des uns, les autres se font littéralement exploiter. Tout le monde se plaint des touristes et de l'invasion mais en même temps ne font rien parce que l'économie de rente ainsi créée est trop fabuleuse pour les comptes en banque. C'est le syndrome de la tulipe hollandaise ou du gaz algérien.

Le tourisme de masse c'est la mort des territoires et de la civilisation. Les projets urbains et le fric dépensés pour rendre jolie la vitrine se font aux dépends des populations locales qui deviennent folles. Regardez donc ce qu'est devenu Marseille pour les croisiéristes : on a vidé le boulevard de la République des populations pour y mettre des enseignes de shopping.

Non définitivement ce n'est pas une économie que je ne souhaite pas à mon pays.
a écrit le 31/07/2018 à 9:54 :
"Ceci confirme bien, si besoin était, que c'est au niveau local que les solutions et les stratégies les plus pertinentes peuvent être déployées."

Nous avons un potentiel touristique phénoménal mais comme nous avons personne à la tête du pays pour penser économie le chantier est laissé de côté alors qu'il est énorme.

Par ailleurs les touristes changent et ne demandent plus que des loisirs, ils veulent de la culture, du patrimoine, de la nature, de l'histoire mais nos benêts politiciens eux se reposent sur leurs vieilles idées ne pensant le touriste que comme un pigeon à plumer.

Mais bon sans argent on ne peut rien faire non plus or ces parasites fiscaux dans lesquels les investisseurs planquent leur pognon sont en train d'asphyxier l'économie dans son ensemble.

Car à défaut d'argent on pourrait avoir des idées mais comme nos actionnaires nous imposent leurs réseaux à tous les postes de responsabilités, même les idées sont tuées.

Il n'y a pas de complot hein, juste une convergence d'intérêts avides et de bêtise réunie, suffit de laisser faire la bête immonde que la finance a généré.
Réponse de le 01/08/2018 à 11:06 :
Il faut simplement supprimer les 35 heures, les deux ans d’indemnit Chômage, le droit aux arrêts maladie bidons et donner aux entreprises la possibilité de licencier sans motif ni indemnités. Pour le secteur privé comme pour les fonctionnaires.
Alors les Employés des restaurants, des hôtels, des magasins, Des services publics, apprendront à sourire et à dire merci aux clients qui auront du coup envie de dépenser et de rester.
Réponse de le 01/08/2018 à 16:56 :
Merci monsieur Kim Jong Un !

Et c'est un honneur que de vous avoir avec nous pour commenter l'actualité !

Vous avez bien raison les gens faut les dresser boudiou !

Non mais c'est qui le chef hein non mais c'est quoi ça quand même !?

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