On ne comprend (presque) plus rien à la croissance potentielle

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, on ne comprend (presque) plus rien à la croissance potentielle

Le bon vieux concept de croissance potentielle, aussi critiqué soit-il, continue à imprimer sa marque sur nos raisonnements. La crise aurait sapé les potentiels des pays avancés. La vigueur de la reprise actuelle serait donc bornée par des capacités étriquées. Nous continuons ainsi à commenter nos économies, comme si elles étaient dominées par les lois physiques de l'industrie. Comme si les entreprises fonctionnaient essentiellement en puisant dans le panier fini des ressources humaines et financières nationales. Comme si la productivité et sa mesure relevaient d'une science exacte.

Ces réflexes sont vivaces... et pourtant.

Aux Etats-Unis, les bulles explosent avant la surchauffe

Prenons d'abord le cas de l'économie américaine. Son taux d'utilisation, même si l'on se focalise uniquement sur le cas de l'industrie (10% de l'économie), ne cesse de décroître cycle après cycle.  Pourquoi ? Sûrement parce que l'explosion récurrente des bulles devance systématiquement l'irruption de véritables tensions sur les capacités. Parce que la phase de surchauffe, ce moment où l'économie tourne à plein régime, à pleine capacité, et convertit le surcroît de demande en accélération de l'inflation doublée d'un durcissement monétaire, a systématiquement été devancé par l'irruption des crises financières.

Sûrement aussi parce que la limite même des capacités est de plus en plus insondable pour les entreprises, qui externalisent les composantes les plus variables et standardisables de leur production. Augmenter la production est dès lors de moins en moins assujetti à une décision d'embauche ou d'investissement, notamment quand les modèles d'affaires à coûts fixes gagnent du terrain.

Et dire que l'on connaît les limites véritables de la croissance, dans une économie qui navigue très en deçà de ses pics passés de taux d'emploi et multiplie le freelance d'appoint - autant de jobs qui peuvent demain se reclasser ailleurs -, paraît une gageure. Si la demande s'accélère aux États-Unis, rien ne nous dit que cette économie ne saura pas mobiliser ou redéployer les ressources nécessaires.

En Europe, une industrie en mode adaptatif perpétuel

Prenons ensuite le cas de l'économie européenne, qui peut donner la sensation de pousser ses cycles jusqu'à maturité, puisque les taux d'utilisation flirtent avec leurs pics historiques à chaque retournement. La zone, en fait, accompagne les fluctuations de l'économie mondiale sur un mode adaptatif. L'industrie règle au plus fin ses capacités et ses stocks, dans un souci de rationalisation extrême. Et à chaque souffle de reprise, dans cette zone à flux tendus, à effectifs resserrés, les tensions surgissent rapidement, dans l'industrie du moins.

Mais ces tensions sont-elles vraiment les symptômes d'une économie tournant à plein régime ? Constituent-elles vraiment ce plafond de verre, qui fait que l'on ne peut espérer beaucoup plus de croissance sans basculer dans la surchauffe ? Pas certain non plus.

On ne sait plus mesurer la croissance potentielle

Force est de constater que même si nos compteurs de tensions physiques (TUC, difficulté d'embauche) semblent se tendre rapidement, comme en France par exemple, les tensions inflationnistes, elles, relèvent encore de la pure spéculation. D'ailleurs, déclarer une difficulté à embaucher est-elle vraiment révélatrice d'un butoir physique irréductible ? Ne traduit-elle pas plutôt le fait que cette difficulté est indissociable de la décision d'embauche, et qu'en phase de croissance des capacités, une proportion croissante d'entreprises y sont confrontées ?

Comme aux États-Unis, est-on certain que le taux de chômage est le bon indicateur du plein emploi quand une proportion croissante de la population survit sur des mini-jobs ou de l'auto-entrepreneuriat de survie ? Quelle influence exercent encore les capacités internes d'une entreprise sur sa perspective de croissance quand la majeure partie des coûts variables est externalisée? Que sait-on de la productivité, à supposer que la demande mette en tension l'offre, notamment dans des économies qui fonctionnent de plus en plus à coûts fixes ?

Bref, le vrai problème, c'est la survenance des crises financières. Pour l'heure, admettons que nous ne savons plus grand choses de nos potentiels. Et que seule une stabilité financière bien hypothétique nous permettrait d'en juger.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 15/02/2018 à 8:41 :
Il semblerait que la notion de croissance potentielle oublie de tenir compte du role de l'énergie. On a le travail, le capital ET l'énergie. Sans énergie, nous serions encore au moyen age.
a écrit le 14/02/2018 à 18:14 :
La croissance potentielle est une prévision de croissance à long terme qui ne veut pas dire son nom. Or beaucoup d'économistes en parlent comme d'une trajectoire statistique ideale ce qui tient de l'erreur de raisonnement. Bref c'est un concept totalement surévalué.
a écrit le 14/02/2018 à 10:16 :
La financiarisation de notre économie n'a pu que déconnecté celle-ci du réel et comme elle a prit toute la place, nous voyons bien que les milliardaires investissent d'abord dans l'argent plutôt que dans les outils de production nous en arrivons logiquement à un système de mesure non basé sur la production, sur le marché de l'offre et de la demande, mais basé sur les seuls placements d'argent qui au final ne sont qu'esbrouffe.

Quand j'étudiais l'économie, il y a maintenant longtemps on nous a appris que déjà la valeur financière était bien plus grosse que la valeur réelle à savoir industrielle, on parlait déjà de bulle. Sous la pression des propriétaires d'outils de production et de capitaux celle-ci est devenu la norme, permettant en plus de compliquer l'économie afin que le citoyen continue de ne rien voir de la magouille gigantesque, cette valeur financière est devenue la seule et unique valeur faussant forcément tous les outils de mesure qu'ils ont adapté à leurs délires néolibéraux.

Oui les actionnaires milliardaires sont entièrement responsables de la misère sur la planète et de sa destruction mais ils on tacheté les gens sensés nous en protéger ou nous en informer.

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