Non, construire des crèches ne nuit pas au plein emploi !

 |   |  1101  mots
(Crédits : DR)
Plus les modes d'accueil des enfants de moins de trois ans sont développés, plus le retour ou l'accès des femmes à l'emploi sera favorisé.Il faut faire de la politique familiale une priorité pour 2017. Par Aurélie Taquillain, secrétaire nationale des Républicains à la petite enfance

Une étude récente de France Stratégie nous apprend que le taux d'emploi des femmes en France s'élève à 43%, contre 37% en moyenne dans l'Union européenne. Loin des polémiques suscitées par un titre « provoc », il faut nous féliciter au contraire de ce chiffre. Non, les crèches ne nuisent ni au plein emploi, ni à l'emploi féminin. C'est même le contraire : plus les modes d'accueil des enfants de moins de trois ans sont développés, plus le retour ou l'accès des femmes à l'emploi sera favorisé.

A l'heure où notre pays est frappé par un chômage structurel de masse et par un taux d'emploi particulièrement faible, cette réussite nous interpelle. Car l'accueil du jeune enfant est bien plus que ce qu'il parait être. Il est un enjeu de solidarité et de croissance.

 Pas d'économies sur la politique familiale

C'est pourquoi la politique familiale doit avoir une place majeure dans le projet présidentiel et dans les réformes que nous conduirons. On peut voir à nos frontières les conséquences catastrophiques d'une absence de politique familiale, qui conduit notamment la majorité des femmes à renoncer à une activité professionnelle.

Soyons clairs : s'il y a bien des économies à faire en 2017, cela ne doit pas être sur ce sujet-là. Car si la gauche nous laisse des comptes publics en ruines, elle laisse aussi notre politique familiale en morceaux et nos communes désemparées. Les coups de rabot sur le quotient familial ont d'abord réduit son plafond de 336 euros, puis en 2013, conduit à un deuxième abaissement de 500 euros, pour 1,4 millions de foyers. Enfin, les plafonds des différentes aides pour la garde petite enfance ont été gravement abaissés, pénalisant toujours plus les familles.

Nous devrons réparer ce qui a été dégradé. Mais nous allons aussi devoir faire des propositions ambitieuses pour répondre aux enjeux qui s'imposent.

 Un enjeu social

Parmi ceux-ci l'amélioration de l'accueil des jeunes enfants, notamment en crèches, est d'abord un enjeu social. Le retour à l'emploi est clairement freiné par le manque de places en crèches collectives. C'est un frein à l'emploi majeur, un des freins les plus inégalitaires car il touche les catégories les plus éloignées de l'emploi et donc les plus socialement fragiles comme les mères célibataires.

C'est aussi un enjeu économique. La France affiche un des taux de natalité les plus forts de l'Union Européenne : 800.000 naissances par an. Ce dynamisme exige une meilleure prise en compte des besoins des enfants et des familles en termes de modes d'accueil. Malgré l'exception française, qui allie un fort taux de natalité et un taux d'emploi des femmes relativement élevé, le taux d'activité des femmes diminue tout de même avec le nombre d'enfants. Or selon des estimations récentes, la France gagnerait 0,4 point de croissance par an pendant dix ans si le temps d'emploi des femmes rejoignait celui des hommes.

 Garantir le libre-choix des parents

L'État doit donc garantir le libre-choix des parents d'organiser leur vie familiale et leur vie professionnelle, en leur offrant des solutions de garde, notamment collectives, pour qu'ils puissent poursuivre ou reprendre leur activité professionnelle s'ils le souhaitent. Et ce n'est pas le cas aujourd'hui.

Aujourd'hui, les communes assument une part écrasante des dépenses de petite enfance, alors que les dotations de l'Etat ont dramatiquement baissé, et que les entreprises n'arrivent pas à jouer pleinement leur rôle car il n'y a pas assez de crèches privées. Comment pallier alors ce manque de places en crèche ?

Mettre fin à l'inflation des normes

 D'abord, en réduisant et surtout en harmonisant la palanquée de normes contraignantes et variables qui régissent les crèches en fonction de l'interlocuteur et du lieu (PMI des conseils départementaux ; CAF départementales, etc.). L'enfant qui habite Marseille n'est aujourd'hui pas accueilli dans les mêmes conditions que l'enfant qui habite Bordeaux. Un organe central, au-dessus des PMI, devrait donc faire appliquer une réglementation unique partout en France (exemple : 6,30 m² par enfant). Cette seule mesure de simplification pourrait créer automatiquement 10.000 places de crèche.

 Aider les indépendants à financer des crèches

Ensuite, les entreprises pourraient investir encore plus dans les crèches si seulement on le leur permettait. Le crédit d'impôt famille existe et fonctionne depuis 2004 (il permet d'offrir un crédit d'impôt de 50% sur les dépenses de crèche engagées par l'entreprise au profit de ses salariés), mais à ce jour il est fermé aux indépendants ! A l'heure où l'entrepreneuriat indépendant est reconnu comme un statut d'avenir, et où on assiste à une « uberisation » de la société, cette discrimination est incompréhensible. Une extension du crédit d'impôt famille permettrait de faire supporter la capacité d'accueil supplémentaire au secteur privé, soulageant ainsi les finances de nos communes mises à mal par cinq années de restriction.

Valoriser les métiers de la petite enfance

Enfin, comment favoriser les métiers de la filière petite enfance ? Comment anticiper le départ en retraite prochain d'une génération entière d'assistantes maternelles ? Il est de plus en plus difficile de recruter : dans ces conditions comment construire de nouvelles crèches sans professionnelles pour les faire vivre ? Chaque année il y a plus de postes à pourvoir que de diplômés ! Les opérateurs de crèches n'arrivent pas à recruter alors qu'il y a des millions de chômeurs ; il faut en finir avec ce gâchis. Il faut promouvoir et valoriser les métiers de la petite enfance par la création de centres de formations, la réforme des programmes de formation, le lancement d'une campagne nationale de sensibilisation et de communication etc. Il faut que les Conseils régionaux puissent financer des écoles d'auxiliaires puéricultrices, là où il existe un manque de personnel important, notamment dû à l'accroissement des normes.

 Vous, les parents, vous donnez au sein de vos familles, l'éducation et les valeurs qui vont structurer la vie de vos enfants et, donc, de toute la société future. Sens de la morale, de l'honneur, du travail, respect, solidarité, courage. Vous dessinez chaque jour le visage de la France de demain. Nous, responsables politique, nous avons le devoir de vous soutenir encore et toujours, pour aujourd'hui comme pour demain.

 Aurélie Taquillain, Secrétaire nationale des Républicains à la Petite enfance (Conseillère départementale des Hauts-de-Seine et adjointe au Maire de Courbevoie chargée de la Petite enfance, de la Famille et de la Vie associative)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/04/2016 à 9:25 :
Au lieu de se feliciter d avoir une natalite forte, on devrait plutot se demander comment faire pour arreter l usine a chomeur !
On a plus besoin de fabriquer des futurs soldats pour aller se battre contre l allemagne comme en 1900 (c est la raison initiale de notre politique lapiniste)
Réponse de le 02/04/2016 à 9:41 :
On ne pas faire une société uniquement composée de vieux. Voir les effets de la politique de l'enfant unique en Chine, on en revient. Mais notre accroissement démographique vient aussi de l'immigration, pas seulement des naissances. Permettre l'accueil des jeunes enfants en crèche lorsque les parents travaillent, c'est bien, parce que souvent le foyer ne peux pas faire une croix sur un deuxième salaire. Pour le reste, c'est soit un choix personnel (le foyer à les moyens financiers de...), soit il est "rémunéré" pour s'occuper du gamin (Prestations familiales, PAJE, complément d'activité, congé maternité, congé parental, RSA majoré, etc).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :