Le "Bitcoin Cash" annonce-t-il la fin du "Bitcoin" ?

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La crypto-monnaie bitcoin a un nouveau concurrent, le Bitcoin Cash ! La création d’une version alternative, phénomène classique de "l’open source", illustre des problèmes d’évolutivité et de gouvernance. Par Jean-Philippe Rennard, Grenoble École de Management (GEM)

Le 1er août dernier, une « nouvelle » cryptomonnaie est née : le Bitcoin Cash (BCH). Sachant qu'il en existe actuellement plusieurs centaines, dont certaines naissent et meurent comme des éphémères, la nouvelle pourrait paraître anecdotique s'il ne s'agissait pas là des fameux bitcoins.

Célébrés par certains comme un instrument de libération du « joug » du système financier ; honnis par d'autres comme outil de blanchiment et de trafic, les bitcoins ne laissent personne indifférent. Rappelons rapidement de quoi il s'agit.

Les bitcoins, un succès récent

Les bitcoins (et les cryptomonnaies en général) sont des unités de compte, gérées de manière décentralisée à travers un réseau pair-à-pair. C'est-à-dire un réseau où chacune des parties prenantes est aussi bien utilisateur que producteur, aussi bien client que serveur.

À la différence des monnaies classiques, où une banque centrale joue le rôle de régulateur et de contrôleur, c'est un algorithme qui, à travers le travail décentralisé des membres du réseau, assure contrôle et régulation.

Les bitcoins ont été proposés en 2009 par le mystérieux Satoshi Nakamoto. Leur capitalisation dépasse désormais les 45 milliards de dollars et des milliers de commerces à travers le monde les acceptent. Des zélotes sont même parvenus à montrer qu'on peut vivre en utilisant les seuls bitcoins comme moyen de paiement.

Il n'est plus possible désormais d'y voir un épiphénomène qui trouverait son origine dans les excès de « geeks » ultralibertaires. Les cryptomonnaies, et les bitcoins en particulier, sont parties intégrantes de l'écosystème numérique mondial. Face à un tel succès, pourquoi donc mettre en place les Bitcoin Cash ?

Le Bitcoin Cash

Le Bitcoin Cash a été proposé pour tenter de résoudre le problème récurrent de la capacité du système à absorber la croissance. Le réseau Bitcoin ne peut gérer qu'une dizaine d'opérations par seconde. Comparées aux plusieurs milliers d'opérations par seconde que peuvent gérer les réseaux de type Visa, il y a là une limite fondamentale et structurelle.

Cette faiblesse provient notamment du fait qu'un bloc (soit un ensemble de transactions qui forme l'unité fondamentale du système) est limité à une taille de 1 mégaoctet (Mo). Sachant que le réseau est conçu pour valider un bloc toutes les 10 minutes, on comprend bien que si la taille du bloc est réduite, il ne peut contenir qu'un nombre restreint de ces transactions, qui ne sont validées que toutes les 600 secondes environ.

La communauté Bitcoin réfléchit depuis longtemps aux solutions potentielles à ce problème d'évolutivité. Deux approches sont privilégiées. La première consiste à alléger les blocs en gérant différemment certaines informations. C'est le cas du mécanisme Segregated Witness(SegWit) proposé par Pieter Wuille, qui, tout en restant compatible avec le système actuel, gère une partie des données en dehors des blocs.

La seconde, la plus évidente, consiste tout simplement à accroître la taille des blocs. Si l'on accepte des blocs de 2 Mo au lieu de 1 Mo, le réseau sera (grossièrement) capable de traiter deux fois plus d'opérations par unité de temps. Mais, si le débat fait rage depuis plusieurs années au sein de la communauté Bitcoin, l'arrivée de Bitcoin Cash en marque l'échec.

La gouvernance du réseau Bitcoin

Le réseau Bitcoin est basé sur des logiciels open source et sa gouvernance s'opère à trois niveaux :

  • Les développeurs, avec en particulier l'équipe en charge de Bitcoin Core, le client de référence, descendant direct de celui développé par Nakamoto ;

  • Les mineurs, qui sont chargés de valider les transactions et les blocs au prix d'un gros effort de calcul et, en conséquence, d'une lourde consommation électrique. Actuellement, compte tenu des investissements nécessaires, le minage est massivement dominé par des structures professionnelles (des fermes) ;

  • Les utilisateurs.

Pour qu'un changement s'opère au sein du système, il doit être mis en œuvre par les développeurs et adopté par les mineurs et les utilisateurs. Si une minorité significative des participants n'adhère pas aux évolutions proposées, elles resteront lettre morte. C'est à la fois une garantie de sécurité et un gage de démocratie. Mais cet idéal est théorique et l'arrivée de Bitcoin Cash en démontre clairement l'échec.

Incapable de trancher le débat sur l'évolutivité, le réseau Bitcoin vient de connaître un phénomène classique de l'open source : la création d'un fork (embranchement). On appelle fork le développement d'une version alternative d'un logiciel. L'exemple de LibreOffice est célèbre. Après l'acquisition par la société Oracle de la suite bureautique libre OpenOffice, la communauté open source a créé un fork (LibreOffice), afin de garantir un développement indépendant des éventuelles pressions commerciales du nouveau propriétaire.

Bitcoin Cash n'est ainsi rien d'autre qu'une nouvelle branche du réseau Bitcoin, qui, même si elle intégre l'ensemble de l'historique des bitcoins classiques, est non rétrocompatible. Il traite le problème de l'évolutivité en passant la taille des blocs à 8 Mo. À partir de là, on se dirige vers l'existence de deux monnaies différentes : le bitcoin classique (qui va utiliser SegWit) et le Bitcoin Cash avec ses blocs élargis.

Les cryptomonnaies, entre leadership et décisions décentralisées

Si, de manière générale, l'émergence d'un fork au sein d'un projet open source peut être un simple signe de vitalité, il en va tout autrement pour les cryptomonnaies. Créer un fork non rétrocompatible revient tout simplement à créer, potentiellement, une monnaie alternative.

Comment alors construire la confiance nécessaire à l'adoption d'une nouvelle unité de compte ? Doit-on faire confiance aux Bitcoin Cash ou, au contraire, continuer de s'appuyer sur les bitcoins classiques ? Et qu'en est-il pour les autres monnaies, susceptibles elles aussi de tentations schismatiques ? La gestion des forks et la prévention de l'émergence de forksindépendants sont un impératif vital pour les cryptomonnaies.

La gouvernance des projets open source a fait l'objet de très nombreuses études et pour reprendre l'expression de Robert Viseur : « En pratique, aucune logique de gouvernance ne semble à même d'éliminer le risque de fork pour l'organisation. »

La solution se trouve peut-être du côté de la décentralisation massive. Des réseaux comme Steem ou Tezos veulent intégrer le système de gouvernance au sein même de leurs protocoles. Par construction, les utilisateurs disposeront d'un droit de vote « natif », leur permettant de se prononcer sur les propositions d'évolutions.

En intégrant la gouvernance au protocole, on espère limiter sensiblement la tentation des forks. À moins qu'elle ne se trouve du côté de la centralisation. On souligne souvent l'intérêt dans les projets open source du « dictateur bienveillant ». Le projet Linux, avec Linus Torvald, en est l'illustration ultime. La création de Bitcoin Cash, qui est un échec pour la communauté Bitcoin, incapable à se gérer elle-même, va ranimer ces débats et ce n'est pas le moindre de ses mérites.

À l'heure où la presse et les médias multiplient les Unes sur la Blockchain et où les gouvernements et les institutions financières s'interrogent sur l'usage et les apports des cryptomonnaies, cet « échec » du Bitcoin doit nous interpeller. Il montre que les modèles de gouvernance des cryptomonnaies restent à concevoir et à valider. Tant que cela ne sera pas fait, la méfiance persistera.

Si Nakamoto a fait œuvre de génie quand il a conçu son algorithme, il a visiblement sous-estimé les problématiques de gouvernance. On assiste là à une crise de jeunesse du Bitcoin et des solutions seront trouvées. Les débats à venir porteront nécessairement sur l'équilibre entre la démocratie du pair à pair et l'efficacité de la gouvernance. L'avenir des cryptomonnaies repose sur leur capacité à répondre à ce nouveau défi.

The Conversation _______

Par Jean-Philippe RennardProfesseur, Doyen du Corps Professoral, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 26/08/2017 à 4:04 :
Mais vous vous rendez compte que vous être en train de parler d'un truc qui n'a même pas d'existence légale? Evidemment que ce genre de choses se produisent avec des logiciels open-source. Mais là on parle d'une fausse monnaie crée par le "hype", le sensationnalisme médiatique et la propagande "digitale".
a écrit le 19/08/2017 à 22:46 :
Il est d'un point de vue technique inevitable et ceci est une certitude que le bitcoinCash va l'emporter sur le bitcoin, ce simplement une immence évolution du bitcoin qui commence a faire c'est preuve, vitesse, sécurité et technique de programmation de professionnel le litecoin n'a pas été créer par les même génie que le bitcoin et bitcoinCash. Mon profit de 8M$ en 30 jours n'est qu'un résultat d'investissement logique sur une technologie évolué du bitcoin, le bitcoincash, messieurs regarde la date, je vous garantie 0.40 d'ici le 9/10/2017 et ceci est un minimum. bonne chance.
Réponse de le 19/08/2017 à 23:47 :
Bonsoir man-FIRE intéressant ta réaction pourrait on se voir en pv?
Cdt
a écrit le 18/08/2017 à 19:17 :
Je rajoute à titre informatif que Bitcoin à déjà subit un fork étant très jeune et de ce fork est né le Litecoin et des années plus tard bitcoin se porte toujours comme un charme contrairement à la dette publique 😉
a écrit le 18/08/2017 à 14:57 :
Le Bitcoin Cash a juste permis au Bitcoin classic de gagner 1000 $ de plus en une semaine :D
Renseignez-vous avant de faire des articles.
a écrit le 18/08/2017 à 13:40 :
Un echec ?!
Le BTC est à 3700 € et le BCC à 429 € donc le BTC d'avant le 1er aout est valorisé à 4129 € .....

Pensez à ceux qui avaient un BTC avant le fork à 2500 € (le 1er aout) !!!!!
a écrit le 18/08/2017 à 10:52 :
Oui, problème de gouvernance, et… ?

Pour avoir beaucoup trempé dans l’open source, le sujet de qui prend le lead sur l’évolutivité est inhérente au modèle même. En général, un groupe restreint d’administrateurs se charge de trancher les propositions faites par les contributeurs, mais pour un projet aussi global et décentralisé que le Bitcoin, c’est différent.

En fait, son inventeur s’est bien posé la question, et si son évolutivité est si difficile, les décisions devant être prises à la majorité, c’était bien un choix de conception opéré dès le départ.

Pour ce qui est du dictateur bienveillant, on remarque bien que l’auteur n’a une connaissance que très superficielle et de Linux et du monde open source. Linux est le contre-exemple, puisque Linus Torvalds a su très vite déléguer l’évolution de son système à la communauté. Le vrai exemple de dictateur bienveillant, c’est en revanche Richard Stallman.

Le vrai problème avec le Bitcoin c’est, qu’à l’inverse de toutes les autres monnaies, on ne sait jamais qui la frappe et que personne n’en garantit sa valeur. Un billet de banque, ou une pièce de monnaie, est frappé par la banque centrale et garanti en tant que tel. Idem pour de l’argent en compte bancaire, c’est le rôle de la banque commerciale d’en garantir la valeur, tout comme de l’argent sur un compte Paypal, etc… Avec le Bitcoin, rien de tout ça. Bref, cela pourrait s’assimiler à de la fausse monnaie.
Réponse de le 21/08/2017 à 19:07 :
Ce que j'ai souhaité pointer dans le papier est simplement le fait que pour les crypto monnaies, il est nécessaire de mettre en place des gouvernances spécifiques, les forks n'ayant pas la même signification que pour les autres logiciels open source.
Ca ne signifie aucunement que le Bitcoin Cash ne va pas se développer.
J'en profite d'ailleurs pour noter que pas plus SegWit que BCH ne règlent le problème de l'évolutivité.
Concernant la gouvernance de Linux, Torvald reste l'arbitre final des évolutions du noyau et est bien un archétype du dictateur bienveillant. Le cas de Stallman est tout à fait différent.
Enfin, si le Bitcoin n'a pas cours légal, il fonctionne de fait comme n'importe quelle monnaie fiduciaire, les banques ne garantissent rien du tout, ce sont les états qui assurent la régulation. En ce sens, la généralisation des crypto monnaies poserait le lourd problème de l'abandon de la politique monétaire, donc de la réduction de la capacité d'action des politiques économiques.
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