Le prochain Président au défi des 5 indicateurs décisifs

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui,

Dans quel état le prochain Président va-t-il vraiment trouver la France après plusieurs décennies d'erreurs de pilotages ? Pour le déterminer, j'ai choisi de mettre l'éclairage sur 5 indicateurs.


Le premier, le chômage bien entendu !

Pour avoir une image la plus nette possible, il faut partir des évolutions mensuelles des catégories A, B et C (c'est-à-dire les personnes à la recherche d'un emploi sans activité ou ayant eu une activité réduite dans le mois). La raison est simple, cela fait maintenant des années que le marché du travail est dégradé et les frontières entre les 3 catégories sont devenues poreuses. Il faut ensuite, extraire la tendance (sur 3 mois) pour ne pas se laisser abuser par le dernier point. Le diagnostic est simple, la courbe est à son plus haut historique. Même s'il est évident qu'il y a eu un grand coup d'arrêt à la dégradation depuis le début de l'année, le prochain Président héritera d'un marché du travail détérioré.


Deuxième indicateur l'état des finances publiques vu à travers le taux d'endettement

C'est-à-dire de la dette publique rapporté au PIB. Après avoir tourné autour de 60% (c'était l'un des critères de convergence adopté pour le passage à la monnaie unique), le poids de l'endettement s'est fortement accru avec la récession de 2009 et se situait à 96,1% du PIB fin 2015 (soit plus de 2 000 milliards d'euros) et il devrait approcher 98% du PIB en 2017.

 Bien entendu, il est absurde de demander à un gouvernement de gérer les finances de l'Etat « en bon père de famille » ne serait-ce que parce que l'Etat dispose de plusieurs siècles voire de l'éternité pour honorer ses dettes et en théorie économique la capacité d'emprunt s'allonge avec l'horizon de remboursement. Mais il est faut aussi regarder les contreparties de cet endettement : a-t-il permis l'accumulation de nouveaux actifs, de nouveaux équipements qui produiront d'éventuels revenus futurs ? A-t-il servi à financer un déficit temporaire à de fins contra-cycliques ? Ou a-t-il simplement été une rustine pour échapper à une contrainte de revenu et pris le chemin du financement des dépenses courantes ? Or il faut on convenir, la France n'a jamais su mener une politique contra-cyclique vraiment efficace, et une part importante de la dette a pris, au fil des décennies la direction des dépenses courantes. C'est donc en partie de la mauvaise dette dont va hériter le prochain Président et il faut en plus faire rentrer dans l'équation deux contraintes supplémentaires :

  • 1- la montée des taux d'intérêt à long terme, c'est l'un des effets collatéral de l'OPA faite par les Etats-Unis sur les surliquidités mondiales.
  • 2 - Le raz de bol fiscal, dont l'un des thermomètres et le poids des prélèvements obligatoires.


Indicateur suivant, la croissance potentielle

C'est à la fois une mesure des traces qu'a laissée la crise et de notre capacité de rebond. Les calculs de l'OCDE, sont impitoyables, la croissance potentielle de la France est légèrement inférieure à 1,2%, c'est peu et les données conjoncturelles les plus récentes ne permettent pas d'espérer plus.


4e indicateur, la balance commerciale (hors produits pétroliers) prise comme le témoin de notre désindustrialisation

Il est évident à la vue des données que notre système productif est à genoux et tout gain de pouvoir d'achat se transforme désormais en importations. Il faudrait donc relancer les exports, mais le haut de gamme est déjà occupé par Allemagne qui a pris un avantage déterminant. Quant au bas de gamme, l'Espagne s'en est emparée et dispose (avec l'Italie) d'une sacrée avance en matière de coût. C'est insurmontable sans saborder notre modèle social ou se poser le problème de l'euro.


Dernier indicateur, la montée des inégalités

En fait, il faut empiler les indicateurs, car les inégalités sont multiples. Deux exemples : Inégalité générationnelle, notamment d'accès au logement. Avec la flambée des prix Il faut aujourd'hui consacrer plus de 3 années de revenus pour acquérir son logement contre moins de 2 entre 1966 et 2000. Inégalité géographique entre d'un côté les centres des grandes métropoles où vit une élite branchée sur la mondialisation et de l'autre nombre de villes de taille moyenne ainsi que certaines zones rurales en voie de paupérisation.

 Marché du travail dégradé, dérive des finances publiques, potentiel de croissance entamé, déficit commercial endémique, montée des inégalités, voilà ce qui attend vraiment le prochain Président !

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Commentaires
a écrit le 07/12/2016 à 12:32 :
on peut prendre d'autres indicateurs.
tendance à une réindustrialisation depuis quelques mois (Trendeo). les employeurs du secteur manufacturier étaient le plus optimistes en septembre (ManpowerGroup). la France est le pays qui attire le plus d'investissements industriels étrangers (EY).
Taux d'investissement public (3,5% du PIB) supérieur a la moyenne européenne, assez supérieur à UK (2,6%) et Allemagne (2,1%), d'après Eurostat.
Taux d'investissement des entreprises non financières à 23% de la VA, plus élevé que la Germanie et bien plus élevé qu'au UK (Eurostat). L'investissement des entreprises allemandes est freiné par la charge financière des retraites (Bloomberg, 08/2016).
Les coût salariaux vont continuer à augmenter plus vite en Germanie que chez nous.
Les Français sont les meilleurs en "financial savvy" (connaissances financières et aptitude à la gestion des sous), dixit l'OCDE.
Les jeunes français viennent de se classer 3e à l'Euroskills 2016 (championnat de l'Apprentissage), devant l'Allemagne.
Seuls 22% des diplômés français du supérieur ont un "non graduate job" contre 58% au UK (étude anglaise CIPD, 2015). 50% aux US (Careerbuilder, 2014).
Les diplômés des écoles françaises sont les mieux payés à Londres (emolument.com).
Très bons classements Thomson Reuters Top Innovators, Reuters des instituts de R&D, Deloitte Fast Tech 500 EMEA, PWC cities of opportunity (capital intellectuel/innovation, notamment), Robocup Soccer Leipzig 2016, etc...
La startup CybelAngel qui remporte le concours international de Slush.
Magazine L'Expansion, 09/2012 : les ingénieurs français d'IBM étaient bien plus efficaces que les collègues des autres pays dans le développement d'applications. Cohérent avec le bon classement de la France en productivité (OCDE).
Mohed Altrad, immigré syrien parti de rien si je ne me trompe, désigné entrepreneur mondial de l'année 2015 par le cabinet EY.
Dynamisme de la French Tech, avec une importante augmentation des levées de fonds cette année. La France est un pays d'avenir pour les nouvelles technologies avec Inde et Israël, dixit John Chambers.
La France remonte pas mal au classement AT Kearney FDI confidence index ces dernières années.
L'Armée française a été distinguée par l'US Navy pour l'efficacité de son combat contre les djihadistes (article du NYT d'août dernier sur le porte-avions Charles de Gaulle).
La France est le "new best friend" des US sur le plan militaire notamment (Financial Times, 01/2016).
La France est 1ère (avec une marge non négligeable) de la récente étude Eurostat sur les morts évitables, grâce à un très bon système de santé.
Financial Times, 2014 : un jeune Anglais a demandé à F. Hollande de décorer les médecins français qui l'ont guéri, ce que n'avait pas su faire le personnel du NHS.
Cohérent avec ce que disait l'OMS en 2000 sur le système de santé français (meilleur du monde) ?
La France a une bonne fécondité, la meilleure en Europe. Article Bloomberg de septembre dernier sur le problème de natalité italien (et danois ou singapourien) : référence au "French model".
Nos partenaires européens au Sud et à l'Est des frontières hexagonales vont être (sont déjà ?) des poids sur cette question.
La France est pas mal classée au The Economist glass-ceiling index, apparemment.
La France maintient une solide classe moyenne (66% de la population contre 50% aux US d'après récente étude France Stratégie ; 60% en Allemagne d'après DIW Berlin).
La pauvreté est limitée, inférieure à Allemagne ou UK (OCDE, Eurostat, IW Koeln). Très inférieure à celle des US (OCDE). Nous avons peu de "low wage earners" (travailleurs pauvres) comparé à US, UK, Allemagne ou Irlande (OCDE, Eurostat).
Les inégalités de revenu ont peu progressé en 30 ans, contrairement à la plupart des pays développés (Morgan Stanley, 11/2015).
La France construit 350 000 logements par an (pour 230 000 nouveaux ménages, il me semble) ; la France construit un peu plus que la croissance du nombre de ménages depuis un bout de temps ; la France a un des parcs de logements les plus importants d'Europe (INSEE, CEPII, Deloitte).
Le UK a du mal à construire plus de 150 000 logements, si je ne me trompe.
La France a un fort endettement public, mais un endettement des ménages limité (en % du PIB) et considéré comme le plus solide dans le cadre des stress tests bancaires 2014 (BCE working paper, 10/2014 ; http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11185087/Why-Germanys-households-are-more-fragile-than-you-think.html).
Les pays ayant un endettement public limité ont en général un endettement des ménages très élevé (Danemark, Australie ou Suisse, par exemple).
D'autres cumulent (UK, USA, Canada...).
Le dégonflement de la bulle immobilière depuis fin 2011 est une cause importante de l'activité économique ralentie et du chômage élevé. Les prix grimpent chez nos partenaires, d'ou plus de dynamisme.
D'après des articles Le Figaro du 21 avril et du 14 septembre derniers, les entreprises ont du mal à recruter en CDI, les demandeurs d'emploi répondant plus favorablement aux offres de jobs temporaires (articles basés sur des enquêtes de Pole Emploi et de Qapa.fr).

etc... :-)
a écrit le 07/12/2016 à 11:58 :
Nous entendrons, a nouveau, parler de la "TVA sociale" si l'on ne veut pas rétablir nos frontières!

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