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Le job le plus important au monde ?

Photo de Michel Santi

Michel Santi

Publié le 15 septembre 2020 à 10:43 - Mis à jour le 15 septembre 2020 à 10:51

Michel Santi, économiste,

Photo d'illustration

DR

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OPINION. Le métier le plus convoité au monde est celui de banquier central, qui est également celui qui attise le plus de jugements hâtifs, à l'emporte pièce, voire la haine. Vilipendés pour accentuer les inégalités, traînées dans la boue pour conserver des taux d'intérêt nuls, c'est tout juste si on ne rend pas responsables les banquiers centraux de financer le terrorisme ou de favoriser les conflits armés... Par Michel Santi, économiste (*).

Considérons, ainsi, le seigneuriage qui est le profit réalisé par une banque centrale lorsqu'elle émet de la monnaie fiduciaire, c'est-à-dire du cash. La Réserve fédérale américaine, qui se trouve être la plus grande émettrice de billets de banque au monde, génère (comme toutes les banques centrales) du profit systématiquement car elle détient dans ses livres une obligation dont le rendement avoisine 4% pour chaque dollar qu'elle imprime. Comme les espèces ne rapportent aucun intérêt, et comme sa rentabilité sur le seigneuriage égale au différentiel entre ce qu'elle touche sur cette obligation figurant à son bilan et le billet émis, la banque centrale US gagne donc 4% sur chaque dollar imprimé. Les bénéfices d'une banque centrale sont donc proportionnels à la quantité d'espèces qu'elle émet : son seigneuriage augmente logiquement en même temps que la masse des billets en circulation. Argument qui vient contredire ceux qui prétendent que le seul objectif des banque centrales, en décourageant l'usage des espèces, est d'engranger davantage de profit pour elle et pour l'Etat, car l'on a compris que la disparition du cash la priverait de ce précieux seigneuriage.

Idem pour les taux d'intérêts élevés qui sont une précieuse source de profits pour une banque centrale. Celle-ci ne paie jamais rien sur ses billets de banque mais, en revanche, toucherait du 6%, du 8% voire bien plus sur les obligations qu'elle doit détenir en face du cash émis dans le cas d'une inflation élevée nécessitant des taux élevés. Démonstration diamétralement opposée dans le cadre des déflations (que notre monde traverse depuis une dizaine d'années) contraignant à des taux infimes réduisant en conséquence les profits de la banque centrale. Que l'on ne vienne donc pas non plus nous intoxiquer les méninges avec les sempiternelles théories du complot selon lesquelles nos banques centrales (Fed, BCE, etc.) se sont liguées pour imposer un taux zéro dont, à la vérité, elle n'ont rien à gagner.

L'objet de toute les attentions

Il n'en reste pas moins que leur mission, aujourd'hui, est cruciale et voilà pourquoi elles s'attirent très régulièrement les foudres des dirigeants politiques de tous bords qui semblent avoir trouvé en elles le bouc émissaire idéal. Pourtant, les superpouvoirs et l'indépendance de ces personnages non élus sont justifiés - historiquement - par l'interventionnisme des politiques au pouvoir ayant quasiment tous par le passé stigmatisé leurs banques centrales pour avoir lutté avec détermination contre les pressions inflationnistes en remontant énergiquement des taux qui ont évidemment eu pour effet collatéral de ralentir l'activité économique. Beaucoup plus près de nous, Donald Trump ne s'était-il pas ouvertement moqué et n'avait-il pas remis en cause les capacités du Président actuel de sa propre banque centrale (qui plus est nommé par lui) accusé de travailler contre les américains pour ne pas baisser les taux ?

Alors, oui, la création monétaire, la définition d'un couloir ou d'un objectif d'inflation créent incidemment des gagnants et des perdants et c'est probablement pour ce motif que les banques centrales sont l'objet de toute les attentions, de toutes les critiques et de tous les fantasmes. Néanmoins, c'est uniquement à cause du rétrécissement du pouvoir des politiques, tétanisés par le renouvellement des échéances électorales, que les arbitrages des banques centrales déteignent aujourd'hui sur le domaine réservé aux élus. Pour remettre les banquiers centraux dans leur case, si notre volonté est que les technocrates ne fassent que de la technocratie, le préalable est que les politiques se remettent à faire de la politique, et surtout qu'ils l'assument. Non, les banquiers centraux ne peuvent éternellement réparer le pots cassés par les autres, ni se transformer en saints patrons des causes désespérées.

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  • Le Japon au bois dormant
  • Le vrai pouvoir, le seul qui compte : celui des nouveaux monarques
  • L'autre conséquence majeure du coronavirus !
  • Le devoir d’ingérence financière

(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin.
Sa page Facebook et son fil Twitter.

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