La leçon de la croissance portugaise : de la rigueur à la relance

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la leçon de la croissance portugaise

Augmentation du salaire minimum, revalorisation des prestations sociales, fin du gel des retraites et des traitements dans la fonction publique, embauche de fonctionnaires, renationalisation, la politique économie menée par le gouvernement portugais depuis 2016 est aux antipodes de celle de ses prédécesseurs. Et cela semble parfaitement fonctionner : la croissance proche de 3% en 2017 devrait être encore supérieure à 2% cette année, le marché du travail confirme son retour d'avant crise avec un taux de chômage tombé à 6,6%, son plus bas niveau depuis 16 ans !

La pauvreté recule et, cerise sur le gâteau, les finances publiques sont assainies si bien que le gouvernement vise quasiment l'équilibre pour 2019, c'est historique. C'est aussi un véritable pied de nez à Bruxelles démontrant une fois de plus que la rigueur cela marche quand cela s'arrête.

L'histoire est néanmoins un peu plus complexe En fait pour être comprise, la surprenante performance du Portugal depuis 2016 doit être replacée dans un contexte historique plus large en intégrant à la fois ce qu'ont fait les gouvernements précédents et le contexte international. Dans le cadre d'une union monétaire, où jouer sur la valeur de la monnaie est impossible reste l'arme de la dévaluation interne pour gagner en compétitivité.

Cette arme sera d'autant plus efficace

  • 1- que le niveau de gamme de production est plutôt bas et que la concurrence s'effectue principalement par les coûts.
  • 2- Que les autres pays n'utilisent pas la même politique.

Et c'est le cas. En huit ans, de 2009 à 2016, les coûts salariaux unitaires, c'est-à-dire le rapport entre le coût horaire de la main d'œuvre et la productivité horaire du travail, ont baissé de 4,5% au Portugal. Parmi les grandes économies européennes seule l'Espagne a été plus loin dans la déflation salariale et l'on mesure mieux l'effort des Portugais pour améliorer leur compétitivité-coût par rapport à l'Italie, la France ou l'Allemagne.

Cette stratégie a bien permis de redresser les parts de marché à l'international, qui avaient touché un point bas en 2012, ce qui a donné un sérieux coup de fouet aux industries exportatrices, notamment des branches traditionnelles du textile, de la chaussure mais aussi de l'automobile ou de la filière papier-carton. Les ventes à l'étranger ont de plus profité de l'accélération de la croissance en Europe, notamment en Espagne, pays avec qui les liens commerciaux sont très étroits et qui absorbe un peu plus du quart des exportations lusitaniennes.

L'explosion du tourisme constitue un autre élément majeur de la reprise économique portugaise. Près de 13 millions de touristes étrangers ont séjourné au Portugal en 2017, un chiffre en hausse de 69% depuis 2012. Une explosion due à la fois aux soutiens des pouvoirs publics, mais aussi au report de touristes de destinations courantes comme l'Egypte et la Tunisie en raison de problèmes de sécurité et au développement des compagnies à bas coût. Les recettes font mieux que suivre et ont dépassé 15 milliards d'euros en 2017, en hausse de 19,5% sur 2016, soit sa plus forte progression depuis 1998. C'est la marque de la hausse du chiffre d'affaires moyen réalisé par touriste et le signe de la montée en gamme de l'offre.

C'est dans cette séquence qu'il faut replacer la fin de l'austérité qui a notamment permis de forts gains de pouvoir d'achat, à la consommation des ménages de se libérer et de contribuer ainsi de façon décisive à la croissance. Ce sont ces éléments de compétitivité retrouvée, de croissance des débouchés à l'export, d'un secteur touristique en ébullition et d'assouplissement de la politique économique à point nommé qui ont fait le succès du Portugal. Un succès encore fragile. L'accélération des salaires a notamment gommé une partie de l'avantage compétitivité-coût au moment même où les marchés à l'export se resserrent.

Bilan, les excédents courants ont fondu et le solde est à nouveau légèrement déficitaire depuis le 1er trimestre 2018. Quant au secteur du tourisme, il va vite se heurter à des contraintes physiques, notamment aéroportuaires, porte d'entrée quasi-unique des touristes étrangers. L'économie portugaise va mieux, voire beaucoup mieux mais elle reste aussi très vulnérable. La rigueur c'est bien quand ça s'arrête, mais faute de bâtir de vrais moteurs endogènes de croissance, ça ne résout rien sur le fond.

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a écrit le 25/12/2018 à 16:12 :
dans son analyse des perspectives économiques des pays de la zone Euro d'avril dernier, UBS plaçait le Portugal en bas de tableau avec les autres pays d'Europe du Sud.
a écrit le 25/12/2018 à 15:53 :
une économie basée sur le dumping social, le tourisme et l'hébergement d'étrangers plus très jeunes. super.
d'un autre côté, il y a le déclin démographique avancé, le niveau d'investissement qui a plongé, le taux d'épargne des ménages qui est au plus bas, faible R&D/innovation, etc...
pas très reluisant.
a écrit le 25/12/2018 à 15:36 :
Pour avoir de la croissance, il faut de hauts salaires et peu d'impôts. C'est exactement ce que fait le Portugal et si l'embellie est temporaire, le peuple s'en souviendra s'il faut se serrer un peu la ceinture et il aura pris en compte qu'après l'austérité vient la période de consommation. (Ce qui n'est pas le cas avec les néo-libéraux).
L'augmentation de la productivité du Portugal, n'a pas été expliquée dans votre article. Dommage, cependant il faut penser que les portuguais ont du améliorer leur équipement productif grâce à des taux de crédits très bas. Ils ont pris un risque car investir en période de récession, c'est du poker. Et ne va fonctionner que si l'appareil productif permet de baisser les coîts. Il semble que ce fut le cas. Et les socialistes portuguais (Des vrais) ont su être "distributifs".
Réponse de le 25/12/2018 à 22:52 :
Pour avoir de la croissance il faut des finances publiques saines qui ne fait pas peser une charge excessive sur l'économie, un haut niveau d'investissement et une main d'oeuvre compétitive, bien formée et percevant des salaires modérés.
a écrit le 25/12/2018 à 9:57 :
Pour qu'une fin d'austérité marche, il faut qu'il y ait eu avant un début d'austérité... On l'a vu aussi au Royaume-Uni où la fin de l'ère Thatcher a permis presque une décennie de forte croissance qui a été rendue possible justement grâce à l'austérité. En France on n'a pas encore commencé la nécessaire cure d'austérité . Espérons pour le Portugal que ce ne sera pas un simple feu de paille lié à un contexte touristique qui lui a été très favorable pour des raisons extérieures.
Réponse de le 25/12/2018 à 12:04 :
A priori, il n' y a qu'en France , qu'on s'imagine que l'économie peut s'améliorer sans assainir le budget de l'Etat , c'est à dire sans réduire les dépenses .le gouvernement portugais actuel profite des mesures d'austérité prises par les gouvernements précédents , ce que l'article ne consent à dire qu'à demi mots.
Réponse de le 25/12/2018 à 15:51 :
Cher ami, si vous croyez que la cure d'austérité n'a pas commencé depuis 40 ans en France, vous vous trompez lourdement. En 40 ans les gouvernements n'ont survécu qu'en pillant le travail du très bon et gros producteur qu'est le travailleur français, qui est un parmi les plus productifs au monde. Ce qui a d'ailleurs permis de verser des aides à 10 millions de chômeurs, et une armée plethorique qui n'arrète pas de dépenser des sommes collosales, dans des guerres contre des pays qui ne nous ont pas attaqué ni même menacé. et permis aux banques françaises d'être dans les 5 premières au monde. Tout cela pour le peuple a été austérité alors que 50 % des salaires sont conservés par le gouvernement. Si vous ne voyez pas d'austérité en France, les Gilets Jaunes eux l'ont vu.
Réponse de le 25/12/2018 à 23:02 :
Un pays où la dépense publique représente 57% du PIB, où on part en retraite en moyenne 5 ans avant les pays comparables et où on se permet de baisser de 10% le temps de travail sans diminuer les salaires n'est pas en situation d'austérité. Quant à la défense, elle coûte moitié moins cher qu'il y a 30 ans. Si toutes les dépenses publiques et sociales avaient connu la même évolution que celle de défense, il n'y aurait aucun problème budgétaire en France.
@bibi oui, l'actuel exécutif portugais bénéficie à plein du gros tour de vis qu'avait imposé le gouvernement Coelho.
Réponse de le 26/12/2018 à 7:10 :
@bruno_bd: Peu de risque de voir un shutdown en France; le Parlement tient pourtant, comme aux USA, les cordons de la bourse; mais être élu députe est, en France, le couronnement d'une vie professionnelle; il n'y a plus de représentants du Tiers Etat.

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