Les marchés financiers restent réservés face aux émissions d’obligations vertes

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OPINION. Une étude internationale montre que les investisseurs restent réservés, voire inquiets, quant aux émissions de « green bonds » sur les marchés financiers. Par Souad Lajili Jarjir, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC); Martin Lebelle, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC) et Syrine Sassi, South Champagne Business School (Y Schools) – UGEI (*)

Axée sur une perspective environnementale, l'orientation des investissements vers des activités durables a été possible grâce à la création de nouveaux instruments financiers aidant les entreprises et gouvernements à financer leur transition écologique, notamment les obligations vertes, ou « green bonds ».

Une obligation verte est un instrument de dette émis par une entreprise (financière ou non financière) ou une entité publique (ville, région, gouvernement, banque de développement, etc.) sur les marchés, pour financer uniquement des projets qui contribuent positivement à l'environnement. La principale différence avec les obligations classiques réside dans les engagements pris par l'émetteur sur l'utilisation des fonds, qui doit avoir des externalités environnementales positives.

Le marché des « green bonds » et ses acteurs clés

Il existe deux principales normes internationales qui permettent de vérifier l'intégrité du label « Green » attribué à une dette. La première norme est Green Bond Principles de l'International Capital Market Association qui a contribué à standardiser la définition d'un projet « vert » pouvant être financé par une émission verte.

Cette norme a également défini la manière dont l'émetteur doit communiquer sur son processus de sélection et d'évaluation des projets ; sa façon de gérer les fonds pendant la durée de vie de l'obligation ; et sur l'affectation périodique de ces fonds et leurs impacts environnementaux.

La deuxième norme reconnue au niveau international est le Climate Bond Standard publié par la Climate Bond Initiative. Enfin, il existe d'autres normes régionales, principalement en Asie (China Green Bond Guidelines, Hongkong Green Bond Guidelines, Asean Green Bond Standards ou Japan Green Bond Guidelines), en Afrique (Nigeria Green Bond Guidelines) ou en Amérique latine (Mexican Green Bond Principles).

Le marché des obligations vertes a connu une croissance exponentielle ces dernières années passant de 2,6 milliards USD de nouvelles émissions en 2012 à 258,9 milliards USD en 2019 selon le Climate Bond Initiative. Le total des émissions cumulées depuis 2007, date à laquelle ce marché est né avec l'émission de la première obligation verte par la Banque mondiale, s'élève à 754 milliards USD selon la même source.

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      À la suite de la conférence environnementale 2016, les institutions financières publiques françaises ont été incitées « à lancer des obligations vertes, dédiées à des projets d'investissements environnementaux ». Ministère de la Transition écologique

En conséquence, il parait aujourd'hui important d'approfondir la question du financement via les obligations vertes. Pour ce faire, nous avons mené une étude questionnant l'impact de l'annonce d'une émission d'obligations vertes sur le cours de l'action de l'émetteur.

Quelle réaction attendue des marchés financiers ?

Dans la littérature financière, il n'y a pas de consensus quant aux effets d'une émission d'obligations vertes sur le cours de l'action de l'émetteur. Une première hypothèse suggère que le marché réagirait positivement à l'annonce d'une émission verte traduisant une évolution positive du modèle économique de l'émetteur à long terme.

En ligne avec les politiques environnementales des régulateurs, avec une moindre exposition aux risques environnementaux et une plus grande attractivité de la part des investisseurs verts, l'entreprise entre dans une dynamique positive avec des activités plus stables et plus rentables à long terme.

Une deuxième hypothèse propose le contraire. En effet, l'annonce de l'utilisation d'un nouvel instrument, notamment pour financer une transition perçue, par les investisseurs, comme une activité axée sur le développement durable, pourrait être interprétée comme une source d'incertitude. Une telle considération pourrait donc conduire à une révision à la baisse des projections de rentabilité, avec une réaction négative du marché.

La première difficulté qui se présente pour étudier ce marché est celle des données. Au cours des premières années de son développement et encore aujourd'hui, la plupart des acteurs (banques commerciales, investisseurs institutionnels, etc.) ont construit leurs propres bases de données.

Plus récemment, de nouvelles entités spécialisées dans la collecte de données environnementales ont vu le jour. Nous comptons plusieurs fournisseurs officiels de données, qui diffèrent les uns des autres sur divers aspects, tels que l'accessibilité, l'univers de couverture et le type d'informations fournies (Bloomberg, Dealogic, Environmental Finance, Climate Bond Initiative, Trucost, Shenzhen Securities Information).

Réaction négative à la première émission verte

En croisant les données de plusieurs fournisseurs, nous avons constitué une base de données de 2 079 émissions vertes sur dix ans. Dans notre échantillon, les émissions des entreprises et des institutions financières représentent seulement 23 % (soit 475 émissions dont 173 en Chine et 119 en France).

La Chine représente à peu près un tiers des émissions vertes dont un quart sont celles des entités non gouvernementales. Quant à la France - qui occupe une position similaire aux États-Unis et à la Suède en nombre d'émissions vertes - elle se singularise avec à peu près les deux tiers de ses émissions faites par des entités non gouvernementales. Enfin, les États-Unis qui cumulent 164 émissions vertes n'affichent que 27 émissions des entités non gouvernementales.

Pour examiner la réaction du marché à l'annonce d'une émission d'obligations vertes, nous avons considéré les rentabilités anormales cumulées, définies comme la différence entre les rentabilités réalisées et les rentabilités d'équilibre estimées par des modèles théoriques.

Les résultats indiquent que les rentabilités anormales cumulées de la fenêtre de deux jours et celle de trois jours à l'annonce de l'émission sont négatives et statistiquement significatives. La rentabilité anormale cumulée est, en moyenne, d'environ - 0,2 %. Ce résultat corrobore la thèse selon laquelle l'annonce d'une émission verte pourrait être interprétée par les investisseurs comme une incertitude quant à l'évolution du business model de l'émetteur, dont le niveau de rentabilité pourrait être impacté.

Une analyse plus détaillée de nos résultats révèle que le marché financier réagit négativement à une première émission verte (par comparaison aux émissions suivantes du même émetteur) par une institution financière (par comparaison aux entreprises des autres secteurs d'activités) sur un marché développé (par comparaison aux marchés émergents). En conclusion, l'engouement pour ce nouvel instrument financier contraste avec la réaction mitigée des marchés financiers.

The Conversation ______

(*) Par Souad Lajili Jarjir, Enseignant-chercheur en finance, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC) ; Martin LebelleESG & Impact bond analyst, PhD/CIFRE, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC) et. Syrine SassiFinance, South Champagne Business School (Y Schools) - UGEI

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Commentaires
a écrit le 25/02/2021 à 10:50 :
D'un côté nous avons un consortium de plus de 400 journalistes du monde entier prouvant qu'il est impossible de distinguer l'argent de la mafia de celui de la finance et de l'autre nous voudrions que ces gens là sauvent le monde qu'ils ne font que détruire parce que leur rapportant toujours plus d'argent.

Soit on les force soit tout ceci n'est qu'une imposture de plus, ces gens là sont bien trop aliénés par leur pathologique cupidité, il serait temps de s'instruire sur la nature humaine et le déclin civilisationnel actuel ainsi que sur les conséquence dramatiques de toujours plus posséder.

"L'argent, ah! Maudite engeance, fléau des humains! " Sophocle

Tandis que cela fait plus d'un millénaire que l'on connait le désastre annoncé de la cupidité, les riches eux cherchent encore des penseurs qui pourraient aller dans leur sens, en ont fabriqué même plusieurs mais sans succès car bien souvent crétins assumés.

Quand Ségéla nous dit que si on a pas de rolex à 50 ans c'est qu'on a raté sa vie et bien même si on avait prévu d'en acheter une on en a de suite perdu l'envie, phrase stupide confirmée par le politicien déjà oublié pourtant ultra présent partout à une époque avec son "si on gagne pas au moins 4000 euros par mois c'est qu'on est un minable."

La profonde connerie a remporté la mise il faut bien le reconnaître.
Réponse de le 25/02/2021 à 13:44 :
"si on gagne pas au moins 4000 euros par mois c'est qu'on est un minable."
si c'est sa citation, et pas un interprétation, ça serait intéressant de savoir qui et quand.
FH estimait qu'un foyer est "riche" à partir de 4000€/mois, sans dire qu'en dessous les gens étaient "minables" (ou en le pensant peut-être ? Libre interprétation subliminale ?). Ça doit en être un(e), euh non, un autre. :-)
Si c'est un haut fonctionnaire, ils ont leur salaire et aussi la pension prévue dès le début de leur carrière, mais peuvent parfois monter plus vite dans les échelons, c'est juste la base qui est connue. D'où certains ayant aucun bien, ils n'épargnent ni n'investissent n'en ayant aucunement besoin, revenus garantis jusqu'à la fin finale.
Réponse de le 25/02/2021 à 13:52 :
@ moulin à vents:

c'était Copé donc et la phrase exacte: ""Tu comprends, si on n'a ici que des gens qui se contentent de 5000 euros par mois, on n'aura que des minables.""

C'est le 4000 euros par mois de Bayrou qui a du m'induire en erreur.

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