Nos emballages, le recyclage et le climat : vers un new green deal

Le recyclage des déchets peut contribuer largement à la limitation des émissions de carbone. Par Pascal Gislais, président de Valorie et de la Mission NEO 2017

5 mn

(Crédits : DR)

Alors que chacun se félicite de la signature historique par 195 Etats de l'Accord de Paris sur le climat, la question immédiatement posée et au cœur de toutes les attentions est celle de savoir comment... Comment tenir cet objectif de limitation de la hausse des températures à 1,5°C ? Vaste sujet qui vient challenger nos modes de vie et d'organisation ainsi que nos modèles économiques de production et de consommation.

Nous sommes pris sous la double pression d'une forte évolution démographique (entraînant une augmentation mécanique des besoins associés) et d'une limitation des ressources. Cette délicate équation environnementale trouve une part de sa réponse dans le changement de paradigme économique qui prévoit le passage d'une production linéaire à celle dite circulaire, organisée en « cycles de vie » conçus comme autant de cercles vertueux où la matière rare et chère, se réinvente pour être elle-même source de valeur. C'est ici qu'intervient le rôle essentiel du recyclage des nos matériaux.

Des enjeux colossaux

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! » (1).  Il en va ainsi de l'économie comme de la chimie : récupérer, partager et recycler en donnant plus de valeur à l'objet (économie de fonctionnalités). Nos produits et nos services se structurent désormais avec ce triple impératif économique, écologique et sociétal, qui s'impose à tous au niveau mondial.

Les enjeux sont colossaux. Et aucun levier ne peut être négligé. Au cœur de la problématique de l'économie circulaire se trouve la question du traitement et du recyclage des déchets. Si l'on suit les courbes publiées par l'ADEME (2), la quantité de déchets ménagers par habitant ne cesse de croître pour s'établir à 458 kg/hab.an. Or, on mesure que recycler une tonne d'emballages en plastique permet d'éviter l'équivalent d'1.4 tonnes de CO2 (3).

Responsabilité élargie du producteur

En France, le système de recyclage de nombreux déchets est organisé selon le concept de Responsabilité Elargie du Producteur (REP) (4): les entreprises participent au coût de collecte, de tri et de recyclage des produits mis sur le marché selon le principe du « pollueur-payeur ». A chaque type de déchets sa filière. Régulièrement, le système évolue, soit en créant de nouvelles filières pour assurer le recyclage de nouveaux produits (déchets à risques infectieux ou ameublement dernièrement) ; soit pour repenser, améliorer des filières existantes. C'est le cas actuellement pour les filières consacrées aux emballages ménagers et aux papiers.

Les filières du recyclage des emballages et papiers sont en plein réflexion, sous l'impulsion des autorités publiques (Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie en tête) qui travaillent avec les acteurs à l'élaboration d'un nouveau cahier des charges, pour encadrer le rôle et les missions des éco-organismes qui animent le système.

 Pour nous tous, acteurs du recyclage en France, c'est une chance. Nous avons un an pour penser, préparer et proposer un système de recyclage de nos emballages et papiers rénové, mieux adapté aux enjeux : des besoins croissants en énergies et matières premières, des produits et emballages toujours plus sophistiqués à traiter, des centres de tri inadaptés à repenser, des exigences croissantes sur l'utilisation de la matière première recyclée, l'absolue nécessité de prendre en charge des matériaux aujourd'hui « mal » recyclés (comme les plastiques) et un citoyen à mieux intégrer dans la boucle pour l'aider in fine lui aussi à apporter sa contribution aux exigences environnementales que dresse cette 21ème conférence sur le climat.

Le tri, un geste fondamental

Sans révolution ni brutalité, il faut accompagner en douceur et collectivement le changement. Loin des promesses, ce sont ici quelques principes - simples mais critiques - qui doivent collectivement nous animer dans nos travaux pour la mise en place d'une procédure de recyclage mieux partagée : un système plus ouvert, plus simple, plus transparent, plus efficace. Nous sommes au cœur d'un écosystème qui exige confiance, concertation et innovation, pour que la somme des intérêts particuliers que nous portons ensemble, collectivités, entreprises, état, citoyens, soit mise au service de l'intérêt général qui est le nôtre : faire progresser la collecte et le recyclage en France.

Le citoyen doit reprendre conscience de ce geste fondamental qu'il fait en triant ses emballages, comme un pouvoir qu'il détient d'apporter très concrètement sa contribution à l'environnement. Les entreprises engagées et au cœur de la dynamique du recyclage en France depuis plus de vingt ans, doivent pouvoir aller plus loin et agir encore mieux demain. Nous y travaillons. La procédure de consultation mise en place par les autorités pour la procédure d'agrément des éco-organismes, nous offre un cadre pour agir. A nous de nous en saisir pour faire progresser le recyclage et qu'il soit un pilier toujours plus solide et contributif du cercle vertueux de la croissance verte au cœur de nos territoires.

Pascal Gislais est président de Valorie et de la Mission NEO 2017.

Notes
1. Maxime attribuée à Antoine de Lavoisier, chimiste, philosophe et économiste français du 18ème siècle, souvent présenté comme le père de la chimie moderne
2. Chiffres Clés - Déchets - Editions 2015 publiés par l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie)
3. Etude Bio IS
4. Les politiques de collecte sélective et de recyclage des déchets s'appuient pour partie sur les filières dites de responsabilité élargie des producteurs (REP), système mis en place dans les années 1990 selon le principe qui découle de celui du pollueur-payeur.

5 mn

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Commentaire 1
à écrit le 21/12/2015 à 13:57
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Il est beaucoup plus productif et incitatif d'aborder le problème du réchauffement par le biais de la lutte contre la pollution et le tri et le recyclage que de faire du catastrophisme à la sauce GIECC. D'un côté une mobilisation possible des citoyen...

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