La république d'Iran renforce son budget militaire

OPINION. Le président Ebrahim Raïssi a présenté le12 décembre le projet de loi budgétaire de l'Etat pour l'année persane 1401 (1), selon l'agence Reuters, se faisant le relais des médias d'Etat iraniens. Il prévoit une croissance sans précédent des allocations destinées aux différentes organisations militaires du pays, au détriment de l'effort social pourtant plus que nécessaire au regard du nombre d'habitants sous le seuil de pauvreté. Un signe supplémentaire de la volonté du gouvernement de poursuivre et de durcir sa politique répressive à l'intérieur du pays. Par Hamid Enayat, analyste et écrivain iranien basé à Paris.

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Le président iranien Ebrahim Raisi.
Le président iranien Ebrahim Raisi. (Crédits : Reuters)

Selon les médias d'État iraniens, le budget d'équilibre nominal annoncé par le président Raïssi est de 15.052 trillions de rials, soit l'équivalent de 50,2 milliards de dollars US au taux de change du marché libre (1 dollar = 300.000 rials).

Le projet de loi budgétaire du régime iranien pour 1401 prévoit une croissance sans précédent du budget militaire. Le peuple iranien et ses demandes sont quasiment exclus du projet de loi budgétaire. Selon des déclarations de l'agence semi officielle de ILNA publiées le 13 décembre, "le bien-être de la famille a fait l'objet d'une moindre attention dans le budget du pays". "Avec le salaire minimum fixé par le gouvernement dans le budget 1401, le pouvoir d'achat des Iraniens va diminuer, et l'année prochaine nous verrons un approfondissement de la différence sociale entre les déciles et une augmentation de la pauvreté relative et de la pauvreté absolue", ajoute ILNA.

Pendant ce temps, "selon les données du ministère des Coopératives, du Travail et de la Protection sociale, en 2019, environ 26 millions d'Iraniens se trouvaient sous le seuil de pauvreté, et il était prévu que ce chiffre passe à 30 millions en 2021. En d'autres termes, 4 millions de personnes sont passées sous le seuil de pauvreté absolue en un an", indiquait le 12 décembre le quotidien d'État Setar-é Sobh.

Un budget en deux parties

Le budget du gouvernement se compose de deux parties. La première partie est appelée le budget général du gouvernement, qui comprend les dépenses du gouvernement et des ministères, les salaires et les budgets de développement.

La deuxième partie concerne les sociétés dites non gouvernementales et les fondations du régime, y compris les Gardiens de la révolution (CGRI), les militaires et leurs affiliés. Le quartier général de Khatam al-Anbiya et les fondations qui sont sous le contrôle du Guide suprême iranien font partie de ceux qui reçoivent également un budget deux fois supérieur à celui du gouvernement général. Ces fondations et entreprises contrôlent des milliards de dollars, et cet argent n'est utilisé par le régime que pour la répression à l'intérieur du pays ou pour financer les milices inféodées à la théocratie iranienne. Ces fondations sont exemptées de taxes et leurs revenus et leurs dépenses ne font pas l'objet d'un contrôle.

"Ces entreprises qui reçoivent 20.000 trillions de rials de budget, soit plus que le budget général du pays, suivent leur propre chemin et font ce qu'elles veulent. Elles ne se soucient pas des lois que nous adoptons ici", a reconnu Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du parlement du régime, le 14 décembre.

L'argent du pétrole

La plus grande part du budget 2022-2023 de l'Iran va à l'appareil militaire du régime, comme les Gardiens de la révolution (CGRI), la milice Basij affilié au CGRI et l'armée, les institutions qui sont sous le contrôle du guide suprême, Ali Khamenei. Le budget 2022-2023 allouera au moins 5 milliards de dollars de pétrole brut pour stimuler les soi-disant "capacités de défense et la recherche stratégique" du régime.

Selon le quotidien d'État Vatan-e Emrouz en date du 13 décembre, "dans le projet de loi budgétaire, le pétrole brut sera transféré aux forces armées comme source de revenus (du budget du gouvernement général) ; dans le projet de loi budgétaire de l'année prochaine seront alloués au renforcement de la défense par le transfert de pétrole brut". Toujours selon Vatan-e Emrouz, "la part de la Force disciplinaire de la République islamique est de 205, le ministère de la Défense de 629, et l'armée de 679 millions d'euros."

"L'allocation de 140 millions d'euros pour renforcer l'armée de l'air, 208 millions d'euros pour la force de défense aérienne de la République islamique, 35 millions d'euros pour l'armée de terre de la République islamique d'Iran, 36 millions d'euros pour l'armée de l'air, et 147 millions d'euros pour la marine de la République islamique d'Iran, sont notables dans le projet de loi budgétaire", détaille Vatan-e Emrouz, en précisant : "Enfin, l'état-major général des forces armées avec 256 millions d'euros et la base de Khatam avec 4,6 millions d'euros peuvent être financés par le transfert de pétrole brut."

Selon Vatan-e Ermooz, les Gardiens de la révolution (CGRI) recevront à eux seuls "959 millions d'euros".

Outre l'octroi de volumes de pétrole brut aux forces militaires, le régime leur allouera également un budget distinct. Selon Vatan-e Emrooz, "en dehors du transfert de pétrole brut, le budget actuel des organisations militaires du pays pour 1401 comprend :

  • Ministère de la Défense: environ 20 milliards d'euros
  • IRGC: environ 20 milliards d'euros,
  • Armée: environ 7 milliards d'euros
  • Etat-major général des forces armées: 840 millions d'euros
  • NAJA: 9 milliards d'euros
  • Quartier général de l'IRGC Khatam: environ 162 milliards d'euros".

Les exportations de brut

Le plan budgétaire de Raisi est basé sur des exportations de pétrole de 1,2 million de barils par jour, au prix de 60 dollars le baril. Selon le journal d'État Tejarat News daté du 12 décembre, le gouvernement de Raisi "prévoit que cette année, il gagnera 3.510 trillions de rials grâce aux exportations de pétrole". "Entre-temps, dans le budget de 1400, les recettes des ventes de pétrole étaient prévues à 3.410 trillions de rials. Le gouvernement avait prédit qu'il gagnerait 1.530 trillions de rials grâce aux exportations de pétrole [ce qui ne s'est pas réalisé]", souligne Tejarat news. "Mais ces recettes ont augmenté de 106 % cette année. Entre-temps, le gouvernement n'a pas pu vendre plus de 700.000 barils de pétrole par jour l'année dernière en raison des sanctions. Mais le gouvernement [de Raisi] a pour objectif de vendre 1,2 million de barils par jour", précise le journal.

Le régime ne veut pas négocier sur la bombe atomique

Le budget 2022-2023 de Raïssi et l'augmentation sans précédent du budget militaire indiquent que Téhéran va accroître son oppression intérieure et l'exportation de son terrorisme à l'étranger. Allouer un budget astronomique à des entités terroristes comme l'IRGC signifie que le régime ne cessera pas ses activités malveillantes. Nous allons assister, d'une part, à une terrible répression à l'intérieur de l'Iran et, d'autre part, à de nouvelles implications du régime iranien dans la région.

Mais la conclusion la plus importante, au regard de la modeste part des revenus pétroliers dans le budget et de l'augmentation sans précédent du budget militaire, est que le régime iranien ne veut pas négocier un accord sur le dossier nucléaire mais continue à vouloir acquérir la bombe atomique.

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(1) La république islamique suit un calendrier propre appelé calendrier persan, aussi appelé calendrier jalali dont le point de départ est l'hégire, soit l'année 622 du calendrier julien. Cependant, la date du 16 juillet, traditionnellement retenue pour l'hégire, est remplacée par celle de l'équinoxe de printemps. La prochaine équinoxe de printemps aura lieu le 20 mars 2022. Le 21 mars 2022 marquera donc le début de l'année 1401 en Iran.

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Commentaires 2
à écrit le 30/12/2021 à 19:44
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Cherchez plutôt la cause qui induis ces conséquences au lieu d'en faire une cause de notre politique! Nous n'avons que rarement raison de partir en guerre médiatique!

à écrit le 29/12/2021 à 11:57
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les republiques islamistes, c'est comme les republiques democratiques facon ddr, ca plait bcp a la gauche, vu que c'est laique et tolerant, vu que c'est ni chretien ni de droite capitaliste ultraneomedef.......c'est juste et moral dans la justice

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