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Le COVID-19 va-t-il tuer David Ricardo ?

Paola Fabiani (*)

Publié le 21 mai 2020 à 11:58 - Mis à jour le 30 mai 2020 à 08:41

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OPINION. Parfois présentée comme un risque économique, la diversité des activités apparaît aujourd'hui comme une force face à la crise. (*) Par Paola Fabiani, Présidente-fondatrice de Wisecom et présidente du Comex40.

La crise économique consécutive à la pandémie du Covid-19 bat en brèche la théorie des avantages comparatifs et commande aux entreprises de se diversifier. S'il ne s'agit pas de remettre en cause les bienfaits du libre-échange, une actualisation des réflexions de David Ricardo s'impose au regard de la réalité économique actuelle.

On se souvient tous lors des cours d'économie au lycée, de la théorie des avantages comparatifs développée par David Ricardo au début du XIXème siècle. Corrigeant le modèle des avantages absolus d'Adam Smith, l'idée de l'économiste britannique est que chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production des biens pour lesquels son avantage comparatif est le plus élevé, c'est-à-dire dont les coûts relatifs sont les plus bas. A l'Angleterre la production de draps, au Portugal la production de vins.

Cela permet ainsi au pays d'échanger les biens qu'il ne produit pas et de s'insérer dans le commerce international, sur le même modèle qu'ont pu le faire les pays asiatiques et notamment la Chine durant la dernière partie du XXème siècle.

Pourtant, la dépendance géographique des entreprises tant en termes d'approvisionnements et de débouchés, mais aussi leur spécialisation en termes d'offres de biens et services - et donc de clients, placent aujourd'hui la plupart d'entre elles dans une zone de turbulence. A ce titre, on relèvera que la progression mondiale du Covid-19 a remis à la page les théories autour de la souveraineté notamment dans les pays occidentaux, en impliquant une réflexion sur l'impérieuse nécessité d'une remise en cause de certains processus de dépendance.

Néanmoins, si certaines sociétés vont être tentées de rapatrier leur production pour se prémunir contre la rupture des chaînes d'approvisionnement, le libre-échange n'en sera pas pour autant totalement bouleversé. Il s'agit donc moins de pratiquer une véritable tabula-rasa sur la façon d'appréhender les échanges commerciaux futurs que de réfléchir aux façons d'anticiper les crises à venir.

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Au contraire du secteur de l'industrie médicale qui a subi de plein fouet le confinement chinois du fait de sa dépendance aux importations, nombreuses sont les entreprises en France à avoir démontré leur capacité à se réinventer. En transformant leurs produits, leurs prestations, leurs manières de travailler tout en conservant leur cœur d'expertise, elles ont su faire preuve d'une forte capacité d'adaptation. Une adaptation d'autant plus forte que la plupart d'entre elles n'avaient pas forcement réfléchi en amont à cette réorientation stratégique, ces nouveaux produits, cette diversification... témoignant ainsi de leur agilité et de leur capacité de rebond.

Cette agilité justement, permise grâce à une diversification de ses offres, apparaît aujourd'hui comme un prérequis à la résilience. Dans le secteur immobilier par exemple, les groupes disposant aujourd'hui d'une marge de manœuvre sont ceux qui ont su diversifier leurs biens et services. En investissant dans le numérique pour la promotion, en s'orientant vers de nouveaux marchés à l'étranger tout en développant une offre touristique ou spécialisés pour les séniors en France, ces groupes sont, malgré la crise, plus en mesures de maintenir leurs perspectives. Parfois présentée comme un risque économique, la diversité des activités apparaît aujourd'hui comme une force face à la crise.

Dans un ouvrage paru il y a quelques années sur les mutations du monde économique et la nécessité de s'y adapter, Dominique Mockly pointait les risques de l'hyperspécialisation, qui devient un piège lorsque l'entreprise s'enferme sur son métier. Il relevait qu'au même titre que les facteurs de succès peuvent devenir des facteurs d'échec - le cas de l'entreprise Kodak positionnée sur les appareils à pellicule est un cas d'école - il est plus que nécessaire aujourd'hui pour les entreprises de combattre la logique d'enfermement partiel. Le concept d' « entreprise cerveau » que développe Dominique Mockly, entendu comme « une entité aux capacités démultipliées, moins hiérarchisée, en osmose avec son écosystème, riche de connexions internes et externes », est donc en réalité à bien des égards l'entreprise corona-résiliente.

L'hyperspécialisation doit ainsi laisser place à la diversification afin de mieux se préparer aux difficultés des marchés. Ceci est d'autant plus vrai que nous assistons à une accélération des crises, qu'elles soient économiques, sanitaires, écologiques, géopolitiques etc.

L'hétérogénéité des gammes de produits, de prestations et donc des typologies de clients - que ce soit au niveau social ou au niveau territorial - ainsi que des zones d'approvisionnement et de commercialisation, est ainsi le prélude nécessaire à la mise en place d'une stratégie d'anticipation de ces risques.

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Ayant connu les guerres napoléoniennes et les conflits commerciaux violents et meurtriers entre britanniques et néerlandais, nul doute que David Ricardo n'aurait pas tenu rigueur aux entreprises de ne pas appliquer à la lettre sa théorie.

__

Paola Fabiani est élue de la CCI Paris, administratrice du MEDEF Paris et depuis 2019 présidente du COMEX40 du MEDEF.

Elle est l'auteure de l'ouvrage « Le savoir n'est plus le pouvoir » paru en 2018 (éditions Débats Publics).

Paola Fabiani (*)

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