La rationalité, souvent critiquée, mais pourtant nécessaire aux progrès de l'humanité, selon Steven Pinker
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Steven Pinker.
Rose Lincoln / Harvard University
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Steven Pinker.
Rose Lincoln / Harvard University
L'être humain est paradoxal. Il bénéficie d'une faculté, la pensée rationnelle, mais préfère souvent suivre ses intuitions et ses passions qui souvent le conduisent à faire de mauvais choix. Pourtant, des outils comme "la logique, la pensée critique, les probabilités, la corrélation et la causalité" à condition de les maîtriser nous permettent de mieux "ajuster nos croyances et de prendre des décisions dans un contexte de données incertaines", affirme le linguiste et cognitiviste Steven Pinker dans son nouvel ouvrage "Rationalité" (éditions Les Arènes) (1).
Loin de réduire la rationalité à une logique instrumentale désincarnée qui bannit les émotions (à l'instar du célèbre Dr Spock de la série culte "Star Trek"), ce professeur à l'université Harvard y voit davantage une "capacité d'utiliser les connaissances pour atteindre des objectifs" pour chacun de nous. Autrement dit, elle nous permet de vivre mieux, non seulement matériellement mais aussi socialement et aussi émotionnellement.
Dès lors, pourquoi ne suivons-nous pas instinctivement ces règles? A cause de nos "biais", héritage de l'évolution humaine. Pinker consacre plusieurs chapitres à explorer cet aspect. S'inscrivant dans les travaux pionniers en psychologie cognitive et en économie comportementale de Daniel Kahneman (en collaboration avec Amos Tversky), qui lui valurent le "prix Nobel" d'économie en 2002 et qu'il a synthétisé pour le grand public dans son célèbre ouvrage "Système 1/Système 2, Pinker explore à son tour longuement les biais et les sophismes auxquels les êtres humains sont sujets dans les jugements qu'ils portent sur le monde qui les entoure et les font agir.
Il montre par exemple que nous préférons les informations qui renforcent nos opinions (biais de confirmation), les individus qui nous ressemblent (biais culturel), que nous rejetons les produits artificiels (biais naturaliste), etc. Plutôt que d'élargir nos connaissances par la vérification d'informations, qui remettent en cause nos certitudes (nos biais), nous préférons rester dans notre zone de confort cognitive.