Le siphonnage des PECO par l’Allemagne

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le siphonnage des PECO par l’Allemagne

La convergence entre les pays d'Europe de l'Est et orientale et le reste de la zone euro a brutalement pris fin avec la grande récession. Les niveaux de vies (mesurés par le PIB par habitant) de la République tchèque, de la Pologne et de la Hongrie, qui se rapprochaient de la moyenne de la zone euro, butent depuis près de 10 ans maintenant sur un plafond de verre.

Fin 2016, le niveau de développement de la Pologne se hisse seulement à 35% de celui de la zone euro. La Hongrie fait à peine mieux. Plus avancée, la République tchèque, bloquée en dessous de 55%, fait du surplace depuis 2008.

Les pays de l'Est, rouages essentiel de la compétitivité allemande

Un coup d'arrêt qui a de quoi surprendre. Dans le sillage d'une Allemagne triomphante, la trajectoire de ces pays devait mécaniquement les amener sur la voie d'un rattrapage rapide. Et, si c'était l'Allemagne, leur problème, finalement ?

Pour le savoir, il faut regarder quelle est la source de la compétitivité outre-Rhin, en d'autres termes disséquer l'économie de bazar. La mécanique est simple : outsourcer les phases de production à moindre valeur ajoutée vers les pays d'Europe centrale, devenus l'Hinterland productif des industriels allemands, et conserver en Allemagne l'assemblage et les maillons de fabrication décisifs. Ce rôle central de plateforme de l'Allemagne se lit très bien à travers la place qu'elle occupe dans les échanges extérieurs de la région : à la fois premier fournisseur de ces pays (l'Allemagne représente entre le tiers et le quart environ des importations de la Pologne, de la République tchèque et de la Hongrie), elle est aussi leur premier client, et de loin (plus du quart de leurs exportations en moyenne).

D'ailleurs, l'évolution des échanges commerciaux entre l'Allemagne et les PECO a explosé depuis le début des années 90 : multipliés par 11, contre 3 pour le reste du monde. Et ce que cherchent les entreprises allemandes, c'est moins un grand marché de débouchés qu'un grand marché de facteurs bon marché, mobilisables pour asseoir et renforcer son avantage concurrentiel sur le reste du monde.

Coup d'arrêt brutal à la convergence salariale

C'est bien pourquoi les donneurs d'ordres allemands mettent la pression sur leurs sous-traitants situés à l'étranger, notamment depuis la crise. Cela a porté un coup d'arrêt brutal au processus de convergence salariale entre l'Allemagne et ses satellites depuis 2008-2009 : le salaire moyen d'un Tchèque représente aujourd'hui moins du tiers de celui d'un Allemand, celui d'un Hongrois à peine plus de 26%.

Et ce n'est pas un problème de productivité. Ni les écarts de productivité, ni surtout son évolution par rapport aux salaires (sauf de façon marginale en Hongrie) ne peuvent expliquer un tel retournement. En Allemagne en revanche, les salaires depuis 2011 progressent beaucoup plus vite que la productivité. Tout se passe donc comme si les entreprises allemandes siphonnaient en partie la réserve de productivité des PECO. Sous domination allemande, les pays d'Europe de l'Est sacrifient leur rattrapage et s'enferment dans le rôle de sous-traitants à bas coûts.

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Commentaires
a écrit le 23/11/2017 à 9:30 :
Je résume, le dumping social permet à l’Allemagne de s'enrichir qui vote de ce fait de plus en plus à l'extrême droite mais comme les riches sont contents on continue l'exploitation au détriment des salariés allemands et européens puisque le travail détaché permet de payer les salariés trois ou quatre fois moins, quand ils sont payés, qu'un salarié local.

De part ce cercle vicieux l'extrême droite de retour à la tête de l'Allemagne inévitable donc non ?
Réponse de le 26/11/2017 à 20:04 :
Ca fait belle lurette que l' UPR l' analyse ainsi, lisez Vincent Brousseau spécialiste de l' euro à l' Upr et qui s' est enfuit de la BCE à Francfort et vous comprendrez sans les gimmicks traditionnels de la presse européiste..


L' Allemagne défend ses intérêts, pompe les autres pays mais et c' est là l' essentiel, la France l' accepte puisqu' elle continue de jouer dans la même cour d' école.

Un grand merci à XERFI sur ce sujet planqué mais hautement sensible.


https://www.upr.fr/actualite/france/apres-15-ans-bce-vincent-brousseau-nomme-responsable-national-lupr-en-charge-leuro-questions-monetaires
a écrit le 22/11/2017 à 5:46 :
Ce qui aboutit à une fuite des cerveaux dans les pays "soustraitants"

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