La « japanification » de la Chine

Michel Santi

Photo d'illustration
Reuters

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La Chine risque de se transformer en un pays vieux et surendetté, avant que de devenir une nation riche.
La population japonaise n'a commencé à décliner qu'en 2008, soit 20 ans après le démarrage de son intense crise économique et financière, la dénommée «décennie perdue», qui fut en réalité une double décennie perdue. En comparaison, la population chinoise a entamé en 2022 son net déclin. Le problème très délicat pour la Chine est que le revenu moyen par habitant y était en 2022 de 12.800 dollars, quand celui du Japon était de 29.470 dollars lors de l'implosion de sa bulle en 1991. Les ménages nippons disposaient donc alors d'une marge de manœuvre supérieure en rapport avec les ménages chinois d'aujourd'hui.
Alors que les deux pays subissent un taux de natalité similaire de l'ordre de 6.8 (par 1.000 habitants) démontrant un déclin notable, ce taux a baissé plus rapidement en Chine (où les plus de 65 ans représentent désormais 15% de la population) qu'au Japon.
Impossible de ne pas évoquer les similarités entre ces deux pays concernant la décrue de leur marché immobilier, qui représente le secteur économique le plus important de Chine, et dont le ralentissement freine considérablement la croissance chinoise. Comme à l'époque de la liquéfaction immobilière japonaise des années 90, c'est des problèmes structurels qui plombent l'immobilier chinois. Celui-ci pâtit d'un effondrement de la demande, et non d'une correction qui serait cyclique ou due à des taux d'intérêt trop élevés. Le point de vulnérabilité fondamental étant l'effondrement des transactions des ventes de terrains qui généraient des revenus substantiels aux provinces et aux gouvernements locaux, lesquels doivent désormais s'en passer.
Dans ces deux pays, la dette publique est également dans son écrasante majorité détenue par leurs citoyens, avec un taux d'endettement chinois (incluant les dettes des ménages, des entreprises, et des gouvernements locaux, mais hors secteur financier) de l'ordre des 300% du PIB, équivalent à l'endettement prévalant au Japon dans les années 90.
Sur le front extérieur, la compétition stratégique entre la Chine et les Etats-Unis est nettement plus complexe que celle des Américains avec le Japon d'il y a 30 ans. Il n'est effectivement pas possible de tirer des parallèles entre les excédents nippons massifs de l'époque réglés par les accords dits du Plaza en 1985, et la guerre des tarifs américano-chinoise démarrée en 2018, accentuée par un découplage - voire par un boycott - technologique US qui présente des défis majeurs que doit gérer la Chine. C'est, en outre, une tendance lourde de dé globalisation dont la Chine subit les conséquences négatives depuis 2008, quand la Japon - pour sa part - a pleinement profité de la globalisation heureuse des années 1990. À cet égard, la guerre russo-ukrainienne a eu un rôle d'accélérateur notoire en termes de délocalisations de chaînes de production hors de Chine.
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Enfin, quand le Japon bénéficiait de marges de manœuvre considérables sur le plan de sa politique monétaire dont le taux directeur était supérieur à 8% en 1991, lui permettant de le sabrer 3 ans plus tard jusqu'à environ 2%, afin de tenter d'amortir l'effondrement de son immobilier. Quand le Japon fut la toute première nation au monde à mettre en place la politique du taux 0. Les taux d'intérêt chinois, de l'ordre des 3% aujourd'hui, restreignent l'impact favorable à attendre d'un quelconque stimulus monétaire.
La Chine semble donc bel et bien en voie de Japanification, avec - comme le diraient les agences de notation - une perspective négative (par rapport au Japon d'antan) du fait d'un environnement tant intérieur qu'extérieur nettement dégradé, en comparaison de celui ayant dû être géré dans les années 1990 par le Japon.
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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il vient de publier un ouvrage critique sur la Banque centrale suisse : BNS : une banque centrale ne devrait pas faire ça. Son fil Twitter.
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