Les PME face à la révolution des moyens de paiement

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(Crédits : DR)
La modernisation des moyens de paiement n'aura pas lieu sans la participation active des PME. Elles sont prêtes à évoluer. Par Bernard Cohen-Hadad, Président du think tank Etienne Marcel

Ce lundi 4 avril, s'est tenue la première réunion du Comité National des Paiements Scripturaux (CNPS). Il prend la suite du Comité National SEPA. La création de cette structure était demandée et attendue par les PME d'autant que Michel Sapin, le ministre de l'Économie et des Finances, l'avait officiellement annoncée en octobre 2015 dans le cadre de la Stratégie Nationale des Paiements. Le gouvernement suit sa feuille de route, c'est bien. Reste à savoir si ce Comité saura être à l'écoute des PME. On ne voit pas pourquoi il en serait autrement. En effet, en matière de paiements l'Europe et le monde ne restent pas les bras croisés. De grands intérêts économiques et financiers font bouger tous les acteurs économiques de ce secteur d'activités, les banques, les fintechs, les investisseurs... Et dans la mondialisation des échanges les TPE et PME qui sont un maillage dans les territoires sont aussi un atout.

 Pas de mouvement en profondeur sans les PME

Tout d'abord, les TPE et les PME ont bien compris les enjeux de cette révolution des moyens paiements. Dans le cadre de leurs organisations interprofessionnelles en France et en Europe elles ont réussi à bâtir un vrai catalogue de mesures et de priorités qui intègrent les entreprises de toutes tailles. D'autant que Bruxelles et Francfort sont très attentives au développement des économies européennes à travers « les SMEs » pour relancer l'activité des territoires. A Paris, malheureusement, la grande industrie a toujours eu tendance à les considérer comme un membre de la famille d'une branche subalterne. Mais cela n'entame ni la détermination des PME à faire bouger les lignes grâce à leur représentativité. Les PME veulent travailler de manière constructive avec tous les acteurs.

D'autant qu'aucun mouvement en profondeur ne se fera sans elles. Les PME, c'est 3,1 millions d'entreprises dont l'immense majorité est encore sous équipée en matériels de paiements électroniques ou numériques : paiement par cartes, paiement sans contact, paiement à distance...Le défi est formidable. Pour ces raisons, elles souhaitent affirmer leur potentiel.

Le temps des PME n'est pas le temps des grands entreprises

Ensuite, les grands chantiers en matière de paiements des PME ne peuvent pas s'envisager sans prendre en considération la notion de temps ni celle de dialogue adaptés à ces entreprises. Le temps des PME n'est pas le temps des grands entreprises ni celui de l'Etat ou de ses administrations. Les moyens financiers, humains et en communication qui peuvent être investis et mobilisés non plus. Mais ne tirons pas hâtivement des conséquences erronées sur la mobilisation des entreprises patrimoniales. Elles ont réussi le passage à SEPA. Nourrir le dialogue et garantir une juste circulation de l'information est donc indispensable. Le dialogue avec l'Etat, les banques, les fintechs, les fournisseurs de logiciels et de matériels... doit donc être permanent. Il faut mutualiser les expériences. A la fois sur les modèles économiques et les flux (écosystème, interchange); la sécurité des transactions et les responsabilités afférentes; les nouveaux projets (sans contact, instant payment, paiement par mobile et paiement par SMS), les relations avec les consommateurs, l'avenir du chèque, la question des coûts et des frais pour les PME.

Prêtes au paiement par mobile

Enfin dire que les PME sont conservatrices, en la matière c'est un peu court et c'est ne pas tenir compte de leur évolution. Fin février 2016, la CGPME a réalisé une enquête instructive sur les petits paiements. Elle montre clairement le résultat de la pédagogie interprofessionnelle faite, en interne, dans le cadre du travail sur SEPA et ne s'embarrasse pas de leurres. En effet, 52,7 % des TPE et PME interrogées répondent qu'elles sont prêtes à accepter les paiements par mobile. Pour les paiements de petits montants par carte bancaire, 77% y sont favorables (49,2 % conditionnent cette acceptation à la mise en place de frais bancaires réduits).

Les PME sont dans le mouvement. Elles veulent bien investir dans la mise en place d'outils nouveaux pour accepter tous les paiements mais ne souhaitent pas en assumer les charges toutes seules. D'autant qu'elles ne perçoivent encore pas la baisse du coût des transactions bancaires annoncées par les banques (85,9%) depuis janvier. Les PME en France ont donc pris, par elles-mêmes, le train de l'évolution des moyens de paiements. Ne pas mesurer l'étendue du chemin parcouru c'est aller contre une évidence et se priver d'un maillage indispensable. Mais personne ne l'envisage, n'est-ce pas ?

Bernard COHEN-HADAD

Président du think tank Etienne Marcel

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