Le numérique sans les femmes : ni envisageable... ni acceptable !

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(Crédits : REUTERS)
Le déficit de femmes dans les métiers de l'informatique est un phénomène sociohistorique qui ne cesse de s'aggraver malgré les efforts de la profession, de l'éducation et du monde associatif. Ce n'est cependant pas une fatalité, et la révolution du numérique est l'occasion unique de gommer cette anomalie. Par le collectif Femmes@Numérique*

À l'heure où le numérique transforme la société, nos vies professionnelles et personnelles, nos modes de fonctionnement, de collaboration et de communication, les organisations sont à la recherche de profils compétents toujours plus nombreux. Le besoin est exacerbé et la « guerre des talents » est déclarée. Dans ce contexte de pénurie globale de ressources, se passer de la moitié de la population n'est ni envisageable ni acceptable. La capacité des entreprises et des administrations publiques à recruter et fidéliser des collaboratrices et collaborateurs bien formés aux métiers du numérique, et en nombre suffisant, devient critique. Un diagnostic préoccupant est porté sur le nombre particulièrement faible de femmes dans les emplois liés au numérique au sein des organisations. Ce diagnostic, partagé par l'ensemble des acteurs de l'écosystème numérique, s'explique en large partie par le déficit d'intérêt des jeunes femmes pour les métiers du numérique, déficit d'intérêt qui, en outre, s'accroît depuis plusieurs années.

Par ailleurs, cette mixité est indispensable à un développement harmonieux de l'usage des technologies et à leur appropriation par tous. Nous avons la conviction que la société numérique ne peut se construire de manière équilibrée sans une représentation égalitaire des femmes et des hommes pour penser les usages de demain, bâtir les infrastructures et développer les solutions digitales dont les impacts sociétaux, sociaux et économiques sont croissants.

Seule une mobilisation exceptionnelle, inscrite dans la durée, permettra d'inverser les tendances et de rétablir une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans le numérique. Cette mobilisation est l'objet même de notre proposition. Nous, AFMD, CGE, Cigref, Pasc@line, Social Builder et Syntec Numérique, porteurs de l'initiative « Femmes@Numérique », et l'ensemble du collectif, souhaitons que la mixité femmes-hommes dans les métiers du numérique soit labellisée Grande Cause Nationale en 2018.

Cette initiative a d'ores et déjà recueilli le soutien de très nombreuses associations activement engagées pour défendre la présence des femmes dans le numérique : #JamaisSansElles, Cercle interElles, Code[Her], Cyberelles, Elles bougent, E-mma, Energie Femmes, Femmes Ingénieurs, L Digital, Les Premières, Science Factor, Société Informatique de France et Startupweekend.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a fait de l'égalité entre les femmes et les hommes la « grande cause de son quinquennat ». Le dossier présenté par notre Collectif s'inscrit dans cette volonté d'un traitement égal des femmes et des hommes et ambitionne avant tout de communiquer des messages percutants et de mener des actions adaptées pour attirer les jeunes filles et les femmes vers cette discipline qui révolutionne nos vies. Le changement à mener est culturel et donc structurel !

« Femmes@Numérique » est en outre complémentaire de la nouvelle « Stratégie Internationale de la France pour le Numérique » présentée le 15 décembre dernier par le Ministre de l'Europe et des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian, et par le secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi.

Au travers de cette stratégie, la France, au sein de l'Europe, affiche sa vision d'un monde numérique dans lequel notre autonomie est assurée, nos acteurs économiques sont compétitifs et nos droits sont préservés. Avec « Femmes@Numérique » comme Grande Cause nationale 2018, la France affirmerait également sa volonté d'être exemplaire dans ce secteur, avec des femmes et des hommes représentés à parts égales.

Les actions proposées par notre collectif sont nombreuses. Certaines sont nouvelles, d'autres existent déjà, mais doivent être renforcées. Elles s'adressent à plusieurs cibles : le grand public, le système éducatif de l'école primaire à la formation professionnelle, les entreprises en général et celles de l'écosystème numérique en particulier, le monde associatif et les pouvoirs publics. Pour un changement réussi et durable, nous souhaitons que ces actions puissent s'inscrire dans le temps, et qu'elles vivent au-delà de l'année 2018.

Notre collectif s'est donc adressé au Premier ministre pour qu'il accorde à la démarche « Femmes@ Numérique », en faveur de la mixité des métiers du numérique, le label Grande Cause nationale en 2018, et qu'il donne à cette cause l'impulsion dont elle a besoin pour répondre aux enjeux sociaux, sociétaux et économiques dont elle est porteuse.

Pour le collectif Femmes@Numérique :

  • Mansour Zoberi, Président, AFMD
  • Anne-Lucie Wack, Présidente, Conférence des Grandes Écoles
  • Régis Delayat, Vice-président, Cigref
  • Yves Poilane, Président, Pasc@line
  • Emmanuelle Larroque, fondatrice et Déléguée générale, Social Builder
  • Véronique di Benedetto, administratrice, Syntec numérique

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Commentaires
a écrit le 20/01/2018 à 17:24 :
Tout se joue dans l'assignation genrée dès la petite enfance. Par exemple, dans les rayons jouets du Leclerc de Castelsarrasin, avant Noël, j'ai pu voir des boîtes d'emballage de drones sur lesquelles ne figuraient que des petits garçons.

Tant que le gouvernement laissera les fabricants agir de la sorte, les choses ne sont pas près de changer.
a écrit le 15/01/2018 à 9:41 :
Jeune femme de 25 ans titulaire d'un Master dans le domaine de la gestion de projets multimédia, j'ai cherché du travail pendant un an sans succès dans mon Sud Ouest natal. Une centaine de candidatures envoyées et pas un seul entretien décroché malgré des conseillers apec/pôle emploi/infrep qui me disaient que mon profil & ma personnalité étaient super blablablabla [...] et qu'il me fallait désormais juste un peu de "chance" (oui oui, le mot a été employé !!). Résultat, j'ai fini par déménager à 700 kms de chez moi, en Bretagne, et là, miracle, pour moins de 10 candidatures envoyées, la moitié a abouti sur des convocations en entretien et j'ai décroché un cdi en à peine un peu plus d'un mois. Pour diverses raisons, j'ai quitté ce poste un an après et j'ai retrouvé immédiatement un job hyper intéressant (en CDD) après avoir également eu plusieurs entretiens, pour très peu de candidatures envoyées.
On m'explique ?
Qu'on vienne pas me dire que le problème vient du sexe et/ou du manque de qualifications/compétences : c'est le système de recrutement qui est complètement gangrené par le "pistonnage", j'aurai été un mec c'était pareil...
a écrit le 14/01/2018 à 13:38 :
Alors que les femmes sont à la fois plus diplômées et plus en situation de précarité que leur congénères masculins, c'est bien le signe que l'industrie du numérique est assez pourrie dans son recrutement, son management et sans futur.

Bref, que les patrons sont des gros machos libidineux qui ne laissent pas de place aux femmes en dehors de la cafetière et de la promotion canapé.

Sans compter que le mode de fonctionnement des SSII est ce qui se fait de pire en matière de destruction de la vie familiale, pas étonnant que les femmes ne s'y sentent pas bien. Elle sont mal payées, mal considérées, sont obligées de se plier à des horaires et des déplacement impossibles à concilier avec une maternité et l'éducation de jeunes enfants.
a écrit le 14/01/2018 à 13:37 :
Je complète mon message précédent pour dire qu'évidemment je suis 100% d'accord avec cet article, d'ailleurs le sens de mon message n'est pas de critiquer le milieu médical et le milieu éducatif ni de remettre les compétences des femmes dans le domaine du numérique en question. Simplement je pense qu'une approche décomplexée de ce sujet peut permettre d'avancer sur cette problématique.
a écrit le 13/01/2018 à 18:54 :
Pour connaître un peu cette problématique, il faut bien comprendre que dans l'éducation nationale et le monde médical, il y a un dogme selon lesquels les différences de centres d’intérêts constatés entre les hommes et les femmes s'explique à 100% par l'environnement socio-culturel. Mais il y a un tabou sur le "facteur biologique".
La question que je me pose est la suivante: est-ce que le sexe ne pourrait pas biologiquement influencer nos choix?
Cette question est évidemment politiquement incorrecte.
Je vais quand même apporter un argument médical, qui n'est pas une preuve mais qui interroge: il est avéré que certains troubles du developpements comme le TDAH et l'autisme, qui ne dépendent pas de l'environnement socio-culturel (et le consensus est clair sur ce sujet) frappent trois fois plus fréquemment les hommes que les femmes.
Donc même si certains ne veulent pas en entendre parler puisqu'ils imaginent que différence rime avec inégalité, les hommes et les femmes ont des différences qui peuvent avoir des répercussions sur le cognitif.
Il en est de même avec les hormones, elles peuvent influencer nos choix, par exemple la testosterone peut faciliter les prises de risques.
Alors si on veut attirer les femmes vers le numérique, peut-être qu'il faut commencer par rendre ces métiers attractifs pour les femmes, plutôt que de sortir le discours "vous êtes autant capable que les hommes" (ce qui est vrai mais ne donne pas envie).
a écrit le 13/01/2018 à 12:58 :
La consommation de "numérique" ne rend pas plus heureux mais rapporte de la monnaie, grâce a ceux qui le consomme! Ponzi n'est pas loin!
a écrit le 13/01/2018 à 11:51 :
il n y a pas de combat facile contre la dominance masculine , C EST a chaque femmes de prendre en mains leurs avenir et leurs destin,? MAIS AVEC LES NOUVELLES TECHNOLOGIES LES ALGORISMES ET L INTELLIGENCE ARTIFICIEL LA ROBOTIQUE.LE COMBAT SERAS RUDE BON COURAGE???

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