Le paradis luxembourgeois au coeur de l'incohérence européenne

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le paradis luxembourgeois au coeur de l'incohérence européenne

On peut diverger par le bas en Europe. On le sait. Nul besoin d'y revenir. Mais on peut aussi diverger par le haut. Symptomatique de cela le Luxembourg.

Le Luxembourg possède aujourd'hui un PIB par habitant représentant plus de deux fois celui de l'Allemagne. L'écart est à la fois spectaculaire, mais il faut aussi le relativiser lorsque l'on connaît les écarts considérables que l'on observe au niveau régional en Europe.

Il n'en reste pas moins, que même en tenant compte de cette dimension, la richesse par habitant luxembourgeoise est d'un tiers supérieur à celle de la région la plus riche d'Allemagne, celle de Hambourg. Et être pauvre au Luxembourg, c'est gagner moins de 1.700 euros par mois quand ce chiffre voisine 1.000 en France et en Allemagne ou 380 en Grèce.

Le secret bancaire : l'alpha et l'oméga pour le Luxembourg

La région, on le sait est à dominante financière (le secteur représente plus de 20% de son PIB, et 46% de son activité dépend de son rôle de place financière, c'est un record en Europe). La performance du Luxembourg n'est donc pas étonnante en soi. Ce qui est plus étonnant, c'est la trajectoire de son PIB par habitant sur longue période). L'écart avec l'Allemagne n'a cessé de se creuser au fil des années 80, 90 et 2000, et jusqu'à la crise de 2008, au rythme de la financiarisation du pays. Au registre des bonnes pratiques, le Luxembourg est le pays européen qui nous indique l'alpha et l'oméga pour prospérer au sein de la zone, même en régime de monnaie unique.

Et cet alpha et oméga on le connaît. De mieux en mieux d'ailleurs depuis que le scandale Luxembourg Leaks a éclaté :

  • Le Luxembourg on le savait, avait déjà choisi l'option d'un secteur bancaire couvert par le secret bancaire pour prendre le relai d'une industrie sidérurgique en total dépérissement.
  • Le régime a été assoupli, et le Luxembourg coopère d'avantage, mais le secret demeure.

Une TVA disruptive et une fiscalité arrangeante

Il y a ensuite le régime de TVA pratiqué par le Luxembourg. Un taux de 15%, le plus faible d'Europe et dérogatoire à 3% pour le E-Book. Avant 2003, un prestataire de services électroniques non établi dans l'Union européenne bénéficiait n'était redevable d'aucune TVA. Depuis 2003, les sociétés peuvent, soit s'identifier à la TVA de chaque pays où elles facturent leurs services, s'exposant à des taux élevés comme en Suède (25%), soit s'installer dans un seul pays, où la TVA est la moins forte, et l'appliquer sur toutes les prestations. À ce jeu c'est le Luxembourg qui a remporté la mise.

Il y a enfin ce que j'évoquais plus haut. Les arrangements fiscaux avec les multinationales, dont le Luxleaks a révélé l'ampleur. 343 multinationales, pratiquant l'optimisation fiscale massive, avec la complicité des autorités luxembourgeoises. Il n'y avait d'autre façon de se diversifier selon Jean-Claude Juncker. Soit, prenons acte que pour le président de la Commission européenne, il n'y a pas d'autre parade pour se diversifier, même lorsque l'on possède une des populations les plus qualifiées que de siphonner l'assiette fiscale de ses voisins. L'eldorado promis par le numérique serait donc une pure illusion.

Face à cela, rien de sérieux n'a été entrepris en Europe

Pas étonnant de découvrir alors qu'à bonne école, et confronté à son décrochage, le Portugal crée un régime fiscal dérogatoire pour les retraités d'Europe. Vous bénéficiez, de la santé de l'éducation en France, l'État français vous paie la retraite due, mais cette dernière échappera à l'impôt et viendra alimenter la consommation d'un pays tiers.
L'Europe, on le voit, a encore un sérieux chemin à parcourir en matière de convergence fiscale et de véritables bonnes pratiques.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 04/10/2015 à 15:52 :
"Relais" prend un s même au singulier.......
a écrit le 03/10/2015 à 8:15 :
ce sont bien les nantis qui ont créer au Luxembourg avec la complicite de tout les dirigeants depuis la creation de l'Europe
a paradis fiscal et avec mensonges il continue de nier
citons les chefs d'etat Français complice depuis 1974
et qui a t'il dans le dossier transatlantique qui reste si secret
et que personne n'ose publie
comment obtenir un tel secret si les personne concerne ne sont pas
corompu
a écrit le 02/10/2015 à 19:27 :
Cet article ne mentionne pas l'information qui change tout: la fin du secret bancaire s'appliquera au Luxembourg en 2017. Alors inutile de continuer à citer cet argument complètement dépassé.
a écrit le 02/10/2015 à 1:05 :
D'après les autres commentaires lus ici, je serais donc le seul à trouver les propos d'Olivier Passet pertinents, et débouchant sur LA bonne question !
Réponse de le 02/10/2015 à 16:17 :
Parce que les personnes qui parlent du Luxembourg ici, parle de ce qu'ils connaissent.
J'y travaille également depuis quelques mois.
Le luxembourg n'a pas que la finance, c'est diversifié en termes d'activités.
La TVA est à 17 et non 15%.
Par contre la pire fiscalités/charges sociales est de loin, chez nos amis Belges.
Les frontaliers Belges sont considérés comme de véritables traitres (et harcelés) par leur administration fiscale.
Réponse de le 03/10/2015 à 10:19 :
Toto a bien raison. Prenez la route qui va de Metz à Luxembourg. En France, ce n'est qu'usines abandonnées, friches industrielles. Il y a de la grande distribution, mais plus de production. Passée la frontière, le décor change, les bâtiments industriels flambants neufs se suivent, l'activité est palpable. Si certains voisins de Luxembourg (France et Belgique) ont passé leur temps à imposer un modèle socialiste, à base de taxes, de charges en tous genres, de dictature syndicale, de code du travail obèse, ce n'est pas de la faute du Luxembourg. Lorsque j'étais au Luxembourg, on m'a dit: le pays bénéficie de la bêtise de ses voisins.
Quant à Olivier Passet, son article serait plus crédible s'il mentionnait que le Luxembourg, comme de très nombreux pays, va passer à l'échange automatique de données bancaires en 2017. Il est donc faux de dire "face à cela, rien n'a été entrepris en Europe".
a écrit le 01/10/2015 à 20:29 :
En matière de bonne pratique la France est très mal. La fiscalité française est honteuse, injuste et génératrice de chômage car spoliatrice. La France plombe l'Europe, par son système destructeur d'espoir qui terminera en débâcle sociale. La France jalouse le succès des autres. On ne travaille pas 35 h au Lux et on parle au moins trois langues. On y fait vivre 85 000 frontaliers français et surtout on y construit une économie diversifiée avec de gros investissements dans les nouvelles technos ( projet à Belval ). Cet article est bien français: accusateur et moralisateur. La France sombre, elle est corrompue, désespérée. Plus personne n'y croit et c'est bien mérité. J'invite tous les Français à venir vivre et investir au Lux. Ils ne le regretteront pas.
Réponse de le 04/10/2015 à 8:15 :
Je vous rassure, le temps plein en France est de 38h/semaine, et encore, c'est ce qui est déclaré au fisc, donc on suppose qu'il est encore plus élevé que ca dans les faits ;)
Et si tu ne crois pas en la France, pleure, mais ne mets pas tout le monde dans le même paquet. Des millions de français, comme Xavier Niel et ses centaines d'entrepreneurs qui créent des entreprises et des emplois en France, y croit !
a écrit le 01/10/2015 à 18:19 :
Monsieur Passet,

Lorsque cous écrivez un article, il est nécessaire d'être certain que les données chiffrées sont coirrectes, sinon votre prose sera de facto discréditée... Or, le taux normal de la TVA au Luxembourg est de 17% et non 15%.

Ceci dit, tous les pays en Europe se font de la concurrence. La France n'a t-elle pas les zones franches ou le régime fiscal favorable des impatriés, etc. ?

Pour le PIB, il est également du aux travailleurs frontaliers. En quelque sorte, le Luxembourg fait vivre la Moselle française, un bout de la Belgique et la Sarre en allemagne. Et tout ceci n'est pas lié au "secret bancaire". Comme la sidérurgie il y a 40 ans, c'est (presque) du passé.

Vous risquez donc d'être accusé de "Luxembourg-bashing"

Bav
a écrit le 01/10/2015 à 16:43 :
Parler du PIB par habitant au Luxembourg n'a aucun sens, cars vous avez de l'ordre de 180000 frontaliers, non résident à Luxembourg, qui participe à la création de richesse. Pour ce qui est du secret banquaire cela fait longtemps qu'il n'existe plus pour les non résident de ce petit pays. Il faut arrêter de Colporter des ragots sur un pays que très peux de gens connaissent bien. il est le seul pays européens à avoir respecter les normes de Maastricht alors bien sur cela rend jaloux.
Réponse de le 01/10/2015 à 19:07 :
Dommage que l’état français n'ait toujours pas compris qu'à ce jeu, l’état qui offre la charge fiscale la plus légère est toujours gagnant. L’État pourrait alors rapatrier ses frontaliers, attirer des capitaux pour investir, créer des emplois et attirer à son tour des travailleurs frontaliers, allemands, belges et luxembourgeois. Mais hélas le délire fiscal ordinaire des gouvernements successifs, le clientélisme électoral (de gauche et de droite), le culte imbécile des "droits acquis" et l’immobilité géographique d'une grande partie de la main-d’œuvre française condamnent la France à une longue série de récessions et voue ses travailleurs les moins qualifiés à d’interminables périodes de chômage. Pendant que votre Macronmégas hexagonal réinvente l'eau chaude pour préparer le brouet électoral de 2016, les français les plus diplômés, les plus dynamiques, les plus entreprenants quittent leur Taxistan natal (le "vieux pays" cher à de Gaulle ou les agents du fisc et les chauffeurs de taxi font la loi) pour aller peupler Londres (380,000 français), New York ou San Francisco ...comprenne qui pourra ?
Réponse de le 01/10/2015 à 19:18 :
Sauf erreur de ma part, le PIB est la valeur totale de la « production de richesse » effectuée par les agents économiques à l’intérieur d'un territoire (ménages, entreprises, administrations publiques), divisée par le nombre d'habitants. Vous ne pouvez donc pas soustraire du PIB luxembourgeois les 180000 frontaliers non-résidents.
a écrit le 01/10/2015 à 16:13 :
Vous oubliez complètement qu'il y a 160 000 frontaliers qui chaque jour viennent travailler au Luxembourg.... La richesse qu'ils créent vient inflater considérablement le PIB du Luxembourg, plus encore si elle est rapportée aux residents..!!! Maintenant, si on s'en tient aux seuls luxembourgeois, en excluant les frontaliers et les étrangers résidents (50% de la population de Luxembourg ville...), ainsi que les Institutions européennes, alors vous pouvez diviser le PIB par deux, voir trois... !!!! Vraiment, il faut creuser un peu plus vos articles !!!!

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