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La crise du Covid-19, point de départ vers une nouvelle ère durable ?

Virginie Fauvel

Publié le 07 mai 2020 à 07:00 - Mis à jour le 07 mai 2020 à 07:34

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Shutterstock

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OPINION. La crise mondiale du Covid-19 a provoqué un réveil de la société : l'activité économique ne peut pas se limiter à la recherche du simple profit financier. Désormais, il faut espérer que plus personne ne souhaitera faire marche arrière : ni les entreprises, ni les États, ni les investisseurs, ni les consommateurs et que chacun s'interrogera sur la manière dont la richesse est créée. Par Virginie Fauvel, membre du directoire en charge de la Transformation et de la région des Amériques d'Euler Hermes.

Le respect des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) était déjà un sujet clé avant le Covid-19. Néanmoins, la crise a mis en avant le "S" de ESG, sans oublier les préoccupations de plus en plus fortes sur les enjeux environnementaux et de gouvernance des dirigeants, alors que les entreprises sont scrutées depuis le début de la crise. Les attentes vis-à-vis des entreprises commencent à évoluer et à se porter sur leur engagement social et la définition de leur raison d'être, soit la place qu'elles souhaitent occuper au sein de la société au service de l'intérêt général. Il ne s'agit plus de se limiter à la simple création de valeur, mais de s'intéresser à la manière dont cette valeur est créée. Cette évolution rapide s'explique à la fois par la prise de conscience du public et les nouvelles exigences des clients, des investisseurs et des autorités.

Cette crise sans précédent incite les entreprises à agir avec intégrité et à se mettre au service de la société en plaçant la raison d'être comme la première priorité. Dans ce contexte, quelles pourraient être les tendances émergentes ou les impacts durables du Covid-19 sur la manière dont les sujets ESG sont valorisés ? Les initiatives ESG pourraient-elles être accélérées ? Comment les entreprises vont-elles devoir se transformer pour assurer leur pérennité future ?

Participer au bien-être collectif

De façon concrète, de nombreuses entreprises contribuent déjà à la recherche de solutions pour répondre à certaines urgences. Ainsi, Google a réalisé des dons de plusieurs millions de dollars pour soutenir l'OMS, LVMH a réorienté sa production pour créer de grandes quantités de gel hydroalcoolique, Toyota fabrique des visières de protection imprimées en 3D et Décathlon a mis fin aux ventes de masques de plongée pour qu'ils puissent être branchés à des respirateurs médicaux. Les entreprises qui démontrent leur engagement citoyens prouvent qu'elles sont prêtes à assumer un rôle responsable au sein de la société, au service de leurs clients et plus largement pour le bien-être collectif.

Les États vont également jouer un rôle de plus en plus important dans l'avancée des critères ESG. Ils s'efforcent déjà de respecter leurs engagements climatiques nationaux pour 2030, avec pour objectif d'atteindre des émissions nettes nulles d'ici 2050. À cet égard, l'une des conséquences les plus visibles de la crise a été la baisse de la demande énergétique. Toutefois, lorsque les économies vont redémarrer, les émissions de Co2 augmenteront probablement pour atteindre les précédents niveaux et même au-delà, compromettant ainsi la transition vers une économie bas carbone. Face à ce risque, les plans de relance gouvernementaux devraient inclure un volet ESG.

Une collaboration public-privé désormais cruciale

La collaboration entre les pouvoirs publics et le secteur privé sur les enjeux ESG est désormais cruciale. Par exemple, Allianz, l'un des principaux gestionnaires d'actifs au monde, a lancé une initiative visant à inciter plus de 16 gestionnaires d'actifs - avec près de 4 milliards de dollars d'investissements dans le monde - à s'engager et à faire évoluer leurs portefeuilles vers des investissements à zéro émission nette d'ici 2050. Il est de plus en plus évident que solidité économique et ESG ne peuvent être séparés. Certaines entreprises, et potentiellement certains secteurs et pays vont devenir moins attrayants pour les investisseurs en raison des risques ESG, ce qui rendra leur financement beaucoup plus coûteux. Euler Hermes intègre déjà les critères ESG pour améliorer l'analyse des risques pays et indique très clairement que les critères ESG deviendront une base essentielle pour toute décision d'investissement dans un secteur ou dans un pays.

Dans l'ensemble, la crise de Covid-19 a montré la relation étroite entre durabilité, résilience des entreprises et activité économique. Les facteurs ESG sont susceptibles de devenir la nouvelle norme pour aider les entreprises à répondre efficacement aux difficultés inattendues. L'augmentation des épidémies et des catastrophes naturelles s'accompagne d'un risque accru pour les chaînes d'approvisionnement et d'une plus grande vulnérabilité des pays et des entreprises.

Remettre en question nos actions

Il est temps, pour nous tous, de commencer à remettre en question nos actions. Sommes-nous, en tant que consommateurs et entreprises, capables de revenir à nos modes de vie antérieurs sans nous interroger sur l'impact de chaque opération, achat ou investissement ? Continuerons-nous à soutenir les entreprises qui ne cherchent pas de solutions alternatives pour réduire leur impact sur l'environnement ? Serons-nous disposés à soutenir les entreprises qui ne sont pas prêtes à continuer à contribuer à la société post-crise ?

La crise du Covid-19 marquera un moment charnière dans notre histoire alors que les entreprises, les gouvernements et les consommateurs deviennent plus vigilants sur les enjeux ESG et leurs conséquences globales.

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Transformer la crise en un virage majeur pour l'humanité

Les entreprises qui n'avaient pas donné la priorité aux enjeux ESG vont désormais comprendre la nécessité de s'assurer qu'elles disposent de solides plans d'urgence ainsi que de protections efficaces lorsqu'il s'agit de gestion des données et de cybersécurité. Elles vont devoir s'adapter à l'évolution des besoins des clients et de leurs employés. Elles vont devoir réfléchir à la manière dont les gouvernements et les investisseurs perçoivent la viabilité de leur entreprise à long terme et elles seront amenées à démontrer comment leur activité contribue à la société au sens large.

La pandémie Covid-19 est une tragédie humaine et sources de grandes difficultés économiques. Mais nous pouvons faire en sorte qu'elle se transforme en un virage majeur pour l'humanité si des pratiques durables au niveau des entreprises et des Etats sont rapidement mises en œuvre. En ce qui concerne notre cheminement vers une société qui accorde une part plus grande à la raison d'être, nous pouvons être confiants dans l'avenir.



Virginie Fauvel

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