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Les « nouvelles routes de la soie » sèment la zizanie au sein du gouvernement italien

Edoardo Secchi

Publié le 20 mars 2019 à 14:30 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:49

Italie: des lueurs d'espoir dans le pib detaille du quatrieme trimestre

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OPINION. Tandis qu'une brise d'apaisement se levait entre Paris et Rome depuis l'interview du président Macron à la télévision publique italienne, nous goûtions notre repos, conscients que le « clash » intragouvernemental italien n'aurait su tarder. Par Edoardo Secchi , Pdg d’Italy-France Group

Première controverse : la transalpine Lyon-Turin. Le projet coûterait 1,7 milliard à l'Italie et 7,7 milliards à la France, et est à 50% payé par l'Union Européenne. Des 8,6 milliards restants à répartir entre les deux pays pour la traite transfrontalière, l'Italie n'en aurait vraisemblablement « que » 2,9 milliards à débourser.

« Obsolète, trop onéreux, » tonnent les cinq étoiles. Mais alors que faire ? 15% des galeries sont déjà creusées, la non-réalisation du projet coûterait entre 2,8 et 4 milliards d'euros de remboursements et pour la fermeture des chantiers, soit presque la même somme que pour sa finalisation.

Il est pour le moins curieux que le gouvernement italien, qui soutient l'utilisation de voitures électriques et/ou hybrides par souci de l'environnement, veuille que les transports entre la France et l'Italie continuent à s'effectuer sur les routes (avec des voitures majoritairement ni électriques, ni hybrides).

Le problème posé a un triple impact : environnemental, de santé (selon l'Agence Européenne pour l'Environnement il y aurait eu 66.000 décès causés par la pollution en Italie en 2016) et l'énorme gaspillage énergétique.

Si la "real economy" du Mouvement 5 étoiles consiste à calculer le retour sur investissement de la taxation du carburant ils vont droit dans le mur (et nous tous avec).

Il faut savoir qu'en Italie, l'Etat est faible et les régions et les provinces gèrent relativement autonomement leurs ressources. Cependant, aujourd'hui encore, l'Etat central est perçu comme une interférence, une barrière. Cette perception se répercute sur la vie politique, comme nous l'observons depuis plusieurs jours.

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Mais voilà nous sommes en période électorale et la transalpine Lyon-Turin est l'un des thèmes porteurs de l'histoire du Mouvement 5 étoiles, alors il faut jouer le jeu. Comme l'a dit le président de la chambre basse Roberto Fico, le non à la Lyon-Turin est l'identité du Mouvement cinq étoiles.

Tandis que le ministre des transports italien Danilo Toninelli (Mouvement cinq étoiles) a déclaré sur la chaine télévisée privée LA7 que « les Turinois, les Piémontais (...) se fichent d'aller à Lyon » par ce « trou dans la montagne », le ministre de l'intérieur Matteo Salvini, fidèle aux positions de la Ligue, soutient fermement le projet.

Et il n'est pas seul. Un sondage SWG révèle que 58% des Italiens se disent favorables au projet, 70% soutiennent que l'œuvre est utile pour relier l'Italie à l'Europe, pour 68% des sondés il crée de l'emploi et pour 61% il est nécessaire à faire baisser la pollution.

D'ailleurs, à gauche comme à droite, des écolos au patronnat, les voies s'élèvent majoritairement favorables au projet.

Fraichement élu, le secrétaire du Parti Démocrate Luca Zingaretti (centre-gauche) a fait savoir qu'il était « criminel de perdre des centaines de millions d'investissements et des milliers d'emplois (...) ce pays est à genoux. La production industrielle s'est écroulée, le chiffre d'affaire des entreprises est au point mort tout comme les chantiers du pays. »

Vieux briscard de la politique transalpine, le fondateur de Forza Italia Silvio Berlusconi (centre-droit) est prêt à soumettre le projet à référendum en cas de blocage par les cinq étoiles et a traité le ministre des transports de crétin. Proche de Forza Italia, le président du Parlement européen Antonio Tajani a déclaré :

« Ne pas faire la TAV signifie perdre 300 millions d'euros d'ici l'été, et encore 500 millions si le projet n'est pas finalisé. Je trouve les propos du Premier ministre et du gouvernement inquiétants ; ils essayent de gagner du temps, on ne comprend pas ce qu'ils ont en tête. (...) ça veut dire renoncer à réduire les émissions de CO2 (...) réduire les particules fines, tandis qu'augmenteraient les déplacements entre le Piémont, l'Italie et le reste de l'Europe. »

L'organisation patronale Confindustria (l'équivalent italien du Medef) s'est indignée. « Nous osons espérer que le gouvernement ait une seule et grande priorité : l'emploi et le travail », a confié à la presse son président Vincenzo Boccia.

« L'ouverture de ce chantier représente 50 000 emplois », a-t-il ajouté.

Mais ça n'est pas fini. Le nouveau dossier des « nouvelles routes de la soie » se profile comme une ultérieure pomme de discorde tant au sein du gouvernement italien que de l'Europe toute entière.

Alors que Rome s'apprête à recevoir le président chinois Xi Jinping le 22 mars pour signer un document protocolaire avec Pékin concernant le projet « routes de la soie ». La formalisation de l'accord pourrait avoir lieu le même jour qu'un conseil européen à Bruxelles.

Bien entendu, les rapports entre l'Italie et la Chine sont moins importants que ceux entretenus par l'Allemagne et la France avec l'empire du Milieu. Ce dernier est le premier partenaire commercial de l'Allemagne, avec 220 milliards d'euros d'échanges par an, suivi par la France et les Etats-Unis. Chaque semaine, une trentaine de trains chinois arrivent à un terminal étendu au sein du port interne de Duisbourg, à l'ouest de l'Allemagne. Duisbourg est le plus grand port interne au monde. Grace à l'initiative BRI-Belt and Road (une reprise des routes de la soie annoncée par Xi Jinping) en 2013 pour le développement des infrastructures de transport et de logistique), le port allemand se transmute en véritable hub logistique central de l'Europe. Environ 80% des trains en provenance de Chine y font leur première escale européenne.

Duisburger Hafen, la compagnie publique qui gère le port fluvial local, a signé un accord l'année dernière pour créer une liaison avec le port de Trieste, au nord-est de l'Italie. Il devrait devenir la partie occidentale de la « nouvelle route de la soie » maritime souhaitée par Pékin.

Au cœur des inquiétudes européennes (mais surtout américaines), le réseau 5G du colosse chinois se profile tel un cheval de Troie en Europe en raison des suspicions d'espionnage. Car les entreprises chinoises sont soumises légalement aux demandes des autorités et ne peuvent rien leur refuser. Huawei en fit les frais il y a quelques mois lorsque la fille du fondateur des télécoms chinois fut arrêtée au Canada sur ordre des Etats-Unis.

Rien qu'en 2018, 67 pays ont signé un accord avec Pékin concernant « les routes de la soie », des Maldives au Pakistan. L'Italie se prête au jeu dans le but de fournir un accès facilité au marché chinois à ses exportateurs et car elle a certainement bénéficié des prêts chinois pour moderniser ses ports.

L'Italie serait donc le premier des pays du G7, peut-être le seul à long-terme, à signer un tel document, nonobstant l'hostilité des américains et des britanniques, qui craignent l'étau chinois sur les transports transcontinentaux et sur les deux tiers du commerce mondial.

Le président des Etats-Unis Donald Trump s'est montré perplexe, et une fois de plus, l'autre vice-premier ministre italien, Matteo Salvini, s'est empressé de le rassurer en prenant ses distances avec la décision de son collègue Luigi Di Maio.

Rappelons tout-de-même que l'échange sino-italien vaut aujourd'hui 40 milliards d'euros et qu'en 2018 l'Italie a exporté pour 20 milliards d'euros, la péninsule est cependant en déficit par rapport à la Chine.

Les inquiétudes de Donald Trump devraient faire réfléchir quant aux difficultés de tous les pays à affronter la Chine.

Une fois de plus il faudra attendre la visite du président chinois pour évaluer quels sont les présupposés d'un accord qui pourrait comporter plus d'inconvénients que d'avantages à long-terme.

Edoardo Secchi

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