La monnaie nationale traditionnelle peut-elle reposer sur la Blockchain ?

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(Crédits : iStock)
OPINION. L’émergence de nombreuses crypto-monnaies ces dernières années remet en cause la vision de la monnaie conventionnelle, souveraine et centralisée. Dans ce contexte, la technologie blockchain, transparente, sécurisée et sans organe de contrôle, apparaît être un moyen de repenser le système financier traditionnel. Par Sadry Bouhejba, CIO de Archery Blockchain. (*)

Pendant longtemps, nous échangions à l'aide d'une monnaie fiduciaire (pièces
et billets de banque). Mais alors, un devoir s'est vite imposé : comment pallier les risques de fraudes et ses falsifications en tous genres ? Aujourd'hui, une monnaie scripturale est apparue via un simple jeu d'écriture et une inscription sur les comptes bancaires. Cette monnaie domine largement les échanges de valeur. Son évolution a d'ailleurs explosé notamment avec l'arrivée de la carte bancaire et du smartphone.

Aujourd'hui, la monnaie est grandement dématérialisée et les nombreuses innovations technologiques relatives à la sécurité révolutionnent le paiement de nos achats quotidiens : reconnaissance vocale et faciale, empreinte digitale, etc. Bien que ces évolutions technologiques aient fortement sécurisé les moyens de paiement, il n'en demeure pas moins qu'une quantité relativement importante d'argent sort du circuit classique pour être utilisée à des fins illégales.

Et si dans un futur proche, les monnaies nationales traditionnelles reposaient sur une
blockchain nationale, qui enregistrerait les transactions ?

Rendre les transactions sécurisées et traçables

Le principal avantage d'un système monétaire reposant sur une blockchain s'inscrit
dans la suppression d'intermédiaires lors de transactions financières. Par exemple,
lorsque des sommes importantes sont transférées d'un compte à un autre, il est
obligatoire d'en prouver la provenance ainsi que de respecter des protocoles stricts
imposés par les banques et leurs régulateurs.

Si cet argent reposait sur un système gouverné par la blockchain, il serait beaucoup plus simple de retracer l'origine de l'argent transféré et de contrôler l'identité du donneur d'ordre. Outil redoutable de lutte contre les fraudes, le registre de la blockchain enregistre chaque entrée d'argent, les attribue de manière unique à un intervenant rendant impossible toute modification ultérieure. L'historique de toutes les transactions apparaît ainsi sur une base de données décentralisée sans intermédiaires permettant à chaque membre du réseau de constater la validité des transactions.

Vers un système hybride

Il est difficile d'imaginer que les monnaies fiat puissent être complètement remplacées par des crypto-monnaies. En effet, le système monétaire traditionnel offre aux utilisateurs la liberté de pouvoir disposer d'argent sans être obligé de se connecter à un réseau. Imprimée, portative et échangeable, cette monnaie simplifie les échanges. À l'heure actuelle, aucun État ne peut pousser la technologie à un tel niveau que cela ait pour conséquence de marginaliser les personnes n'ayant pas accès à Internet.

Cependant, le système monétaire actuel pourrait évoluer vers un modèle hybride. Concrètement, des comptes en banque disposeraient à la fois d'une monnaie classique et d'un solde en monnaie digitale. Certaines transactions majeures ne pourraient être réalisées qu'avec la monnaie digitale, charge donc aux banques de faire la conversion de l'euro classique vers la blockchain sans même que l'utilisateur final s'en aperçoive. Une future administration ou un service auprès des banques serait ainsi en mesure de valider la chaîne de transfert en fournissant un rapport blockchain attestant de la traçabilité de l'argent. Ce système aurait l'avantage d'être non seulement sécurisé, mais permettrait également de réduire les coûts de stockage, la blockchain n'ayant pas besoin de banque de dépôt et de manutention des billets ou pièces.

Une technologie résiliente

Ces dernières années, la crypto-monnaie, et plus largement la blockchain, ont fait
couler beaucoup d'encre, mettant en avant de nombreux scandales et blanchiments
d'argent. Cette technologie apparue il y a plus de dix ans a fait l'objet de vives
critiques et de nombreux détracteurs ont tenté de la faire échouer. Pourtant, elle a
prouvé son efficacité au gré du temps et se démocratise de plus en plus. À tel point
que de nombreux États étudient de façon approfondie le potentiel d'un système
monétaire qui reposerait sur une blockchain nationale. La BCE a récemment ouvert
un groupe de réflexion sur la possibilité de créer un euro digital basé sur une
blockchain.

La Chine a annoncé vouloir devenir leader dans l'implémentation de la blockchain et
entend mettre tous ses efforts pour la développer dans un maximum de secteurs.
Cette annonce ne laisse pas l'Europe et les États-Unis sans voix. Fort à parier que
les prochaines décisions politiques ouvrent la voie vers la démocratisation de cette
technologie.

La blockchain représente une véritable innovation dans la manière d'échanger
et de transférer de façon traçable de la valeur. C'est finalement la blockchain -
longtemps décriée et accusée d'évasion fiscale ou de blanchiment - qui
parviendra à mettre fin à ces détournements d'argent.

(*) Archery Blockchain est un fonds d'investissement luxembourgeois dont l'activité est d'investir dans les crypto-monnaies.

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Commentaires
a écrit le 21/01/2020 à 20:46 :
"Archery Blockchain est un fonds d'investissement luxembourgeois dont l'activité est d'investir dans les crypto-monnaies" L’investissement comme synonyme de spéculation sans plus se cacher... En ce qui me concerne je préfère que la monnaie dépendent d'une entité publique : mieux vaut que le seigneuriage, le profit de battre monnaie, reste public plutôt que cela soit encore une source de revenus privatisés pour quelques uns ( la banque de France par exemple reverse ses bénéfices à l'Etat comme toutes les autres banques du système européen des banques centrales dit BCE)
a écrit le 21/01/2020 à 15:39 :
Une monnaie est faite pour l'échange et plus elle est pratique plus on l'utilise, par contre si c'est pour donner une valeur, elle n'a pas d'utilité!
L'arrière pensée de faire travailler l'argent a sa place n'a aucun mérite!
a écrit le 21/01/2020 à 12:56 :
Parce que cela imposerait de suite que nos financiers soient dynamiques, compétents et de bons investisseurs visionnaires, or vu que leur main mise sur nos politiciens leur a bien trop facilité la vie, s'ils devaient immédiatement revivre de la sorte ils ne pourraient pas, il faudrait aux moins quelques années afin de les y former.

Sans parler des 51000 milliards d'argent qu'utilise la finance sans que l'on ne sache ni où ni comment, ni même pourquoi...

Ne partons nous pas de trop loin ? Alors qu'avec le drone de Trump...
a écrit le 21/01/2020 à 12:40 :
Oui, il peut y avoir un Crypto-Franc ayant cours légal mais interdite de crédits, monnaie de placement en concurrence avec l'Euro.


Les mineurs ne pourraient être que français exerçant sur le territoire français, permettant la mise en place d'une politique sociale familiale pour le télétravail de parents d'enfants en bas âges et celui des handicapés tout en contribuant à créer des besoins pour la blockchain.



Adossée à une bourse ouverte sur tous nos territoires, des produits dérivés seraient échangeables 24/24 et 7/7 dans un même cyberespace fiscal et réglementaire, ce qui conférerait une grande valeur à cette Cryptomonnaie.


Outre le fait d'encaisser des devises pour le seul coût du minage, cette cryptomonnaie participerait de facto à la dévaluation de l'euro, donc, in fine, à la dévaluation de toutes nos dettes émises en euros!


Les devises encaissées seraient réinvesties en actions à l'internationales et 50% des plus-values et dividendes serviraient à payer les intérêts de la dette et le reste réinvesti!


Un fiscalité ultra light sur les dérivés générerait un élargissement de l'assiette fiscale au niveau mondial, soit une forte rentrée d'argent permettant de grosses baisses d'impôts par ailleurs!

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