Le médicament vendu à l'unité, une fausse bonne solution

Pourquoi la délivrance à la dose unitaire n'est pas la bonne solution à un éventuel gaspillage médicamenteux. Par Thierry Moreau Defarges, Président de Cyclamed

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(Crédits : REUTERS/Srdjan Zivulovic)

En tant que Président de l'éco-organisme CYCLAMED* agréé par les pouvoirs publics dont la mission est de prendre en charge l'élimination et la valorisation des Médicaments Non Utilisés (MNU), périmés ou non, issus des ménages, je souhaite attirer l' attention des français  sur le projet de délivrance des médicaments à la dose unitaire que certains souhaiteraient mettre en place pour éviter un certain gâchis médicamenteux. Ce projet nous apparait comme dangereux pour la sécurité des patients et complexe pour son organisation.

 Soyons rassurés les Français consomment de moins en moins de médicaments : le nombre d'unités ( boîtes de médicaments ) est en baisse de manière significative depuis 10 ans passant de plus de 3,1 milliards de boites à moins de 2,9 milliards. Dans le même temps, la population française a cru de 60 à près de 67 millions d'habitants et l'âge moyen de celle-ci n'a cessé de s'élever.

 Pas d'amélioration du côté de la mauvaise observance des prescriptions

L'immense majorité des médicaments prescrits et délivrés concerne des pathologies chroniques pour lesquelles les conditionnements sont adaptés. Les tailles de conditionnements sont définies par les Autorités Européennes d'enregistrement dans le cadre de Guidelines Européennes et les industriels sont donc contraints par ces normes.

 La mauvaise observance , responsable de la plus grande partie des médicaments non utilisés , ne sera pas améliorée par la délivrance de produits à la dose unitaire. Elle ne peut être améliorée que par l'éducation thérapeutique du patient, l'explication de la prescription par le médecin et par le pharmacien. L'observance repose donc sur la responsabilité partagée de ces 3 acteurs que sont les médecins lors de la prescription, les pharmaciens lors de la délivrance et le patient lors de la prise du médicament .

 Compliquer l'exercice professionnel du pharmacien

Le médecin a besoin de plus de temps pour expliquer aux patients des prescriptions de plus en plus complexes , mais l'augmentation du travail administratif, la baisse du nombre de médecins , l'apparition des déserts médicaux ,contraignent les médecins à un exercice de plus en plus difficile laissant peu de temps à l'entretien avec le patient.

 Le pharmacien est aujourd'hui très préoccupé par son avenir. Sa profession doit évoluer pour trouver de nouvelles rémunérations. Lui aussi a parfois des difficultés à concentrer ses efforts sur la délivrance et à prendre le temps nécessaire pour délivrer les meilleures explications aux patients.

 La délivrance à la dose unitaire ne fera que compliquer l'exercice professionnel déjà difficile pour le pharmacien, d'autant que la profession souhaite en priorité consacrer davantage de temps au dialogue avec le patient. De plus, l'acte lui-même de la délivrance à l'unité -qui ne peut concerner que les formes galéniques de comprimés, gélules, va entrainer de multiples problèmes concernant la sécurité du personnel officinal et du patient (conditions de constitution des flacons, fourniture de notices, etc). Cela constitue une perte de la traçabilité qui serait en contradiction avec la Directive Européenne sur la lutte contre les médicaments falsifiés qui entrera en vigueur en Février 2019.

 Pas vraiment de gaspillage

Enfin ,les quelques chiffres suivants mettent en évidence que les patients prennent leurs médicaments et la quantité de Médicaments Non Utilisés (MNU) est faible et représente une part infime en regard des déchets ménagers dont le poids journalier en France par habitant est compris entre 1,2 et 1,5 Kg par jour .:

Les ventes unitaires de 2016 sont de 2,895 milliards de boîtes pour 67 millions d'habitants soit 43 boites par habitant et par an . Ces unités représentent un tonnage de 176 000 tonnes soit 2,660 Kg par habitant et par an . Cyclamed récupère 12 000 tonnes de MNU soit 180 grammes par an et par habitant , soit 0,5 gramme par jour à comparer aux 1, 2 kg de déchets ménagers journaliers .

Dans ces conditions, l'affirmation selon laquelle il y aurait un éventuel gaspillage important de médicaments est infondée et ne reflète aucunement la réalité.

 Travailler dans quatre directions

Si nous voulons réduire les Médicaments Non Utilisés, encourager la juste prescription faite par le médecin, développer le rôle du pharmacien lors de la délivrance et les actions d'éducation thérapeutique vers le patient par les personnels de santé, Cyclamed propose à l'ensemble des acteurs (autorités, médecins, pharmaciens, industriels, représentants de patients-consommateurs..) de travailler dans quatre directions qui pourraient avoir selon nous un impact significatif :

-Allonger les dates de péremption des formes sèches (comprimés, dragées, gélules, etc...). Cette modification implique une réflexion au niveau européen car ces dates ont été fixées non par les industries pharmaceutiques mais par les autorités d'approbation du médicament ; passer de 3 à 5 ans par exemple serait simple et applicable rapidement.

-Modifier les règles de prescription existantes en France. Au moment où les Autorités envisagent de limiter les prescriptions d'antibiotiques à 7 jours, pourquoi ne pas étendre cette règle et imposer la prescription en multiple de semaine : 4 - 8 - 12 semaines remplaçant 1 - 2 ou 3 mois comme cela existe dans de nombreux pays. En imposant cette prescription et des boites de médicaments en multiples de semaines (14 - 28 - 56 -84 jours de traitement) au lieu de 1 mois - 2 mois ou 3 mois de traitement), on éviterait ainsi les délivrances de 2 boites de 28 jours pour un mois de traitement et les interrogations d'un patient qui ne comprend pas que l'on ne lui délivre qu'une boite de 28 comprimés pour un mois de traitement.

-Evaluer la pertinence des conditionnements de plus de 28 jours qui lors d'une perte d'efficacité ou d'effet secondaire conduisent à un certain gâchis médicamenteux. De même pour certains produits très spécifiques (sirops qui cristallisent quand ils ont été ouverts, pommades ophtalmiques, collyres... dont l'utilisation se fait sur de courtes périodes) une adaptation des conditionnements serait peut être nécessaire.

-Porter une attention particulière aux médicaments non remboursables et hors prescription dont les conditionnements sont souvent de grande contenance et vendus souvent par deux ou plusieurs conditionnements. Cela permettrait également de diminuer les emballages liés à ce type de médicaments Non Utilisés.

*Association créée en 1993 par l'ensemble de la profession pharmaceutique (industriels, grossistes répartiteurs, pharmaciens d'officines).

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Commentaires 15
à écrit le 07/12/2018 à 10:57
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Comment on peut écrire autant de bêtises ? je suis désolé quand je suis tombé malade récemment, et sur une boite d'anti inflammatoire, je n'ai utilisé que la moitié.Et on dit qu'il n'y a plus de gaspillage? je rappelle que l'article n'est pas trés ne...

à écrit le 27/05/2017 à 9:35
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Que le dirigeant d'une organisation en charge de la collecte des médicaments inutilisés s'oppose a une reforme qui vise a diminuer le volume de médicaments inutilisés semble logique : il défend ses intérêts personnels. La Tribune devrait faire un tr...

à écrit le 23/05/2017 à 8:39
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cyclamed, c est le truc qui permet aux pharmaciens de revendre les boites que vous lui ramenez et de se faire du gras sur le dos de la secu. C est sur que son dirigeant va pas scier le branche sur laquelle il est assis ! Medicament al unite -> plus ...

à écrit le 23/05/2017 à 7:45
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La vodka est le meilleur remède et il n'y a pas de gaspillage. Un peu malade: 2 doigts; toujours souffrant: 1 verre plein; très malade; finis la bouteille :-)

à écrit le 23/05/2017 à 7:42
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Ne pas toucher aux lobbies. En France on connait la chanson. Par comparaison, ici en Coree du Sud, les medicaments sont delivres pour les petite pathologies sur maximun cinq jours. Consequences : Pas de gaspillage, economies d'echelle tres importante...

le 26/05/2017 à 12:01
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même balayés, les pharmaciens peuvent se reconvertir sans problème, l'industrie pharmaceutique existera toujours pour fabriquer des médicaments qui élevent le QI de personnes comme toi. C'est marrant les attaques contre certaines professions sont to...

à écrit le 23/05/2017 à 7:41
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La vodka est le meilleur remède et il n'y a pas de gaspillage. Un peu maldae: 2 doigts; toujours souffrant: 1 verre plein; très malade; finis la bouteille :-)

à écrit le 23/05/2017 à 5:50
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Qu'est ce qu'implique la vente à l'unité, d'abord que soit imprimé sur le support son nom et la date de péremption du médicament. Actuellement nous avons des plaques ou emballages de produits ne contenant pas ces 2 infos ce qui peut amoindrir leur ef...

à écrit le 22/05/2017 à 21:17
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la secu veut economiser sur les boites de doliprane remboursees a 60% et qui coutent 1.5 euros la boite! bonne initiative! et puis ca evite de voir que le pb, c'est le budget global ( pour les non inities ' les hopitaux') qui couvrent 60% du cout de...

le 23/05/2017 à 8:36
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d un autre cote il est quand meme normal qu une operation a coeur ouvert coute plus cher qu une grippe ... Le probleme n ets pas tant au niveau des hopitaux (surtout si on doit fermer les hopitaux dans des zones rurales ou ca veut dire demander aux ...

à écrit le 22/05/2017 à 20:42
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Toutes les économies sur les médicaments on les retrouve sur le coût du chômage, car avec tous ces tripatouillages la production de médicaments est partie à l'étranger.

à écrit le 22/05/2017 à 19:59
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La vente à l'unité des médicaments est un excellente idée qui fonctionne très bien en Grande Bretagne par exemple. N'en déplaise aux pharmaciens français, il est plus judicieux de faire financer par la sécurité sociale les médicaments à l'unité plu...

le 22/05/2017 à 21:19
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vous avez raison, au moins pour se donner bonne conscience.....pour la gestion de la secu, c'est autre chose

à écrit le 22/05/2017 à 19:54
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Cet article biaisé vise a protéger les pratiques des professions pharmaceutiques, il est faux de dire que les industriels ne choisissent pas les conditionnements il vaudrait mieux informer honnêtement que le cout de l'emballage croit exponentielleme...

à écrit le 22/05/2017 à 19:47
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Une bonne partie du gâchis c'est la non-observance, le sous dosage (2 comprimés au lieu de 3, ça suffit, je m'y connais mieux que le médecin), ce qui fait que même en ayant exactement la dose prévue (à l'unité), les gens en auront en trop à la fin (o...

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