Le dynamisme productif français est bien meilleur qu'on ne le dit

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Je voudrais vous démontrer ici comment un simple changement de perspective peut modifier en profondeur et même radicalement le diagnostic que l'on peut porter sur le dynamisme productif de l'économie française.
Je ne m'appuis ici que sur les données de l'INSEE, en essayant de prendre en compte plusieurs phénomènes importants.
Partons maintenant de l'indice phare de suivi de l'activité industrielle à court terme. Cet indicateur tente de cerner au plus près les quantités produites par l'industrie en pondérant les différents biens en fonction de leur poids dans la valeur ajoutée pour une année donnée, en l'occurrence 2010.
Certes l'industrie représente une faible part du PIB aujourd'hui.
Mais si les conjoncturistes lui portent autant d'attention c'est d'une part, parce qu'elle est au diapason des composantes les plus cycliques de l'activité : les biens durables, les biens d'équipement et les exportations notamment.
C'est d'autre part, parce qu'on lui prête un pouvoir d'entrainement sur toute une série d'activités de services en aval et en amont, liées à la logistique, au transport, à la conception, à la distribution etc.
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Que nous dit l'IPI ? Que sur 25 ans la production a régressé en niveau absolu, et qu'elle demeure aujourd'hui 17% en dessous de ses pics de 2008.
Son élaboration est sensiblement différente de celle de l'IPI. Le partage entre prix et volume est obtenu par chaînage, une technique qui permet de mieux prendre en compte la déformation de structure de l'économie. Sa recomposition vers les biens à plus forte valeur unitaire ou à plus haute technologie.
Disons pour faire court que l'indicateur restitue beaucoup mieux que l'IPI, la montée en gamme de la production.
Que voit-on alors ? Que contrairement à l'IPI, la production a progressé de 25% depuis 1990. Elle n'a pas en revanche restauré ses niveaux d'avant crise et stagne depuis 2010.
Elle croît plus que la production, ce qui est plutôt contre intuitif par rapport à l'idée d'une externalisation croissante.
Cela tient au fait qu'en externalisant, l'assemblage à l'étranger ou certaines tâches de services sur d'autres branches, le secteur manufacturier s'est recentré sur les opérations à plus forte valeur ajoutée (à plus haute compétence donc).
Je suis maintenant sur une progression de 45% sur 24 ans. Mais là encore la crise a laissé une empreinte durable après 2008.
Réintégrons dans notre observation toute une série de services à dominante B2B, incorporés à l'industrie ou directement échangeables l'international : les services aux entreprises, le transport, les secteurs de l'information et de la communication, les grandes entreprises de réseau dans l'énergie, le retraitement et, enfin, la finance.
Que voit-on maintenant ? Que la progression de la production est de 65% sur 25 ans. Que non seulement les niveaux d'avant crise sont récupérés mais que l'activité tend peu à peu à redécoller.
Bref le contraste avec le diagnostic qui ressort de la seule observation de l'IPI est saisissant.
Selon que l'on se réfère à l'indicateur le plus pauvre c'est-à-dire l'IPI : désastreuse pour la France. Ou selon que l'on se réfère à la valeur ajoutée industrielle au sens large...
Les conclusions tout simplement diamétralement opposées. De quoi ébranler bien des certitudes sur notre décrochage industriel vis-à-vis de l'Allemagne.
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Olivier Passet, Xerfi