Macron, le libéralisme et les gilets jaunes

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(Crédits : Reuters)
Le mouvement des gilets jaunes s'est initialement opposé aux taxes supplémentaires. Emmanuel Macron s'est fait élire sur un gouvernement libéral. Pourtant, la France reste prisonnière de ses dogmes étatistes et de son Etat profond. Par Thierry Martin, directeur général d'Adevex.

Un spectre hante l'Europe, le spectre du libéralisme. L'union européenne se veut libérale mais elle a engendré une telle bureaucratie induite par une Allemagne foncièrement dirigiste qu'elle a fini par faire fuir l'Angleterre, terre historiquement libérale.

Emmanuel Macron se veut libéral, mais il a, lui aussi, subi le freinage de l'Etat profond, comme Nicolas Sarkozy en son temps. Les gilets jaunes prônant tout d'abord le « moins de taxes, moins de dépenses publiques » avaient, au-delà de la dimension identitaire du mouvement, pu apparaître comme des Messieurs Jourdain du libéralisme. De fait, tout se passe comme si les gilets jaunes étaient une réaction à l'attente suscitée par le discours du candidat Macron qui promettait une modernisation anti-corporatiste, une révolution libérale, la fin des privilèges. Comme l'écrivait Marx, dans « Le 18 Brumaire », quand on joue du violon au sommet de l'Etat, il ne faut pas s'étonner que le peuple se mette à danser.

Les vieux chevaux de retour de la gauche

Malheureusement, le slogan « moins de taxes, moins de dépenses publiques » des gilets jaunes semble aujourd'hui phagocyté par les vieux chevaux de retour de la gauche, du socialisme et de la CGT dans des mainstream media pourtant a priori favorable au jeune Président. Au fil des semaines, ce mouvement boudé au départ par les élites de gauche est en phase de récupération. Il ne faut pas parler de charges mais de cotisations, entend-on. Sous-entendant : ça ne va pas dans votre poche mais ça vous appartient. Leur vieille antienne « tax and spend », faire payer les riches, faire payer les entreprises, « de l'argent y en a » ont infusé les esprits d'un mouvement certes protéiforme.

Contre l'Etat profond

Au cours des six dernières années, François Hollande et Emmanuel Macron ont créé 39 impôts (taxes, cotisations, contributions supplémentaires). Agnès Verdier Molinié recensait 360 « impôts » en 2015 dans son livre « On va dans le mur ». Les gilets jaunes ne devraient pas oublier que c'est contre ça qu'ils se sont révoltés à l'origine, et le président devrait s'appuyer sur cette thématique initiale des gilets jaunes contre l'Etat profond avant qu'il ne soit trop tard, avant que les gilets jaunes réels ne finissent par être définitivement phagocytés eux aussi par la gauche (et la droite dirigiste), responsable de la misère en France et qui sans vergogne pérore dans les chaînes de télévision.

Le Président Macron doit faire appel aux mânes de l'esprit français afin de permettre à son entourage, aux élites et aux journalistes de faire leur aggiornamento mental et de renoncer à la facilité du marxisme culturel pour retrouver les idées justes, simples et belles d'un libéral français comme Frédéric Bastiat (1801-1850). Macron lui-même et les siens ont pour la plupart baigné dans le liquide amiotique socialiste, jusqu'à son Premier ministre Edouard Philippe qui fut rocardien.

Le discours disruptif de Frédéric Bastiat

D'emblée Frédéric Bastiat tient un discours disruptif qui éclaire ce qu'on entend dans la rue et sur les plateaux de télé : « Aussitôt que les classes déshéritées ont recouvré leurs droits politiques, la première pensée qui les saisit n'est pas de se délivrer de la spoliation [...] mais d'organiser, contre les autres classes et à leur propre détriment, un système de représailles, — comme s'il fallait, avant que le règne de la justice arrive, qu'une cruelle rétribution vînt les frapper toutes, les unes à cause de leur iniquité, les autres à cause de leur ignorance. » — La Loi (1850).

Une spoliation légale se développe jusqu'à ce que finalement tout le monde perde à tel point que ceux qui n'avaient rien finissent comme des moins que rien. Quand les gens se rendent compte qu'ils sont au bord de l'abîme cela donne la révolte des gilets jaunes avec 80 % de soutien.

"Spoliation légale"

Bastiat poursuit : « La chimère du jour est d'enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c'est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l'organiser. Or, la spoliation légale peut s'exercer d'une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d'organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l'assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c'est l'ensemble de tous ces plans, en ce qu'ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme. » ibid.

Le Centre d'observation pour l'expansion de l'économie et le développement des entreprises (Coe-Rexecode) a publié ce mois-ci un document mettant en exergue les écarts de prélèvements obligatoires qui existent entre la France et la zone euro. Avec des prélèvements obligatoires chiffrés à 47,9% du PIB contre une moyenne de 40,2%, la France a, depuis 2015, la fiscalité la plus élevée d'Europe. Nous sommes le pays le moins libéral d'Europe autant dire que nous sommes un pays socialiste, d'où la misère qui gagne.

Trois réformes libérales

Au fond, il suffirait de trois réformes libérales pour que tout le monde soit gagnant comme dans un conte de Noël : opter pour l'intégralité des revenus (un salaire net égal au coût du travail), définir un seul impôt faible et proportionnel, et en finir avec les monopoles publics (création de job centers à la place de Pôle Emploi, construction de prisons privées, etc.). Soyons fous, imaginons Macron le Président disruptif sur le perron de l'Elysée lancer avec la fougue du divin Marquis un : Français, encore un effort pour être vraiment libéral.

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Commentaires
a écrit le 19/12/2018 à 9:47 :
Il ne s'agit pas de taxes supplémentaires, mais de répartir les taxes existantes sur la production et su la consommation. Qui serait capable de le faire comprendre? Et de prévoir une allocation complémentaire pour respecter l'équité.
a écrit le 18/12/2018 à 20:17 :
Envoyer M.Sarkozy en Géorgie pour représenter la France est -il un signal pour les électeurs prônant ce libéralisme ?La théorie du ni gauche ni droite ayant magnifiquement sombré il va bien falloir choisir.Et ce n'est pas M.Hollande qui a l'oreille du Président!
a écrit le 18/12/2018 à 20:14 :
Envoyer M.Sarkozy en Géorgie pour représenter la France est -il un signal pour les électeurs prônant ce libéralisme ?La théorie du ni gauche ni droite ayant magnifiquement sombrée il va bien falloir choisir.Et ce n'est pas M.Hollande qui a l'oreille du Président!
a écrit le 18/12/2018 à 19:41 :
Si l’argent publique ne coulait pas à «  flot » même en tsunami, les «  petits chefs républicains «  ne volerait pas avec «  des emplois fictifs de parlementaire« 

C’est qu’il y a de l’argent mais le «  partage » est très mal fait et ça laisse une «  brèche » pour les «  voleurs «  au service soit disant ....

Vite une loi :
Quelqu’un qui est condamné ne doit plus jamais jusqu’à la «  fin de sa vie » être élu au gouvernement :
Ça c’est «  une loi démocratique fondamentale « 
a écrit le 18/12/2018 à 19:03 :
Macron cache la politique de Bruxelles dont il a pris le programme! C'est un pion et un fusible, un autre traître prendra la suite si l'on ne se réveille pas!
a écrit le 18/12/2018 à 18:18 :
L'argent dirige tout et corrompt tout, en se foutant des gens en dessous.
L'unique responsable : c'est le capitalisme Extrémiste.
Pour faire simple, le capitalisme c'est le fait qu'un patron (ou des actionnaires) ait le droit de prendre pour lui n'importe quelle part qu'il veut (dans la limite des lois du pays) de la richesse créée par une entreprise (donc par les gens qui y travaillent) sans avoir à participer une seule seconde à la production du bien ou service que fournit l'entreprise, en ayant pour seule justification le fait que l'entreprise lui appartienne.
Du coup on comprend vite que pour lui, le but suprême c'est de ponctionner le plus possible d'argent et en dépenser le moins possible en salaires, en matériaux de qualité, en garanties sociales, ou en impôts.
C'est la conséquence logique de ce qui arrive quand on laisse les capitalistes (les patrons et actionnaires) agir librement.
Alors deux solutions s'offrent à nous: Soit essayer de les contrôler pour pas qu'ils exagèrent trop (comme on faisait en France) mais donc prendre le risque qu'ils infectent de plus en plus le gouvernement et soient au final totalement libres (comme on est aussi en train d'y assister).
Soit, deuxième solution: agir pour changer de système et en créer un plus juste où l'on serait payé selon notre participation au fonctionnement de la société, tout en ayant des services de base garantis (éducation, droit à la parole et à l'organisation, santé, alimentation, logement, etc).
a écrit le 18/12/2018 à 17:28 :
La priorité des priorités devrait être l’accroissement du PIB qui relativiserait ainsi le poids des dépenses et des prélèvements !! Il faut noter que le PIB par habitant est en France au niveau de la moyenne Européenne et est 15% inférieur à celui de l’Allemagne !! Alors camarades, retroussez vous les manches et allez créer des richesses !!!
a écrit le 18/12/2018 à 17:17 :
Le RIC peut être intéressant s'il est contraignant. Et devrait être limité au contrôle des lois importantes comme la future loi qui réformerait la retraite. Actuellement ,c'est l'exécutif avec ses conseillers et les hauts fonctionnalités qui élaborent et proposent les lois ,au vote d'un parlement godillot. Avec un RIC demandé par les citoyens et contraignant,une loi votée par le parlement pourrait éventuellement être annulée. Cette menace de RIC,obligerait le gouvernement et le parlement,de tenir compte des propositions faites par les syndicats et la société civile,au moment d'élaborer la loi. Cela diminuerait grandement les demandes de RIC. La démocratie représentative occidentale,existe depuis 1 siècle et demi,et ses règles de fonctionnement n'ont pratiquement pas changé. A l'époque 10%de la population savait lire et écrire,aujourd'hui c'est plus de 90%.En plus a l'heure d'Internet et les réseaux sociaux,information circule à grande vitesse. On ne peut pas continuer à élire des députés,tous les 5 ans et pendant ces 5ans,ces députés ne rendent compte devant personne et sont manipulés par un president jupitérien,qui est à son tour est manipulé par les lobbies via les conseillers et les hauts fonctionnaires.
a écrit le 18/12/2018 à 16:57 :
La dernière phrase de l'article: "soyons fou..." !A mon avis l'auteur a lui même un pet au casque .Pour quelques centimes de taxes supplémentaires la France a connu des émeutes ,des pertes économiques énormes ,une image dégradée .Sur le fond les Français sont attachés à ce système qui répercute les impôts et taxes ,qui rend l'éducation ,la santé ,la culture pratiquement gratuites .Et combien d'entreprises bénéficient des commandes publiques ?Dassault a des centaines de sous traitants hautement qualifiés !Quant aux prisons privées c'est bien le contribuable qui paye! Le libéralisme profite à quelques uns comme le communisme à la Nomenclatura .
a écrit le 18/12/2018 à 15:20 :
A propos du fameux RIC : on peut en craindre le pire s'il n'est pas étroitement encadré... Il faut au minimum appliquer les seuils suisses : en Suisse (8,5 millions d'habitants) pour qu'une initiative populaire soit soumise à votation, il faut 100000 signatures, en France il en faudrait donc minimum entre 800000 et 1 million (pour un référendum national puisqu'on pourrait aussi en faire au niveau des collectivités). Un million de signatures, c'est ce qu'a recueilli la pétition de Priscilla Ludosky contre la hausse des taxes carburants (et encore, c'était une pétition en ligne peu impliquante).
En plus il ne faudrait en considérer le résultat comme impératif que s'il y a une participation minimale (ex : 50%) ou encore si l'une des options remporte disons 40% des inscrits.
Réponse de le 18/12/2018 à 16:05 :
ce n est pas le ric qui est réellement intéressant mais le référendum révocatoire qui serait bien plus efficace. Tout politicien (tous) serait sur un siège éjectable et donc comptable et responsable direct de ses actions face à la population.
a écrit le 18/12/2018 à 15:11 :
La propagande continue ...
Vous détruisez le monde et moins ça marche plus on continue sur la même voie.
Si vous aimez tant que ça le libéralisme, allez vivre aux USA, ne cotisez plus à la sécu et laissez nous tranquille.
a écrit le 18/12/2018 à 14:56 :
"une telle bureaucratie induite par une Allemagne foncièrement dirigiste qu'elle a fini par faire fuir l'Angleterre, terre historiquement libérale"

Entièrement d'accord, maintenant la bureaucratie permet de dissimuler des vérités pas jolies jolies...

Nous n'avons pas à craindre le libéralisme mais nos actionnaires milliardaires subventionnés massivement par le dumping fiscal européen et par l'achat des politiciens eux n'ont certainement pas intérêt au véritable libéralisme qui les obligerait à partir à armes égales avec les autres alors que si justement ils ont si bien infiltrés l’état c'est pour ça, pour se greffer sur les dépenses publiques qu'ils pompent de plus en plus.

Votre analyse ouvre en effet une voie que peu ont tenté car c'est une vérité forcément gênante, très gênante car nous rappelant que nous nous vautrons dans l'enlisement le plus total.

UN indice tout de même qui explique ce phénomène et de nombreux autres également:

"Révolutionnaires et propriétaires. — Le seul remède contre le socialisme qui demeure entre vos mains, c’est de ne pas lui lancer de provocation, c’est-à-dire de vivre vous-même modestement et sobrement, d’empêcher, selon vos moyens, tout étalage d’opulence et d’aider l’État lorsqu’il veut imposer lourdement tout ce qui est luxe et superflu. Vous ne voulez pas de ce moyen ? Alors, riches bourgeois qui vous appelez « libéraux », avouez-le à vous-mêmes, c’est votre propre sentiment que vous trouvez si terrible et si menaçant chez les socialistes, mais, dans votre propre cœur, vous lui accordez une place indispensable, comme si ce n’était pas la même chose. Si vous n’aviez pas, tels que vous êtes, votre fortune et le souci de sa conservation, ce sentiment vous rendrait pareil aux socialistes : la propriété seule fait la différence entre vous et eux. Il faut d’abord vous vaincre vous-mêmes si vous voulez triompher, en quelque manière que ce soit, des adversaires de votre aisance. — Si, du moins, cette aisance correspondait à un bien-être véritable ! Elle serait moins extérieure et provoquerait moins l’envie, elle aurait plus de bienveillance, plus de souci de l’équité, et elle serait plus secourable. Mais ce qu’il y a de faux et de comédien dans votre joie de vivre, qui provient plutôt d’un sentiment de contraste (avec d’autres qui n’ont pas cette joie de vivre et qui vous l’envient) que d’une certaine plénitude de la force et de la supériorité — les exigences de vos appartements, vos vêtements, vos équipages, vos magasins, les besoins de la bouche et de la table, vos enthousiasmes bruyants pour le concert et l’opéra, et enfin vos femmes ; formées et modelées, mais d’un métal vil, dorées, mais sans rendre le son de l’or, choisies par vous pour en faire parade, se donnant elles-mêmes comme pièces de parade : — ce sont là les propagateurs empoisonnés de cette maladie du peuple qui, sous forme de gale socialiste, se répand maintenant parmi les masses, avec une rapidité toujours plus grande mais qui a eu en vous son premier siège et son premier foyer d’incubation. Et qui donc serait encore capable d’arrêter cette peste ? " Nietzsche Humain trop humain.

Ils ne l'ont pas été et ne le sont toujours pas visiblement. Ça ne va pas être simple de désaliéner les possédants par contre, depuis le temps, incapables de se remettre en question parce que possédant la science infusée depuis tout petit...

Macron est le serviteur de cette droite là, aliénée, pas celle qui regarde de l'avant et avance pour elle et non pour bêtement posséder.

Comment rendre des gens tombés si bas intellectuellement, intelligents ?

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