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La hausse des bas salaires américains, une promesse tenue par Donald Trump

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 26 février 2020 à 09:32 - Mis à jour le 26 février 2020 à 09:59

Marc Guyot et Radu Vranceanu.

Marc Guyot et Radu Vranceanu.

Reuters

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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ANALYSE. Le marché du travail s'est considérablement amélioré durant le mandat de Donald Trump, notamment avec une hausse des salaires les plus bas. Peut-on attribuer directement à l'action économique de Donald Trump cette embellie qu'il ne manquera pas de porter à son crédit en vue de sa réélection ? Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC

Habituellement, on considère que c'est l'économie qui fait et défait les présidents des Etats-Unis. Dans le contexte extrêmement serré des sondages, que va-t-il en être pour Donal Trump et l'élection américaine à venir ? Lors de son discours d'investiture en janvier 2017, celui-ci avait promis une politique économique agressive en faveur de l'emploi américain.

Du point de vue de la croissance, Donald Trump semble en position favorable. La relance budgétaire massive, à base de baisse des impôts, opérée lors de sa première année de mandat a poussé la croissance à 3% du PIB, un niveau plus vu depuis longtemps et au-dessus de la croissance potentielle de long terme des Etats-Unis qui se situe autour de 2%. Ce surcroît de croissance a été obtenu au prix d'un déficit budgétaire colossal et ses effets se dissipent, à la fois du fait du caractère passager par nature d'une simulation conjoncturelle et des vents contraires venant du conflit commercial avec la Chine et du coronavirus.

Solidité de la croissance américaine

Cependant, il est remarquable de constater la solidité de la croissance américaine à 2.3% en 2019, même si celle-ci se rapproche dorénavant de son niveau normal de croissance potentielle à 2%. Cette croissance interroge dans son aspect stable lui-même. En effet, le cycle de croissance actuelle est le plus long jamais connu par les Etats-Unis : avec 128 mois de croissance ininterrompue, les États-Unis de Donald Trump ont battu le record des 120 mois de croissance de « la Grande Modération », de mars 1991 à mars 2001. Et cette croissance, qui s'est maintenue en dépit des deux ralentissements mondiaux de 2017 et 2019, est intervenue dans un cycle de baisse de l'endettement des ménages et s'est poursuivie malgré le resserrement monétaire de la Fed qui a mis un terme à son Quantitative Easing en 2014.

En étudiant les composantes du PIB, il apparait que la croissance est soutenue par la demande de consommation des ménages américains mais cette demande a une nature spécifique et inhabituelle qui semble échapper aux observateurs et aux contempteurs de Donald Trump. En effet, les Etats-Unis sont en situation de plein emploi depuis plusieurs années, ce qui a conduit à une situation où les entreprises sont en concurrence les unes avec les autres pour recruter. A 3,6% en janvier, le taux de chômage est au plus bas niveau depuis 50 ans. Certains critiques expliquent que le taux de chômage est faible parce que des Américains découragés ne cherchent plus d'emplois induisant ainsi une diminution inquiétante de population active. Si cette remarque était peut-être vraie en 2014, aujourd'hui ce n'est plus le cas. A 61,2% en janvier, le taux d'emploi - le rapport entre emploi et population en âge de travailler - s'est beaucoup rapproché des 63,4% d'avant la crise de 2007.

Pénurie de travailleurs

La permanence sur plusieurs années de ce plein emploi a fini par créer une situation de pénurie de travailleurs y compris sur le segment des travailleurs non qualifiés. Selon le centre d'études Indeed, qui s'appuie sur les données du Bureau of Labor Statistics, depuis la mi-2018, le taux annuel de croissance du salaire moyen des travailleurs les moins bien payés est supérieur à +4% et est supérieur à celui des hauts salaires (+2,4%). Dans ce contexte de pénurie de main d'œuvre, un grand nombre d'Etats et de municipalités américaines ont fait passer des arrêtés locaux augmentant le salaire minimum légal, situé depuis longtemps au niveau fédéral à 7,25 dollars de l'heure, à un niveau supérieur. Ce rattrapage législatif renchérissant en apparence le coût du travail ne cause pas de dommage à l'embauche puisque, selon une étude d'Evercore ISI, en 2019, le salaire minimum moyen effectivement constaté serait plutôt à 12 dollars de l'heure. Des firmes comme Walmart ou Amazon n'ont pas d'autres choix que de rentrer dans une course à l'élévation du salaire horaire pour continuer à embaucher. Walmart, qui est le plus gros employeur des Etats-Unis avec 1,5 million de travailleurs a porté son salaire minimum à 11 dollars de l'heure. En avril 2019, Amazon a porté le salaire minimum de ses 250.000 travailleurs a 15 dollars de l'heure défiant ses concurrents comme Walmart, Target et Costco d'en faire autant. Costco a suivi, Target a annoncé qu'ils seraient à 15 dollars en 2020.

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Fort soutien à la consommation

Le plein emploi, l'entrée de nouveaux travailleurs sur le marché du travail venant de la catégorie des inactifs et jeunes diplômés et l'augmentation des salaires faibles et moyens sont un fort soutien à la consommation étant donné la propension supérieure à consommer des bas salaires et c'est une tendance stable.

Peut-on attribuer à l'action économique de Donald Trump la création d'emplois privés non-qualifiés et l'augmentation des revenus des travailleurs les plus pauvres ? Il est difficile de répondre à cette question. En positif, toutes choses égales par ailleurs, une politique de relance massive dans un contexte de plein emploi ne peut qu'accentuer la pression sur le marché du travail et provoquer une hausse des salaires (mais cela n'explique pas la plus forte hausse des bas salaires). En négatif, l'incertitude significative liée à ses politiques commerciales a pu paradoxalement contribuer en poussant les entreprises à embaucher plutôt qu'investir.

Effet de reprise dans certains secteurs

En effet, face à une incertitude à moyen terme et à une hausse de la demande à court terme les entreprises sont plutôt incitées à substituer le facteur de production flexible, soit le travail non-qualifié, au facteur de production fixe que constitue le capital (en France ce serait l'opposé, il est plus facile d'ajuster le stock d'équipements que les effectifs). Il est trop tôt pour analyser l'effet global de la politique commerciale sur la croissance et la création d'emplois. Certains secteurs spécifiques bénéficiant du nouveau protectionnisme actif et intensif en travail comme la sidérurgie ont certainement bénéficié d'un effet de reprise et ont embauché.

Il y a quatre ans, nous proposions de juger Donald Trump non par ses déclarations de campagne, mais par l'Etat de l'économie au terme de son mandat. Si nous demeurons très critiques sur la hausse de la dette publique américaine, l'évolution très favorable du marché du travail donne à Donald Trump un support solide pour sa réélection.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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