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OPINION. « Hausse des tarifs douaniers américains : quelle riposte pour l'Europe ? »

Christophe Gomart

Publié le 06 février 2025 à 06:33 - Mis à jour le 06 février 2025 à 06:49

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OPINION. L'officialisation de la hausse des tarifs douaniers par Donald Trump, notamment à l'égard du Mexique, du Canada et de la Chine, montre clairement la volonté du président américain d'exercer une pression sur l'Europe. Ces décisions posent des questions sur la véritable nature des relations commerciales transatlantiques, alors que l'Europe doit naviguer entre dépendance géopolitique et menaces économiques. Par le général Christophe Gomart (*)

L'officialisation de la hausse de 25% des tarifs douaniers américains vers le Mexique et le Canada, et de 10% supplémentaires pour la Chine, laisse peu de doute sur les moyens de pression que l'impétueux « tariff-man » (super-douanier) Donald Trump s'apprête à exercer sur les Européens.

L'Europe est-elle réellement une « profiteuse » pire qu'une « petite Chine » ?

Contrairement aux chiffres véhiculés par le nouveau président, le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de l'Europe en biens ne s'élève pas à 350 milliards d'euros, mais 157 milliards (soit 16% du déficit commercial global américain). En considérant l'excédent commercial des États-Unis vers l'UE dans le domaine des services, il ne s'élève même plus qu'à 52 milliards d'euros (7% du déficit global américain). Le déficit commercial des États-Unis avec l'UE existe de longue date (1970) et a pendant longtemps été un corollaire de relations d'interdépendances bien comprises.

Le contexte géopolitique et économique offre à Donald Trump une fenêtre de tir idéale pour développer sa stratégie de « prédateur dominant »

D'une part, la récente remise en cause par l'Arabie Saoudite de l'hégémonie du dollar dans les échanges d'hydrocarbures, et plus généralement la volonté des BRICS de réduire leur exposition au dollar, obligent le président américain à revoir la structure de son économie. D'autre part, Donald Trump sait l'Europe prise en étau. Sur le front Est, la menace russe la rend plus que jamais dépendante du soutien de l'alliance transatlantique. Pour mémoire, 80% des armes livrées à l'Ukraine par l'Union européenne étaient d'origine américaine. À l'Ouest, l'économie européenne, pour ne pas dire allemande, a un besoin vital des débouchés du marché américain pour vendre ses voitures de luxe.

Les conséquences d'une guerre commerciale pèseront des deux côtés de l'Atlantique

Côté européen, d'après les estimations de la Commission, un tarif douanier universel de 10 % pourrait conduire à une baisse du PIB de 1 % dès 2025 (1,6% pour l'Allemagne) et de 30% des exportations dans les secteurs des machines-outils, des véhicules et des produits pharmaceutiques et chimiques (deux tiers des exportations de l'UE vers les États-Unis en 2023). La France, dont la balance commerciale avec les États-Unis est négative, garde néanmoins un âpre souvenir de la « taxe Trump » de 25% sur les vins et spiritueux entre 2019 et 2021. Cette taxe sectorielle, comme celle établie sur l'acier européen (+25%), n'avaient pourtant pas empêché le déficit commercial des États-Unis vers l'UE de continuer de croître durant tout le premier mandat du président (+33% entre 2016 et 2020). La hausse généralisée des tarifs douaniers fait peser à l'inverse un risque inflationniste certain sur l'ensemble de l'économie américaine, qui pourrait coûter au ménage américain 1000 à 1200 dollars de pouvoir d'achat annuel d'après le budget Lab de l'université de Yale.

Quelle riposte l'Europe peut-elle prévoir ?

Trois scénarios se présentent aux Européens selon moi : la soumission, l'individualisme ou la résistance.

Le premier est celui qu'ont commencé à jouer les institutions européennes, guidées par les intérêts allemands, en proposant d'acheter plus de gaz de schiste (Ursula von der Leyen en novembre 2024) et d'armes américaines (Christine Lagarde en décembre 2024) pour calmer l'ire du géant.

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Le deuxième est celui auquel se livre déjà une frange souverainiste de l'Europe (Hongrie, Italie) séduite par le discours de puissance américain et prête à négocier son indépendance contre un traitement de faveur. Si la fixation des tarifs douaniers est une compétence communautaire, les États-Unis peuvent en effet différencier les États membres et leur proposer des tarifs douaniers moins importants en contrepartie d'engagements commerciaux, comme le passage des systèmes de communication italiens sur Starlink.

Enfin le dernier n'est pas hors de notre portée. L'Union européenne, à l'instar des Canadiens, pourrait augmenter en représailles du même niveau ses tarifs douaniers à l'importation sur les produits américains, pour pouvoir ensuite mieux négocier. Elle l'avait fait dès 2018 sur de nombreux biens, comme les Harley-Davidson. Ces mesures ont été depuis suspendues et pourraient être rétablies. Une hausse significative des droits de douane à l'importation, tous pays confondus, sur les armes que nous sommes capables de produire sur notre continent (comme les obus de 155mm, les avions de chasse, frégates et porte-avions) favoriserait à court terme notre base industrielle de défense et renforcerait à long terme notre autonomie stratégique. La hausse de la taxation des grandes sociétés américaines du numérique (les GAFAM) et un meilleur contrôle des investissements étrangers sont aussi des armes, depuis peu, juridiquement à notre main. Enfin, le développement de nouveaux partenariats et alliances économiques, notamment avec l'Asie, est une des issues de sortie au tout-américain.

Quelle que soit la voie choisie, ne nous berçons plus d'aucune illusion

Les grandes puissances ne respectent aucune des règles du jeu que s'impose l'Union européenne. Les Américains abuseront de tous les moyens de pression à leur disposition pour servir leurs intérêts à nos dépens.

_____

(*) Le général Christophe Gomart est député français au Parlement européen, premier vice-président de la Commission sécurité et défense, membre de la Commission des affaires étrangères et membre de la Commission des affaires économiques et monétaires.

Christophe Gomart

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