Les risques sous-estimés de l'impression 3D

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Le 3Dvarius
Le 3Dvarius (Crédits : CHRISTIAN HARTMANN)
En matière de propriété intellectuelle notamment, les entreprises ont beaucoup à perdre en matière d'impression 3D. Par Ronda Majure, VP Global Sales - Thomson Reuters, IP Solutions chez Thomson CompuMark

Imaginez un monde où une marque pourrait publier le plan numérique d'un produit, par exemple une pièce détachée automobile, sur une plate-forme web : le client pourrait alors choisir un plan spécifique, sélectionner un fabricant et se faire expédier directement la pièce. Ce n'est là que l'une des possibilités qu'offrira à l'avenir le monde de l'impression en trois dimensions (3D) et, même si cela ressemble à de la science-fiction, les progrès rapides de cette technologie nous rapprochent de ce scénario. Si la révolution de l'impression 3D est susceptible de créer de formidables opportunités pour les entreprises, la médaille présente un revers alors que les marques prennent conscience des effets qu'elle risque d'avoir sur leurs droits de propriété intellectuelle. Il est désormais clair que les entreprises doivent déterminer les répercussions de l'impression 3D et les risques réels qu'elle représente à travers le vol de propriété intellectuelle et autres abus.

 L'impression 3D, source de développement important

Egalement appelée fabrication additive ou prototypage rapide, l'impression 3D englobe sept procédés industriels différents et paraît appelée à transformer entièrement les processus traditionnels de fabrication dans de nombreux secteurs clés. Des produits qui sont fabriqués depuis des siècles par des méthodes telles que l'estampage de métal ou l'injection dans des moules peuvent désormais être obtenus par le dépôt de couches successives de matière suivant un plan numérique 3D créé dans un logiciel. Nous sommes à l'aube d'une ère où il va être possible de produire des formes complexes et détaillées au moyen de systèmes relativement bon marché et simples d'utilisation, y compris à domicile par des particuliers.

 Plus de 20 milliards en 2020

L'impression 3D pourrait avoir un impact considérable sur les entreprises. De fait, selon l'étude Wohlers Report 2014, le secteur mondial de l'impression 3D pourrait générer 12,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2018 et dépasser 21 milliards en 2020[1]. Sa croissance initiale devrait être alimentée par la disponibilité de modèles grand public bon marché d'imprimantes et de scanners 3D, éliminant la nécessité de logiciels spécialisés ou de compétences en design pour la création de fichiers prêts à imprimer. Cependant, si l'on ajoute la multitude d'opportunités offertes aux entreprises, notamment les fabricants de produits de grande consommation ou de pièces de rechange, le gain financier pour ces secteurs pourrait être non négligeable.

 Des pertes immenses en matière de propriété intellectuelle

Or la nature même de cette technologie révolutionnaire, qui permet de créer et de copier des objets tridimensionnels, soulève des questions concernant les éventuelles infractions à des marques déposées, droits de reproduction, brevets, conceptions et droits à l'image. Les risques sont bien réels pour les entreprises. Tandis que des analystes ont publié des prévisions optimistes sur les retombées financières de cette tendance en plein essor, Gartner estime pour sa part à 100 milliards de dollars en 2018 les pertes annuelles causées en matière de propriété intellectuelle par l'impression 3D.

 Les menaces de la 3D

L'un des risques potentiels pour les marques réside dans les « maker espaces » ou encore « Fab Lab », une mode grandissante consistant à mettre à la disposition des consommateurs des ateliers où ils peuvent dessiner leurs objets puis les faire imprimer sur place ; encore des sites Internet où ils ont la possibilité d'envoyer leurs fichiers 3D pour impression. Il existe par ailleurs divers sites de partage de fichiers permettant aux utilisateurs de s'échanger des contenus numériques, notamment des fichiers pour imprimante 3D, souvent sous le couvert de l'anonymat.

 Contrefaçon

Les entreprises dont les produits présentent une marque ou un habillage bien connu peuvent aussi être particulièrement menacées. Par exemple, un utilisateur peut « imprimer » un accessoire pour mobile portant le logo de l'appareil auquel il est destiné, une pratique de plus en plus courante dans les ateliers et sur les sites d'impression 3D. Les fabricants doivent se préparer à la perspective de voir apparaître des objets arborant leur marque mais n'égalant pas le niveau de qualité du produit authentique, au risque d'entacher la réputation de la marque et d'entamer la confiance des consommateurs dans la qualité de ses produits.

 Ces exemples ne sont peut-être que la partie visible de l'iceberg sur les risques potentiels de l'impression 3D. Parmi les autres droits de propriété intellectuelle mis en péril, intentionnellement ou non, figurent les produits soumis à un copyright ou une licence et relativement faciles à copier, les objets dont le principe de fonctionnement ou le design est protégé par brevet et pourrait être dupliqué sans autorisation, voire le droit à l'image des célébrités en cas de représentation tridimensionnelle de leur personne.

Protection : licence, poursuites et législation ?

Avec un tel éventail de menaces se profilant sur le paysage de l'impression 3D, la question demeure : comment les entreprises peuvent-elles s'en protéger ? Une étape fondamentale pour elles pourrait consister à en savoir plus sur les véritables capacités de la technologie. L'impression 3D est apparue à la fin des années 80 mais ce n'est qu'avec les récents progrès rapides de la technologie qu'elle est devenue plus accessible et abordable pour une utilisation au quotidien par des particuliers. Le prix des machines s'échelonne de 5000 dollars à 5 millions et les modèles haut de gamme offrent un niveau de sophistication et de fonctionnalités sans précédent dont les entreprises doivent prendre pleinement conscience pour en mesurer l'impact.

 Un bon point de départ pourrait être la mise en place d'une équipe interne chargée d'explorer les principaux aspects de l'impression 3D pour savoir comment celle-ci peut être utile ou, au contraire, nuire potentiellement à l'entreprise, et comment elle peut s'ancrer plus profondément dans le secteur. Une autre action pourrait porter sur la recherche, sur les espaces en ligne, de cas d'infractions telles que des utilisations illicites de marques voire des contrefaçons. Cependant, il peut se révéler difficile de faire respecter les droits des marques, en particulier si les faussaires se servent d'imprimantes 3D miniatures.

Une autre solution peut être de cibler les autres parties impliquées, par exemple les responsables de l'envoi sur des sites d'échange de fichiers 3D permettant de créer des produits contrefaits. Les marques peuvent même être tentées de s'attaquer directement aux fabricants d'imprimantes 3D mais il leur faudrait alors produire les preuves d'un encouragement ou d'une incitation à la contrefaçon.

De nouveaux modèles économiques

Une approche plus proactive consisterait pour les entreprises à voir dans l'impression 3D une opportunité d'adopter de nouveaux modèles de distribution et de nouvelles stratégies d'engagement. Par exemple, une marque pourrait très bien proposer des fichiers de conception authentiques et agréés, afin que les consommateurs les impriment eux-mêmes sur leur propre imprimante 3D, et mettre des plans numériques à disposition sur une plate-forme web. Certaines des plus grandes marques mondiales ont d'ores et déjà lancé leur stratégie d'impression 3D et, si ces premières initiatives sont couronnées de succès, elles seront suivies d'autres qui leur emboîteront le pas avec leurs propres modèles innovants de marketing et de distribution.

 Face aux formidables opportunités que la révolution de l'impression 3D peut offrir aux marketeurs comme aux utilisateurs, il existe un profond impact sur les marques, dont les objets protégés par des droits de propriété intellectuelle ou autres peuvent être reproduits et distribués sans autorisation. Les marques doivent en avoir conscience et se préparer à ce bouleversement technologique en élaborant une stratégie qui les protège contre les risques de l'impression 3D, tout en mettant à profit les opportunités qu'elle présente. L'économie semble se rapprocher encore un peu plus d'un monde où les consommateurs pourraient en toute simplicité « imprimer » leurs propres produits et où seules survivront et prospéreront les marques pleinement préparées à l'impact de impression 3D et capables de s'y adapter.

[1] http://3dprintingindustry.com/2015/02/09/read-wohlers-report-3d-printing-additive-manufacturing/

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Commentaires
a écrit le 12/04/2016 à 10:58 :
Cet article ressemble à un écrit par une consultante qui veut vendre un service de conseil sur un sujet qui n'en vaut pas la peine.

Comme l'ont très justement dit les personnes de ce forum, les impressions par imprimante 3D ne possèdent pas tous les avantages des autres formes de structuration de la matière.

Il est vrai qu'il existe un teste d'impression de plusieurs matières en meme temps (on a fabriqué un robot qui est prêt à l'emploi" après y avoir collé son moteur, mais quel effort, quel coût, quel temps. La production à la chaîne, en grande quantité, restera moins chère à moyen terme.

Le meilleur exemple est l'impression photo: Sympa d'imprimer une photo comme on veut à la maison, avec ses retouches, mais pour imprimer toutes ses photos de vacances, les services en ligne restent les moins chers et les plus efficaces (sauf pour les gens patients qui ne regardent pas les coûts).

Qu'est ce que cela va changer qu'on explique les challenges des imprimantes 3D dans le privé, à une entreprise? Il faut plus leurs expliquer comment utiliser cette technologie pour réduire leurs coûts et accélérer leurs prototypages afin de vendre des produits de meilleurs qualité. Le reste n'est que littérature...

Arrêtons un peu le sensationnalisme.
a écrit le 11/04/2016 à 16:36 :
Bonjour,
pour notre part nous équipons des particuliers et des professionnels. Lorsque que quelqu'un nous demande une pièce c'est toujours parce qu'elle est introuvable. Jamais pour concurrencer les système dit classique.
Dans un second temps c'est une véritable révolution industrielle, il est désormais possible de fabriquer des petites séries de pièces et objets sans passer par la coûteuse phase moulage.
C'est une nouvelle réponse à un besoin qui existe déjà.
a écrit le 11/04/2016 à 11:04 :
Aux fabricants de garantir la disponibilité des pièces détachées plus longtemps (et donc de lutter contre l'obsolescence par indisponibilité des pièces de rechange) et de les vendre à prix plus raisonnable.
a écrit le 11/04/2016 à 9:30 :
Ce ne sont pas des pertes pour les entreprises mais un manque à gagner. Si je comprends bien la mentalité des journalistes à LA TRIBUNE tout n'est que PROFIT.
a écrit le 07/04/2016 à 17:26 :
Cette analyse de l'impression 3D du point de vue de la PI est intéressante. Mais les chiffres avancés ne tiennent pas vraiment compte de la technologie actuelle. Si un particulier veut contrefaire une pièce en plastique, il n'aura de choix que de la réaliser en ABS et n'obtiendra pas précisément les propriétés élastiques de la pièce qu'il veut cloner.
De plus, il faut s'armer de courage et de patience pour imprimer avec une imprimante 3D à 5000$. Vu le coût de réalisation d'une pièce par injection, l'impression personnel reste très loin d'être rentable.
Il ne faut pas oublier que les outils de modélisation pour mettre au point les pièces nécessite un peu d'expertise et donc de passer de longues heures dessus.
Bref, la problématique se résume plus à savoir si les industriels sauront tirer parti de cet outil. (En proposant des modèles de pièces de rechange téléchargeable par exemple).
Personnellement, je trouve cet outil très intéressant pour le prototypage. Il permet d'éviter de nombreux aller/retour avec un sous-traitant.
a écrit le 07/04/2016 à 7:05 :
Dire qu'un Fablab est une menace pour les entreprises c'est osé.
Pour le moment et pour encore un bon bout de temps les impressions d'objets de marques ou à logo prennent des parts de marché aux contrefaçons asiatiques.
C'est effectivement une révolution technologique qui ouvre de nouveaux et nombreux marchés favorables au PME/PMI qui représente les plus gros employeurs. Les plus grosses entreprises devront s'adapter à ces nouveaux marchés.... mais c'est la"vie" non ? Et c'est plutôt positif comme perspectives économiques.
a écrit le 06/04/2016 à 14:43 :
L'impression 3d peut recréer la forme externe des objets, pas leurs autres propriétés. Cà limite son utilité.
Réponse de le 06/04/2016 à 19:02 :
On aurait pu faire la même remarque sur l'impression en niveau de gris... Dès lors qu'il y aura un large panel de matériaux dans les cartouches, il sera sûrement possible d'élargir le spectre de l'imprimable 3D.
L'impression 3D ouvre quand même des pistes par rapport à la conception de forme non "moulable" ou difficilement usinable.
Après, s'imaginer que c'est LA technique pour produire tout et n'importe quoi, je vois rejoins : C'est un peu utopique.
Réponse de le 07/04/2016 à 13:45 :
des fois non, des fois si ....
y'a pas qu'une méthode d'impression ... et pas qu'un materiau utilisé
Réponse de le 09/04/2016 à 15:57 :
Tout à fait. La "révolution" de l'impression 3D n'en est pas une en réalité: il y a une différence de taille entre l'impression papier et l'impression 3D. Dans le cas de l'impression papier, seuls les symboles ont une importance et donc peuvent être reproduits sans problème. Dans le cas de l'impression 3D, à part dans des cas très particuliers, les propriétés des objets sont importantes, ce qui entraîne une limite fondamentale de ce type d'impression.
Réponse de le 11/04/2016 à 19:23 :
Peut-être, mais cela permettra quand même à tout un chacun d'avoir un buste de Hollande sur sa table de chevet :-) :-)
a écrit le 06/04/2016 à 0:16 :
Les menaces de la 3d si je résume, est que le peuple partage des connaisance entre eux sans contre-partie !

Mais mais mais c'est ANTI-CAPITALISTE comment on peut accepter cela, comment les riches vont s'enrichir plus après cette petite révolution ?
ah oui Panama…
Réponse de le 06/04/2016 à 17:51 :
Je suis tellement d'accord avec votre commentaire.
Mais tout de même qu'elle belle réussite ils ont eu de réussir à faire rentrer dans la tête des gens que la "propriété intellectuelle" (rien que de dire c'est deux mots attaché ça me fait vomir, bref) était essentielle à la vie...
Réponse de le 12/04/2016 à 6:25 :
Pour être plus précis, c'est le partage de connaissances volées à une entreprise ou à un bureau d'études. C'est un peu le même principe que de photocopier un livre et de revendre les photocopies; cela reste du vol.

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