Mondialisation : le recentrage régional des économies se confirme

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le recentrage régional des économies se confirme

Assiste-t-on  à un essoufflement de la mondialisation et à un recentrage des économies? Il faut être lucide, il n'existe pas un indicateur global le démontrant, mais il y a déjà un indice avec l'évolution sur longue période du commerce mondial.

Proche de 7,5% en moyenne par an dans les années 90, le rythme de progression des volumes échangés dans le monde s'est légèrement tassé sur la période 2000-2007, à 6,7%, alors même que la croissance mondiale tendait à s'accélérer.

Depuis 2008, c'est la chute

Le compteur indique 2,3% seulement. Certes, la grande récession de 2008-2009 est passée par là. Il y a donc une composante conjoncturelle dans ce chiffre. Toutefois les dernières données montrent  qu'un nouveau régime de croissance proche de 3% paraît se mettre en place : c'est une division par plus de deux.

Les échanges évoluent peu ou prou comme le PIB mondial alors que durant plusieurs décennies ils avaient cru 2 à 2,5 fois plus vite que ce dernier, marquant un coup d'arrêt au mouvement d'interpénétration croissante des économies.

Un retour de balancier

Même si la mondialisation ne se résume pas aux seuls échanges de marchandises, le sens de l'histoire semble donné. C'est d'abord un retour de balancier par rapport à la version la plus extrême du "fabless", de l'allongement à outrance des chaines de valeur.

  • Problème de qualité et de traçabilité du produit final.
  • Problème de coûts en raison de la montée des salaires dans les pays dans lesquels les activités ont été délocalisées. Du reste, à l'ère de l'automatisation générale, le coût du travail n'est plus aussi discriminant aujourd'hui qu'hier.
  • Troisième point, l'idée que conception et fabrication pouvaient être totalement dissociés, les grands groupes en reviennent lorsqu'ils constatent comment cette dissociation fragilise leur écosystème d'innovation.

D'abord centrée sur les Etats-Unis, le mouvement de relocalisation gagne l'Europe selon une étude publiée en 2014 par PWC : sur 384 sociétés non financières de la zone euro, près de 60% ont relocalisé certaines opérations en 2013, contre 55% qui ont fait la démarche inverse.

Un recentrage fort

 Attestant d'une recomposition des chaînes de valeur sur des bases régionales, au sens large, qui peuvent dépasser le seul territoire d'origine. Et cette transformation du modèle de croissance ne s'arrête pas aux seules économies développées. Comme en atteste une étude récente du Cepii portant sur les transformations structurelles du commerce extérieur chinois. Elle montre comment les produits exportés de chine incorporent de plus en plus de composants locaux ou régionaux. Les entreprises étrangères qui étaient le principal moteur du commerce extérieur chinois positionnées sur le commerce de processing (c'est-à-dire d'imports-exports de produits après leur transformation ou leur assemblage) ne le sont plus depuis 2007. C'est désormais le commerce ordinaire fait notamment d'exportations dont les composants sont locaux qui pousse.

Cette bascule s'accompagne d'une réorientation géographique des exportations et des importations chinoises plutôt favorable aux entreprises locales, de l'Asie et des émergents ce qui participe au recentrage régional des économies. Un recentrage qui s'annonce comme une tendance forte de ces prochaines années.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 20/05/2015 à 13:17 :
La mondialisation pourquoi faire? La réponse donne toujours des avantages a des intérêts particuliers sous couvert d’intérêts collectifs!

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