Nuages sur la finance internationale

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« La finance internationale est-elle devenue plus stable depuis 2008 ? », tel est le thème d'une table ronde qui se tiendra le 20 mars au Printemps de l'économie. Par Dominique Plihon, Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité

Si l'on regarde les réformes financières réalisées depuis le début de la crise de 2008, on devrait être rassuré. La plupart des grands pays, avancés et émergents, se sont dotés d'un nouveau cadre réglementaire plus contraignant, pour les banques en particulier. On notera cependant que les réformes menées récemment sont beaucoup plus limitées que celles qui ont suivi la crise de 1929. C'est ainsi qu'aucun pays n'a mis en œuvre une véritable séparation des banques de détail et d'investissement, alors que l'expérience de l'après-guerre aux États-Unis et en France avait pourtant démontré son efficacité pour stabiliser les systèmes bancaires.

Début 2017, deux séries de raisons conduisent à penser que la finance internationale est à nouveau en proie à un fort risque d'instabilité, comme le montrent  les turbulences récurrentes sur les marchés. Tout d'abord, on constate qu'en dépit du renforcement récent de la régulation, le système financier international connait une évolution inquiétante dans plusieurs domaines.

Les trois évolutions du système financier international

En premier, le développement rapide de la « banque de l'ombre » (shadow banking), c'est-à-dire de la partie opaque et non régulée des activités bancaires et financières. Les actifs gérés par cette banque de l'ombre représentent désormais 50% du système bancaire traditionnel à l'échelle de la planète.

Autre indice inquiétant : le poids croissant du trading à haute fréquence, c'est-à-dire les transactions financières effectuées à la vitesse de la lumière par des ordinateurs, et qui peuvent entrainer des « flash krak » imprévus. La part des opérations sur les actions réalisées par cette technique est désormais de 50% aux États-Unis et 25% en Europe. Troisième facteur d'inquiétude, et non le moindre : la montée de l'endettement public et privé dont le niveau global excède désormais celui de 2007, dépassant 200% du PIB mondial. Cette évolution est mondiale : elle concerne à la fois les pays avancés et les pays dits « émergents ». Les économistes de la BRI viennent de tirer la sonnette d'alarme à ce sujet,  dans leur dernier rapport trimestriel publié le 6 mars.

Mais il existe un second motif d'inquiétude quant à la stabilité future de la finance internationale. Il ya en effet des raisons de penser que l'on se trouve au début d'un nouveau cycle de dérégulation financière. L'évènement le plus spectaculaire à ce sujet est la signature le 3 février 2017 par Donald Trump de l'un de ses fameux décrets présidentiels abrogeant une partie de la loi Dodd-Frank mise en place en 2010 par l'administration Obama pour encadrer l'activité bancaire. En janvier 2017, on avait déjà appris que les grands régulateurs des banques à l'échelle de la planète avaient arrêté leurs négociations, faute d'accord, en vue de finaliser les règles dites de « Bâle 3 », destinées à limiter les risques pris par les banques internationales. L'Union européenne n'est pas en reste dans ce mouvement de recul du contrôle de la finance. La Commission présidée par Juncker a décidé de lancer en 2016 un vaste programme de libéralisation des marchés financiers, sous le nom d' « union des marchés de capitaux ». Par ailleurs, on peut s'attendre à ce que le Royaume-Uni se lance dans une surenchère en matière de dérégulation pour maintenir la domination de la City de Londres après le Brexit.

Ce recul face au nécessaire contrôle de la finance internationale a de quoi inquiéter. Il montre que les décideurs publics sont amnésiques et n'ont pas tiré les leçons de la crise de 2008. La prochaine crise financière n'est peut-être pas loin !

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En savoir plus sur le Printemps de l'économie : www.printempsdeleco.fr

Pour cette Ve édition du Printemps de l'économie, La Tribune animera une conférence le 22 mars sur « l'enjeu du numérique pour l'avenir de la France » au CNAM, partenaire fondateur de l'événement.

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Commentaires
a écrit le 23/03/2017 à 18:58 :
Notez, depuis le temps que je fréquente La Tribune, j'ai rarement vu un article (article ist) DISPARAITRE aussi rapidement... Je suis juste tombé au bon moment pour laisser un commentaire, puis... piuff, disparu...
a écrit le 23/03/2017 à 14:16 :
Enfin, une prise de conscience... Et, AUSSI, le fait que 1929 avait entrainé l'arrivée de Roosevelt, dont les actions sont SOIGNEUSEMENT cachées à l'heure actuelle. Soyons "rassurés" : un Roosevelt est devenu impossible à l'heure actuelle, et les milliardaires et leurs contemplateurs jaloux peuvent dormir tranquilles...

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