Le constat sur l'emploi public en France

 |   |  767  mots
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le constat sur l'emploi public en France

C'est un chantier emblématique, la réduction de l'emploi public et l'équipe Macron n'y échappera pas. À l'origine, il y a ce constat, 5,5 millions d'emplois dans la fonction publique en France hors contrat aidés. C'est un record en Europe. C'est un cinquième de l'emploi total. Un chiffre qui donne le vertige à certains.

Une hausse non rectiligne depuis les années 1980

Pour être rigoureux, quelques précisions sont indispensables. L'emploi public, ce n'est pas seulement les fonctionnaires recrutés par concours, c'est aussi des contractuels, des militaires, des ouvriers d'Etat ou autres. Cependant, tous relèvent budgétairement de la fonction publique dans ses trois versants : la fonction publique de l'Etat (qui regroupe les ministères mais aussi les établissements publics administratifs, comme Pôle Emploi), la fonction publique territoriale (les régions, les départements, les communes, les syndicats intercommunaux, etc.) et la fonction publique hospitalière.

Tous versants confondus, la tendance de fond est à la hausse et depuis longtemps même si les évolutions ne sont pas rectilignes. Au début des années 80 avec l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, l'emploi public s'envole : en deux ans, près de 165 000 nouveaux postes sont créés et la barre des 4 millions est franchie. La hausse se poursuit jusqu'en 1984. Elle connaît une brève pause avec l'arrivée du gouvernement Chirac. Mais dès 1988, l'ascension reprend. L'escalade se poursuit après 1996 puis s'accélère que le gouvernement soit de droite ou de gauche. Le nombre d'agents publics saute la barre des 5 millions en 2002 et atteint un premier sommet en 2007 à près de 5,4 millions. Bilan, sur près d'un quart de siècle, les effectifs publics ont grimpé de 1,4 million, pour représenter 20% de l'emploi total en France. Intervient alors une inflexion très nette, une stabilisation qui va durer jusqu'à 2012 avec le principe du remplacement d'un retraité sur deux dans la fonction publique d'Etat sous la présidence Sarkozy. Cela entraîne une réduction de 9% des effectifs de l'administration centrale, même si se poursuit le redéploiement des effectifs vers d'autres administrations. Mais la tendance de fond n'est pas réellement inversée. Pire, cette stabilisation va faire long feu. L'orientation est à nouveau à la hausse et le nombre d'emploi public est aujourd'hui à son pic historique.

Non, la France n'est pas championne de l'emploi public

Doit-on pour autant parler de dérive ? Pas nécessairement. Les effectifs publics progressent c'est indéniable, mais le nombre d'administrés aussi. En fait, la logique voudrait rapporter l'un à l'autre pour éliminer l'effet démographique. Le diagnostic ne change pas sur la première partie de l'analyse, la dérive est manifeste jusqu'en 2007-2008. Mais depuis, la tendance est à la baisse. Que ce soit sous les présidences Sarkozy ou Hollande. Il y a donc bien un effort relatif de diminution de l'emploi public. Finalement, avec un taux d'administration de 85 pour mille la France se situe dans la moyenne haute européenne nettement au-dessus de l'Allemagne ou de l'Italie, certes, mais bien en deçà des pays nordiques. La France ne mérite donc pas le titre de championne de l'emploi public.

Cette tendance d'ensemble recouvre de fortes réallocations.

1/ Le basculement de l'emploi public du niveau central vers le niveau local : décentralisation, transfert de compétence sont au cœur de ce mouvement avec néanmoins des dérives liées à l'empilement des structures locales ou territoriales et des pressions faites par les administrés sur les élus. Toutefois, l'effort relatif de réduction des effectifs depuis 2007 est bien réel et a ramené le taux d'administration pour ces deux versants de la fonction publique à moins de 65 pour mille, un niveau proche de ceux de la fin des années 90. Quant au léger rebond de 2016, il s'explique par une remontée marginale des effectifs dans la fonction publique de l'Etat, ce qui n'est pas exceptionnel en période pré-présidentielle. Mais ce n'est qu'une parenthèse.

2/ Le vrai moteur de hausse réside dans la fonction publique hospitalière et de façon nettement plus marquée que dans la fonction publique d'Etat et territoriale. Pourtant, même là, le taux d'administration tend à légèrement refluer.

Bref, la France n'est pas autant sur-administrée qu'on ne le croit et de gros efforts sont effectués pour contenir l'emploi public depuis 10 ans. Au fond, l'équipe Macron ne fait que s'inscrire dans les pas, disons le pas à pas, des deux précédents quinquennats.

 >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/07/2018 à 17:36 :
d'après un article du Figaro du 17/03/2016, la France est 9e en Europe pour le nombre de fonctionnaires rapporté à la population.
rapport "Government at a Glance 2017" de l'OCDE :
la part de l'emploi public dans l'emploi total est de 21,4% en 2015. 28 à 30% en Suède, Danemark, Norvège. 25% en Finlande.
prendre aussi en compte les résultats. la France est au top en R&D publique ou Système de Santé. Education plutôt bonne, contrairement à ce que l'on nous dit. Armée la plus solide d'Europe. taux d'investissement public parmi les plus élevés sur les 20 dernières années, et la France est parmi les pays du G7 ayant le taux d'investissement global le plus élevé ("An international comparison of gross fixed capital formation", UK Office for National Statistics, 11/2017). etc...
a écrit le 23/07/2018 à 12:09 :
Mais non voyons, les fonctionnaires coutent trop cher et c'est pour cela qu'il faut casser tous les services publics pour les offrir aux actionnaires milliardaires afin qu'on leur donne encore plus d'argent.

C'est pas difficile à voir la messe néolibérale, c'est stupide à souhait et partout à la télé.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :