Les graves erreurs de pilotage budgétaire de Macron

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les graves erreurs de pilotage budgétaire de Macron

 À regarder les difficultés de résolution de l'équation budgétaire pour 2019, et la sévérité des arbitrages en cours, on peut se demander si le gouvernement n'a pas commis une erreur lourde de pilotage budgétaire. Il paraît en effet empêtré dans un piège dont il a été le principal artisan. La chronologie des faits parle d'elle-même.

Le scénario rose a déraillé

En mai 2017, lorsqu'il arrive aux commandes, Macron est l'héritier de la reprise de Hollande. La croissance française est sur une orbite de 2,5-3% en rythme annuel. Et elle est au diapason de la reprise européenne. Le chômage régresse, atténuant la pression sur les budgets sociaux. Moins d'un an plus tard, le soufflé est retombé. Le trou d'air est certes général, puisque la croissance du reste de zone euro est revenue sur un rythme de 1,7%. Mais, en France c'est bien plus qu'une décélération, c'est un vrai coup d'arrêt. L'économie française décroche nettement de celle de ses partenaires, renouant avec un rythme de 0,6% l'an. Et du coup, l'objectif jugé encore raisonnable en avril dernier, de 2% de croissance en 2018, qui avait servi de base à l'élaboration du programme de stabilité, paraît déjà hors de portée. Et celui de 1,9% pour 2019, très largement compromis.

Cette désillusion sur la croissance, et donc sur les rentrées fiscales, est largement responsable des difficultés que rencontre aujourd'hui le gouvernement pour boucler son budget. Le scénario rose a commencé à dérailler dès le début de l'année 2018. Ce scénario rose c'était un déficit qui reviendrait sans trop de difficulté à 2,3% fin 2018. De quoi aborder avec sérénité l'épineuse question de la double facture qu'occasionne la transformation du CICE en baisse de charges. Le gouvernement pensait alors franchir l'écueil avec un rebond minime du déficit à 2,4% du PIB en 2019. Ce n'est plus ce qui se profile aujourd'hui. Sans le carburant de la reprise, le déficit pourrait dépasser 2,6% en 2018. Et du coup, le point de PIB supplémentaire qu'occasionne la réforme du CICE, n'étant plus financé lui-même par le rebond de la conjoncture, pourrait projeter le déficit de 2019 en dehors des clous  bruxellois. Et c'est maintenant par des coups de rabots à tout va, sur le pouvoir d'achat des revenus d'inactivité (retraite, APL, allocations familiales, et peut-être demain le chômage des cadres) que le gouvernement résout son équation. Ceux qui misaient sur un tournant social en seront pour leurs frais.

Des arbitrages trop défavorables au pouvoir d'achat

Le gouvernement habille cela d'une doctrine : privilégier le revenu des actifs à ceux des inactifs. Cela serait audible, si nous étions en phase haute de reprise et que les entreprises butaient réellement sur une rareté de l'offre de travail. Or s'il y a bien quelques pénuries localisées de compétences, le chômage reste encore très largement expliqué par la faiblesse de l'activité et de la demande. Agir contre le chômage volontaire aujourd'hui a peu de chance de dynamiser l'activité et l'emploi.

Malheureusement, le gouvernement est juste en train de subir et de payer le prix de ses erreurs de timing budgétaire. Le déraillement de la reprise est très largement imputable à son court-termisme comptable. Pour financer ses mesures en faveur du patrimoine le gouvernement a clairement arbitré en défaveur du pouvoir d'achat des bas et moyens revenus : La hausse de la CSG a pesé pleinement et sans compensation sur les retraités, dès le début de l'année. Pour les salariés, la baisse étalée des cotisations salariales jusqu'à l'automne ne fait qu'annuler la hausse de la CSG. La baisse de la taxe d'habitation n'intervient qu'en fin d'année également, ce qui diffère aussi son effet positif sur le pouvoir d'achat. Si l'on ajoute à cela l'alourdissement de la fiscalité indirecte, le reflux des emplois aidés, la baisse des APL, le gel du point de la fonction public... le gouvernement a simplement cassé l'élan de la consommation. Et sur la défensive, il continue son opération de sape. Non seulement il tape sur le revenu de ceux dont la consommation est la plus réactive à l'attrition des revenus. Mais de surcroît, avec la retenue à la source, il diffère en fin d'année 2019, toute une série de crédits d'impôts, créant une nouvelle incertitude et de nouveaux comportements de précautions de la part des ménages.

Cela ressemble bien à un cercle vicieux, dont le gouvernement va avoir du mal à s'extraire. Hollande avec trop misé sur la conjoncture pour sauver son quinquennat. Macron l'a ignorée, croyant que c'était dans la poche. Et il risque d'en payer lourdement le prix.

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Commentaires
a écrit le 06/09/2018 à 12:15 :
dans un précédent commentaire (il y a plusieurs mois ) je faisais le pronostic que l'augmentation de la CSG ( de plus de 21% à 25% selon les catégories sociales impactées) ,la baisse de cotisations salariées annoncées comme gain de pouvoir d'achat , et la loi travail élargissant le champ des" CDI de chantier" , déboucheraient sur un ralentissement de la consommation en 2018 donc de la croissance , une opportunité patronale de moindre revalorisation des salaires , un recul des embauches en CDI classiques et un fort doute sur une baisse du chômage .
c'était un propos pessimiste qui avait fort justement été " modéré " donc non publié .
a écrit le 04/09/2018 à 17:59 :
Je partage cette analyse car pour qu'une économie croisse de façon harmonieuse il faut équilibrer la politique de demande et d'offre.
FH a mis 5 années pour remettre dans les rails l'économie française et Macron, il lui a fallu que quelques mois pour tout remettre casser.
Macron aurait dû accélérer sur la politique de demande afin de fortifier la croissance. Malheureusement, Macron a favorisé les très riches au lieu de favoriser les classes moyennes et populaires.
Réponse de le 04/09/2018 à 18:16 :
la France fait déjà pas mal d'efforts sur la demande :
fécondité, pauvreté qui a très peu progressé depuis la crise, inégalités de revenus qui n'ont pas progressé sur les 30 dernières années, salaires réels qui ont mieux progressé que dans les autres pays de l'OCDE depuis 2000, part des salaires dans le PIB qui n'a quasiment pas baissé depuis 1991 contrairement aux autres pays du G7, faible pourcentage de travailleurs bas salaire, classe moyenne solide, etc...

le problème de la demande, il est chez les partenaires de la France.
Réponse de le 05/09/2018 à 17:49 :
Lorsque vous parler des salaires qui ont plus évolués qu'ailleurs vous parlez de ceux des patrons (qui eux ont fortement augmentés) au détriment de ceux des travailleurs (qui en stagnent voir diminuent)?
a écrit le 04/09/2018 à 17:50 :
"vrai coût d'arrêt", "faiblesse de l'activité" :
les PME/ETI n'ont jamais été aussi confiantes (http://www.lefigaro.fr/societes/2018/07/09/20005-20180709ARTFIG00003-cocorico-jamais-les-eti-et-pme-francaises-n-ont-ete-aussi-optimistes-sur-leur-avenir.php).
Les embauches sont dynamiques (https://www.lesechos.fr/economie-france/social/0302020039303-les-difficultes-de-recrutement-des-pme-a-des-sommets-2193990.php).
manque de candidats dans Industrie, transport, restauration/hôtellerie, agroalimentaire, emploi à domicile/social/santé, BTP, etc...
si les Français veulent plus de pouvoir d'achat, qu'ils prennent tous ces jobs (on ne manque pas de filières de formation en France, si nécessaire).
le capital investi dans nos jeunes entreprises a quasiment doublé au 1er semestre 2018, contre une hausse limitée à 18% en Europe (étude "Venture Pulse - Q2 2018", KPMG, 07/2018).
grande forme de l'immobilier d'entreprise : https://www.latribune.fr/economie/france/immobilier-d-entreprise-grande-forme-du-marche-francais-au-premier-semestre-788538.html.
Dynamisme de la création d'entreprises (INSEE).
Taux de mortalité des entreprises parmi les plus faibles en Europe (Eurostat).
etc...
a écrit le 04/09/2018 à 16:35 :
"Des arbitrages trop défavorables au pouvoir d'achat"

Merci de nous faire comprendre que l'économie c'est simple et qu'une politique prenant de l'argent à ceux qui consomment pour le donner à ceux qui s'évadent fiscalement ne peut que susciter l'inverse.

Pourquoi cette vérité n'est elle jamais signalée dans les médias de masse ? Pourquoi toujours les mêmes prêcheurs qui se trompent continuellement ?
Réponse de le 04/09/2018 à 17:25 :
Tout à fait d'accord et surtout bien analysé.
a écrit le 04/09/2018 à 13:48 :
Et les français d’etre taxés.
Ils en redemandent à chaque élection.
Réjouissons nous déjà des augmentations programmées en janvier prochain.
a écrit le 04/09/2018 à 13:07 :
Il faut dire à Macron de toute urgence qu'il doit appliquer la note n°6 du CAE.
a écrit le 04/09/2018 à 12:21 :
Quand il s'agit de suivre des idées dogmatiques, on ne se pose pas trop de question sur la finalité mais non plus sur la logique adopté pour y parvenir, puisque elle est ordonnée par l'administration de Bruxelles; ce n'est qu'une réforme pour uniformiser "l'empire nationaliste en construction"!
a écrit le 04/09/2018 à 12:13 :
Macron fait une erreur d'analyse, il a supprimé l'ISF pour les gros patrimoines perdant ainsi 5 milliards de rentrées fiscales. Les grosses fortunes ne reviendront pas investir en France. La raison , le perpétuel changement de fiscalité à chaque alternance, bref , ils n'ont plus confiance. Macron a taxé les retraités, et en supprimant en partie la TH va obliger les communes à compenser le manque à gagner en augmentant d'autres taxes et la TF.
Ce que Macron ne comprend pas , c'est qu'il faut baisser la fiscalité confiscatoire qui ruine la classe moyenne , réduire les déficits publics énergiquement et diminuer le nombre de fonctionnaires, 5 millions, beaucoup plus qu'en Allemagne pays pourtant plus peuplé. On travaille pour l'état presque 8 mois par an ce qui rend impossible d'obtenir une croissance pérenne.
Réponse de le 04/09/2018 à 12:58 :
L'analyse est correcte. Au fond, NS et FH ont fait du bon boulot malgré des communications totalement à côté de la plaque.
Macron fait l'inverse. Sa chance, c'est l'absence totale d'opposition; mais il risque de la payer lorsqu'un éventuel leader aura été capable de contrepropositions.
Réponse de le 04/09/2018 à 14:10 :
Il y a ceux qui croient en l'Etat, état providence, état régulateur, état "projets d'avenir" et ceux qui constatent que l'argent dépensé d'un côté (public), ne peut être investi de l'autre (privé).

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