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Les PME, plus que jamais le premier moteur de l'emploi

Photo de Ivan Best

Gilles Lecointre

Publié le 21 mai 2015 à 07:51 - Mis à jour le 21 mai 2015 à 13:10

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Les PME sont le seul moteur efficace pour l'emploi. Pourquoi ? Par Gilles Lecointre, entrepreneur, professeur à l'Université de Paris Ouest et enseignant à l'Essec

Quelques chiffres tout d'abord pour mettre en appétit ceux qui veulent comprendre et trouver le « bon plan » pour l'emploi.

L'emploi salarié en France, fin 2013 (INSEE), représentait un peu moins de 24 millions de personnes se répartissant grossièrement entre 8 millions pour l'Administration, 6 millions pour les entreprises de moins de 20 salariés, 8 millions pour les 20-500 salariés et 2 millions pour les grandes entreprises.

Sur les 10 dernières années (étude KPMG 2010), la quasi-totalité des emplois nets créés en France l'ont été par des PME, et à contrario, aucun par les grandes entreprises.
Selon des études de l'INSEE et de l'OCDE (« The dynamic of employment growth »), 70% des entreprises créées sont pérennes au bout de cinq ans et génèrent chacune 3 emplois (dont 2 salariés).Enfin il se crée en France chaque année, en dehors des autoentrepreneurs, environs 250.000 entreprises.  Que nous disent ces chiffres incontournables et comment peut-on les interpréter ?

Il ne faut pas compter sur les grandes entreprises pour créer de l'emploi en France

Toute première chose : il ne faut pas compter sur les grandes entreprises pour créer de l'emploi en France. Les explications de ce phénomène tiennent à deux séries de raisons. D'une part, les GE sont essentiellement tournées vers l'international qui représente des marchés en plus forte croissance et aussi des opportunités d'emplois souvent moins coûteuses. D'autre part la priorité de ces GE en matière de gestion est la concentration, la course à la taille, la recherche de la productivité maximale, la diminution des coûts, le développement de process efficaces plutôt que le lancement d'innovations, l'optimisation de leur cours boursier. Rien de tout cela ne va dans le sens de la création nette d'emplois.

Il ne faut pas compter sur l'Administration (les services publics) pour créer de l'emploi en France

Même à gauche de l'échiquier politique, chacun a bien compris que le temps était venu des restrictions budgétaires, de la rationalisation des tâches, de la concentration sur les missions régaliennes, du non remplacement des départs en retraite, bref, de la diminution globale des effectifs de l'Administration sur longue période. Rien n'arrêtera cette tendance de fond dans un pays surchargé de dettes et dont l'efficacité de certains services publics est loin des standards internationaux.

La création d'emplois nouveaux et durables est liée à l'innovation de rupture, celle des entrepreneurs

Les organisations qui créent de l'emploi sont celles qui prennent le risque de changer la donne du marché sur lequel elles interviennent. Quand cela réussit, le marché s'agrandit par la proposition de produits nouveaux satisfaisant une demande solvable. Il y a alors augmentation de l'offre (du fait de l'investissement nécessaire pour la construire) puis augmentation de la demande (qui entraîne à nouveau l'augmentation de l'offre). Cela s'appelle la création de richesses et cela entraîne dans les économies en sous-emplois la « multiplication » des emplois. Ce phénomène n'est pas nouveau, il a été décrit par un économiste célèbre, Keynes, dont on n'a pas encore vraiment dépassé la pensée.

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Mais alors que l'État n'a plus les ressources d'entraîner la machine (comme le demandait Keynes), comment déclencher ces innovations salvatrices ? C'est là que cela se complique car on sort d'un cadre purement mécanique pour entrer dans le sociologique, donc l'ingouvernable. Il faut alors se rappeler ce que disait un autre penseur incontournable, Schumpeter, à propos des innovations de rupture. Ce sont celles qui justement cassent le cadre dans lequel on est pour en proposer un autre qui va rompre avec les habitudes ambiantes, avec la pensée unique et conformiste, avec les idées des mandarins....

Seuls des individus câblés pour mettre en œuvre ce genre de pari un peu fou peuvent initier ce processus indispensable de régénération de l'économie. On les appelle les « entrepreneurs ». On ne les trouve ni dans l'Administration, ni dans les Grandes Entreprises. Ce sont des indépendants qui ne supportent aucun carcan, aucune limite à leur rêve, ils veulent agir à leur guise sans rechercher nécessairement le profit maximum. Ils initient aujourd'hui 80% des innovations.

Dès lors il faut favoriser l'émergence de ces entrepreneurs, c'est le rôle de l'État. Par l'éducation, par la mise en avant d'exemples de réussite, par la simplification des procédures qui permettent de passer de la pensée à l'action. En France nous avons trop tardé à admettre ce mouvement comme indispensable. Mais nous sommes sur la bonne voie et nous rattrapons le retard avec une jeunesse qui a compris. Quant aux Grandes Entreprises, elles savent depuis bien longtemps qu'elles ne sont pas « équipées » pour la spontanéité de la créativité, mais qu'elles savent en revanche utilement « récupérer » et développer les bonnes idées lorsqu'elles deviennent trop grandes pour leurs créateurs.
Un dernier chiffre pour conclure : il faut 7 fois moins de chiffre d'affaires pour créer un emploi dans une TPE que dans une Grande Entreprise !

Si l'on regarde la réalité des comptes d'exploitation de nos entreprises, on constate, grosso modo, qu'un emploi est créé moyennant 50.000 euros de chiffre d'affaires dans une TPE, 150.000 euros dans une PME, 250.000 euros dans une ETI, et 350.000 euros dans une grande entreprise.

Ces chiffres prouvent, de façon peut-être simpliste, que si l'on se place dans une pure logique de l'emploi, il faut absolument se concentrer sur la capacité créative des TPE-PME. Car le processus y est plus léger, plus rapide, plus multiplicatif.

Gilles LECOINTRE

Gilles Lecointre

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