OPINION. « La CSRD est un outil de puissance économique ! »
Sylvain Boucherand

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Les grands groupes ont commencé à se mettre en conformité avec cette réglementation européenne, qui fait changer d'ère la Responsabilité Sociétale des Entreprises - RSE. Elle demande aux entreprises de réaliser un reporting complet sur leurs enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance et les politiques mises en place pour y répondre.
Le niveau d'exigence est élevé et demande une préparation très importante, qui enferme souvent les directions RSE qui s'en chargent dans une logique administrative si elles ne prennent pas la peine de garder du recul. Pourtant, la CSRD est un véritable outil de puissance économique.
Ce n'est pas en fermant les yeux sur les enjeux qu'on va les faire disparaître. La CSRD demande de commencer l'exercice par une cartographie des enjeux de l'entreprise, pour pouvoir les prioriser. C'est l'analyse de double matérialité. Il s'agit en effet de regarder, à la fois, en quoi les activités de l'entreprise impactent les écosystèmes naturels et les personnes, mais aussi en quoi les enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance peuvent générer des risques pour le bon fonctionnement de l'entreprise.
Cette étape implique de mobiliser les équipes en interne et ses parties prenantes pour avoir une vision à 360°. Mais quel conseil d'administration d'entreprise regrettera de s'être enfin réellement intéressé aux risques que font peser la non prise en compte de la transition écologique et sociale sur la réussite de l'entreprise ? Dans une période chaotique il devient indispensable d'avoir les bonnes informations pour prendre les bonnes décisions, savoir identifier les signaux faibles, savoir reconnaitre qu'une entreprise ne fonctionne qu'au sein de son écosystème d'acteurs.
Oui, la double matérialité est une singularité européenne, mais elle est tout à fait vitale et finira par s'imposer (la Chine a d'ailleurs également choisi cette approche en début d'année pour ses entreprises cotées), car on ne développe pas un pays et une économie sur un tissu social moribond et un territoire détruit.
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La CSRD demande d'interroger son business model à l'aune de ces nouveaux risques et de présenter les plans d'action qui en découlent. Cet exercice est salutaire ! Les marges de compétitivité de nos entreprises se trouvent ici.
Identifier ses consommations de ressources et innover pour les réduire permettront de renforcer nos entreprises au niveau national et international en les rendant moins dépendantes des matières et de l'énergie. La sécheresse historique à Taïwan en 2021 a mis à l'arrêt des usines de fabrication de semiconducteurs, qui sont de grandes consommatrices d'eau, générant une pénurie mondiale. Les répercussions en chaîne ont touché de nombreux secteurs au-delà de la tech, comme l'automobile, l'industrie, l'électronique pour ne citer qu'eux. Les retards de production et les augmentations de coûts ont mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales face aux enjeux bien concrets de la transition écologique.
Connaitre leur chaîne de valeur et réduire son exposition aux risques liés aux crises environnementales et sociales, en assurera une meilleure maîtrise. Evidemment cela demande un minimum d'analyse et de collecte de données, comme pour la gestion de risques financiers. Dans un monde globalisé, ce sera un facteur majeur de résilience.
Au-delà des risques, la CSRD insiste aussi sur les opportunités... Complet angle mort aujourd'hui !
Avec les plans sociaux qui sont annoncés aujourd'hui on doit se demander si nos outils de prévision et d'analyse sont les bons... Le job des directions générales des entreprises, c'est pourtant d'anticiper. La CSRD est la seule démarche qui ouvre sur les nouveaux enjeux de court et de long termes, qui permet de relancer une stratégie d'investissement lamieux adaptée pour s'y préparer. La mise en place de plans de transition et d'une planification financière pour répondre à ces enjeux critiques impliquent effectivement de repenser les stratégies d'innovation.
Une stratégie d'innovation a-t-elle un sens si elle est complètement hors sol et fait fi des défis de la société ? Il faut imaginer et bâtir des entreprises et des infrastructures résilientes. Celles qui continuent à assurer des services essentiels quand les territoires vont essuyer les prochains impacts de l'érosion de la biodiversité et du réchauffement climatique. Cela donne un sens réel à une réindustrialisation visionnaire et massive de notre pays et de l'Europe, en plaçant au centre les enjeux de la transition écologique et d'avenir.
Au-delà de stabiliser notre économie et nos sociétés, si les entreprises investissent dans la maitrise des enjeux de durabilité, elles prendront un temps d'avance réel. Nous pouvons parier que leurs produits et services innovants et soutenables sauront aussi trouver preneur à l'export, quand l'ensemble des territoires devront faire face aux changements globaux. C'est une chance unique de retrouver notre compétitivité sur le marché mondial.
La CSRD renouvelle le tableau de bord des dirigeantes et dirigeants d'entreprises, et par tous ces aspects peuvent rendre plus puissantes nos entreprises.
Le populisme ambiant ne doit pas nous faire dévier des priorités : engager les entreprises dans des stratégies sans regret et redévelopper un leadership écologique. La CSRD peut nous y aider... à condition d'en faire un véritable exercice stratégique !
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(*) Sylvain Boucherand accompagne les entreprises et institutions financières dans l'intégration des enjeux de transition écologique à leur stratégie, business model et dialogue avec les parties prenantes. Ingénieur de formation et expert des questions RSE, climat et biodiversité, il porte une conviction : tous les acteurs ont un rôle à jouer pour transformer nos modèles économiques et notre rapport à la nature.
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