Pourquoi restaurer la confiance est indispensable face à la crise

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(Crédits : Pascal Rossignol)
OPINION. Comment limiter la crise à venir ? La situation idéale serait, notamment, que tous les ménages décident de désépargner massivement le surplus accumulé. Par Alexandre Mayol, Maître de conférences en sciences économiques, Université de Lorraine.

Si Bossuet pouvait écrire que « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », cette maxime trouve un écho particulier dans la crise sanitaire actuelle. Et si la crainte de la crise pouvait se révéler pire que la crise elle-même ? Le confinement provoque une forte réduction de la consommation et donc une hausse de l'épargne, qui sont toutes deux la cause du recul de l'activité économique. Paradoxalement, la situation économique ne pourra s'améliorer que si l'ensemble des ménages dépensent de manière unanime l'épargne accumulée, alors qu'ils ont individuellement intérêt à épargner pour prévenir une éventuelle récession et la hausse possible des prélèvements obligatoires par l'Etat pour financer la relance. Alors que « seuls 39% des Français ont confiance dans le gouvernement pour faire face efficacement au coronavirus » (le 26 avril 2020, Ifop pour le JDD), trois concepts économiques illustrent en quoi le retour de la confiance est indispensable pour limiter la crise à venir.

  • Les anticipations : le temps c'est de l'argent

En temps normal, chaque acteur économique (entreprise ou ménage) prend des décisions - consommer, épargner, produire, investir- en fonction de ses prévisions sur le futur. Cependant, la survenance d'une crise remet en cause ces anticipations. Face à l'incertitude, les agents peuvent adopter une attitude attentiste, dégradant par la même la demande, puis faisant chuter l'offre des entreprises, et aboutissant à la destruction d'emplois. La crainte de la crise peut être alors plus redoutable que la crise elle-même.

Lire aussi : Ceci peut ne pas être une crise !

Dans la crise sanitaire actuelle, nous retrouvons l'ensemble de ces phénomènes en germes. Le recours au confinement a généré un phénomène inédit de choc simultané d'offre et de demande sur le marché des biens et services. Inquiets face à l'avenir, les ménages, comme l'a montrée une note de l'OFCE, sur-épargnent tandis que les entreprises reportent leurs investissements. Ces deux phénomènes conjugués peuvent conduire à un effondrement durable de la demande.

Parmi les solutions possibles préconisées par les théories économiques, la relance budgétaire par la dépense publique est actuellement privilégiée par les gouvernements. Cependant, cette mesure simple de relance basée sur un effet multiplicateur keynésien (i.e. qu'une impulsion sur la demande a des effets plus que proportionnels à l'impulsion initiale sur l'économie) nécessite des prérequis.

  • La théorie des jeux et le passager clandestin

L'efficacité de la relance dépendra du comportement des ménages à l'issue du confinement et de leur capacité à dépenser l'épargne accumulée. Ce point peut s'analyser sous l'angle de la théorie des jeux en économie qui sert à illustrer la contradiction possible entre la décision collectivement souhaitable et la décision individuellement rationnelle.

Après le confinement, la situation idéale serait que tous les ménages décident de désépargner massivement le surplus accumulé pour redonner des débouchés aux entreprises. Cependant, dans le cas où la reprise de la consommation serait insuffisante (certains préférant laisser à d'autres le soin de prendre le risque de participer à la reprise), cela amplifierait la récession. Face à cela, le gouvernement pourrait décider d'augmenter la fiscalité pour financer la relance, accentuant alors la pression fiscale sur les agents économiques. La décision de certains ménages d'avoir « joué le jeu » pourrait alors se retourner contre eux : non seulement, leur effort aura été vain, mais ils ne pourraient plus utiliser leur épargne pour amortir l'effet de la crise.

Dès lors, si personne n'a l'assurance que tous les autres ménages vont accepter de dépenser massivement pour assurer le succès de la relance, alors personne n'aura intérêt individuellement à s'exposer seul au risque. Ce comportement attentiste est d'autant plus crédible que l'incertitude plane sur les conditions de la reprise.

  • Effet Ricardo-Barro : le gouvernement doit rétablir la confiance sur le financement de la crise

Alors comment éviter cet effet auto-réalisateur ? La réponse est à la fois simple et complexe. Les comportements individuels sont difficiles à inciter, surtout dans une période où la peur confine à l'irrationnel. Néanmoins, la confiance est plus que jamais d'actualité pour limiter l'ampleur de la crise redoutée et la responsabilité des experts, des médias et du gouvernement est grande pour (re)construire cette confiance. Les atermoiements, les discours apocalyptiques ou les approximations tendent à dégrader -plus que de raison- le moral des ménages et des entreprises, limitant toute possibilité de se projeter dans le temps.

Ce faisant, afin de réduire l'incertitude économique, la question du financement de la relance doit être urgemment tranchée. Le gouvernement doit rassurer les ménages sur la contribution qui leur sera demandée à l'issue de la crise, au risque d'accroître l'effet Ricardo-Barro où la relance de la consommation est annihilée par l'épargne de prévoyance. Le choix potentiel de financer la relance par la fiscalité serait alors discutable puisqu'il reviendrait à faire peser sur les agents économiques présents le coût de la crise. Inversement, le recours à l'endettement public paraît justifié (surtout lorsque les taux d'intérêts souverains sont négatifs) pour faire jouer la solidarité intergénérationnelle, puisque la dette permet de lisser la dépense publique sur plusieurs générations. Certains déploraient que ce choix reviendrait à faire « payer à nos enfants » le coût de la crise. Or, ces « enfants », déjà là, sont bénéficiaires des mesures prises pour protéger la santé de tous - y compris la leur. Il n'est donc ni inefficace ni illégitime de les faire contribuer plus tard à une partie du financement par l'emprunt. Dès lors, le gouvernement doit faire preuve de transparence pour permettre de refonder des anticipations fiables sur les perspectives de la relance budgétaire.

Par ailleurs, la reprise économique peut être orientée vers des secteurs moins exposés au commerce international (et à ses risques), en s'inscrivant également dans un nouveau modèle économique de développement durable. Aux politiques conjoncturelles de l'urgence, il est important également d'y associer des politiques structurelles de long terme.

En définitive, la crise sanitaire présente est à la fois inédite et terriblement prévisible sous l'angle de la science économique. La question de la confiance dans la possibilité d'une reprise dépend de facteurs non-maîtrisables (l'évolution du virus), mais aussi d'éléments sur lesquels la parole publique peut avoir prise.

Puisqu'il est de bon ton de filer la métaphore militaire, il est légitime que des états-majors élaborent des scénarios, même les pires. En revanche, aucun n'aurait l'idée d'exposer à ses troupes le scénario catastrophe avant le combat par crainte de démobilisation. En économie, il faut que la confiance dans notre capacité à surmonter la crise soit garantie et partagée. N'oublions pas que Churchill, en 1940, après avoir promis le sang, la sueur et les larmes, a précisé dans le même discours la finalité de ces efforts :

You ask, what is our aim? I can answer in one word: It is victory » (1).

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(1)  « Vous nous demandez quel est notre objectif ? Je vous réponds par un seul mot : la victoire ».

Lire aussi : Comment les patrons veulent relancer l'industrie française

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Commentaires
a écrit le 12/05/2020 à 22:58 :
Pour consommer il ne faut qu'une chose, l'envie de vivre donc la liberté, condition sine qua non de l'idée d'avenir. Sans la liberté vous n'obtiendrez rien ! Non, nous ne consommeront pas tant que nous ne saurons ou aller .. ce n'est donc pas avec cette économie contrôlée, stalinienne (taux négatifs et planche a billets massive et donc faux prix, fiscalité spoliatrice) qui à étée mise en place que vous trouverez la solution. Reveillez vous...vite !
a écrit le 11/05/2020 à 21:31 :
Ahh la confiance ! C'est sûr qu'en France, on a des petits soucis avec ça : état/citoyens ; patrons/salariés ; entreprises/état ; bancassurances/clients (tous types) ; entreprises/clients (les plus "en pointe" étant incontestablement les transports et les opérations télécoms, des pros du service client à la française) ; etc, etc...
a écrit le 11/05/2020 à 17:11 :
Le rétablissement de la confiance ne se décrète pas, la méfiance n'a pas ce problème! La thésaurisation est, par exemple, la conséquence d'une mauvaise circulation de la monnaie qui, en devient la cause... c'est le cercle vicieux du manque de confiance!
a écrit le 11/05/2020 à 15:43 :
Il est assez consternant qu'un tel sujet soit traité sans la moindre référence à l'ouvrage magistral d'Alain Peyrefitte : "La Société de confiance".
Contrairement à la solidarité qui peut facilement s'imposer (à tous les sens du terme) et même à l'écologie qui s'impose indirectement en jouant habilement du bipartisme sous-jacent Droite/Gauche, la confiance ne se décrète pas.
La règle de base de la confiance c'est la LIBERTE de disposer librement de ses biens. Se demander comment la susciter est donc d'emblée antynomique. A fortiori dans un pays qui au nom de l'égalité taxe tout ce qu'il ne peut pas interdire.
a écrit le 11/05/2020 à 15:31 :
La confiance demande de la stabilité. Ce que Chirac avait compris.
En France, depuis l'hystérie Sarkozienne et le réformisme écolo-solidaire Holandesque, l'instabilité législative et fiscale est totale.
Macron semblait plus "stable" mais sa manie de flatter un électorat disparate en creusant la dette et en produisant des textes complexes, contradictoires et "adaptatifs", aboutit au même résultat : on ne sait plus du tout à quelle sauce on va être mangé.

Sous prétexte d'introniser le "monde d'après", à coup de concepts polysémiques et idéologiques (la fameuse "transition énergético-économico-solidaire"), on s'apprête à donner encore plus de coups de boutoir dans le système en gaspillant l'épargne des gens prévoyants.
Difficile d'avoir confiance dans cette manie démagogique et dispendieuse de tout changer pour ne rien changer.

Alors, en attendant d'y voir un peu plus clair, on épargne …
a écrit le 11/05/2020 à 12:05 :
L auteur est assez hypocrite. Dire "Or, ces « enfants », déjà là, sont bénéficiaires des mesures prises pour protéger la santé de tous - y compris la leur." est completement faux. Deja les victimes du virus sont les gens ages, pas les enfants.
Si moins de gens ages meurent, ca fait forcement plus de retraite a payer (c est cynique mais realiste). donc plus d impots pour les parents de ces enfants (on est dans un systeme par repartition). Et pire encore, vu le poids electoral des vieux, vous pouvez etre assure que le serrage de ceinture sera pour les enfants (qui ne votent pas), pour les jeunes adultes qui votent peu et pas pour les retraités. Autrement dit on va faire des economie sur l education, sur les investissements de long terme et on va subventionner l immobilier ou les cures
a écrit le 11/05/2020 à 11:02 :
J'aime bien les espérances, déjà vouées à l'échec de Français qui, majoritairement, retrouveraient confiance dans cet Etat confiscateur des Libertés, des Biens, des Personnes et surtout de leurs avoirs financiers avec une taxation maximum. Il n'y aura pas plus de confiance ni d'emballement sur la consommation des ménages.
Peut être avez-vous oublier qu'avant même cette pandémie nous étions le Pays mle plus taxé des Pays développés et celà ne risque pas de s'améliorer avec un chômage qui ira vers les 12%, un endettement vers les 116% du PIB et une France au ralenti économique, donc fiscal et social aussi.
a écrit le 11/05/2020 à 10:25 :
REstaurer la confiance avec des articles alarmistes pour nous exposer la moindre contagion au cas par cas ce n'est pas simple non plus, encore les articles c'est pas grave ils sont peu lus mais diffusés par toutes ces "chappelles" comme le dit PPDA, que sont les chaines d'informations continue et la radio en permanence là c'est tout simplement impossible.

Et si brutalement ces médias vont en sens inverse, machinalement nous ne les croirions pas. Même si les gens interprètent tous singulièrement les informations cela reste la matière première de réflexion au sein des citoyens qui n'en feront jamais à 100% ce qu'attendent l'oligarchie qui nous manipule via ce biais, manipuler elle sait faire, penser beaucoup moins c'est là que se trouve la plus grande partie de nos soucis.
a écrit le 11/05/2020 à 10:22 :
Moi je cesse de consommer parce que les placements financiers ne sont quasiment pas taxés et parce qu'il faut protéger la planète.
Chaque fois que vous achetez un bien, vous versez 20% de sa valeur à l'Etat. C'est dingue. Dans le même temps, des gens qui gagnent plus de 100 000 € par an échappent totalement à l'impôt sur le revenu par les niches fiscales ou/et les exonérations territoriales, ZRR, par exemple. Ils peuvent placer un max de fric.
L'Etat sait très bien où se trouve l'argent, s' il veut vraiment éviter la crise, il n'a qu'à aller le chercher, c'est pas compliqué.
a écrit le 11/05/2020 à 9:53 :
La crise économique qui s'annonce est la conséquence directe de la communication du gouvernement ET d'une médiatisation outrancière
Par exemple, le décompte journalier des "contaminés", des "en réanimation", des "décédés" n'encourage pas à envisager l'avenir avec sérénité. Consommer se limite au minimum vital, épargner devient un réflexe naturel, voire forcé puisque des tas de biens et de services ne sont plus disponibles ou accessibles.
Cette séquence de confinement va durablement modifier le comportement des consommateurs, ce qui n'est sans doute pas totalement négatif. La surconsommation n'a pas que des aspects positifs.
Réponse de le 11/05/2020 à 19:55 :
finalement, trop de transparence nuit, sinon c'est "on ne nous dit pas tout, on nous cache des choses".
Les chaines d'info ont besoin de données à fournir mais quelqu'un disait tout à l'heure, pourquoi ne pas annoncer chaque jour toute l'année le nombre de morts naturelles, sur la route, suicides, accidents ménagers, alcoolisme, tabac ? Comme ça on serait plus habitué, et ça deviendrait "presque" indifférent (50 000 morts par mois habituellement, 600 000 et qq par an) du moins moins angoissant.
Il faut rapidement ouvrir les restaurants, mais masque obligatoire, sécurité élémentaire, donc plats à emporter, pas facile de manger et postillonner avec masque. :-)
a écrit le 11/05/2020 à 9:24 :
le pb c'est que si vous desepargnez, soit vous allez au resto et a dysneyland, soit vous achetez un iphone chinois
sachant que les deux premiers sont contraints, reste le deuxieme
trop de desepargne mal placee va alimenter la partie import, et couper les ressources pour le futur
keynes en economie ouverte, c'est bien, mais faut jamais oublier de rentrer dans le details et dans la dynamique
a écrit le 11/05/2020 à 9:23 :
La crise économique qui s'annonce est la conséquence directe de la communication du gouvernement ET d'une médiatisation outrancière
Par exemple, le décompte journalier des "contaminés", des "en réanimation", des "décédés" n'encourage pas à envisager l'avenir avec sérénité. Consommer se limite au minimum vital, épargner devient un réflexe naturel, voire forcé puisque des tas de biens et de services ne sont plus disponibles ou accessibles.
Cette séquence de confinement va durablement modifier le comportement des consommateurs, ce qui n'est sans doute pas totalement négatif. La surconsommation n'a pas que des aspects positifs.
a écrit le 11/05/2020 à 9:08 :
et maintenant que vais je faire ? me préparer à la reprise économique, la surproduction, la surconsommation donc la surpollution et par conséquent le réchauffement climatique va s'accélérer et là, la crise coronavirus paraîtra une vaste blague, le printemps 2020 fut le plus chaud à 0,001 degré près depuis le début des enregistrement de la température !
bonne reprise, bons achats, et un petit dernier pour la route ?
a écrit le 11/05/2020 à 9:06 :
On en oublierait presque de parler ce qui est le fond du problème: l'efficacité de l'état, et de son administration. Cette efficacité est évidemment déterminante pour établir une confiance. Mais qui se dit aujourd'hui que ce qui a été fait démontre l'efficacité de l'administration française? Et qui peut se dire, que dans de telles conditions, on peut faire confiance en l'Etat et le laisser déborder sur la gestion de l'activité des privés? La question dépasse évidemment le gouvernement, -les politiques-, qui est aujourd'hui en responsabilité, mais ne peut porter à lui seul l'inefficacité de nos organisations publiques, qui elle résulte de 50 ans de mauvaise gestion. Dès lors, il ne suffira pas d'ouvrir à mauvais escient le portefeuille -creuser la dette- pour régler le problème de la maison France.
Réponse de le 11/05/2020 à 12:41 :
Ce n'est pas une mauvaise gestion, c'est un choix idéologique, une course en avant. C'est le retour au pouvoir de milieux financiers, les mêmes qui avaient trahi la France sous Vichy, qui avaient été soigneusement écartés du pouvoir par les nationalisations, la création d'un système social élaboré (retraites, sécu, etc... ), par une démocratie nouvelle (comités d'entreprises avec du pouvoir, perdu depuis, gestion par les syndicats des retraites, de la sécu, avec élections des gestionnaires ).
Bref tout ce que Macron et en train de casser comme il a supprimé les élections et la gestion, indépendante de l'Etat, de la sécu .. et bientôt des retraites.
Aucune mauvaise gestion dans la privatisation à marche forcée de la santé, en détournant les fonds de la sécu pour les cliniques au détriment des hôpitaux et diverses structures publiques. Idem quand Macron appelle à renforcer l'Europe ... au détriment de la France ... et en laissant ouvertes pour cause d'Europe les frontières françaises aux infectés des pays de l'UE, comme l'Angleterre, l'Espagne, etc ... ..pendant que ces pays ferment, eux, leurs frontières aux français !
Un fanatisme destructeur pour la France, découvert avec la perte de nos entreprises stratégiques comme Alstom, quand Macron était ministre de l'économie.

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