OPINION. « La mesure d'impact, un levier pour des chaînes de valeur agricoles durables »
Matthieu Brun et Christian Moreno

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La directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) entrée en vigueur il y a un an, exige des entreprises qu'elles connaissent leur impact. Cette nouvelle exigence, bien que nécessaire dans son principe, pose des défis considérables dans sa mise en œuvre, en particulier pour les acteurs des pays en développement. Par son impact sur les chaînes d'approvisionnement des entreprises européennes, l'application de la Directive entraînera des conséquences pour les producteurs agricoles des pays du Sud, qui pourraient se trouver dans l'impossibilité de se conformer aux exigences et aux standards. Cela entraverait leur accès aux marchés. Les petits producteurs, en particulier, maillons essentiels de nos chaînes de valeur agricoles, se trouvent souvent démunis face à la complexité et au coût de ce reporting. Comment pouvons-nous alors concilier l'impératif de transparence avec la réalité du terrain ?
La réponse réside dans le développement d'outils de mesure d'impact qui s'intègrent dans une approche holistique des chaînes de valeur pour des transitions agroécologiques, dans leurs dimensions fonctionnelle, économique, sociale et environnementale. Ces méthodologies de suivi-évaluation (MRV - Monitoring, Reporting, Verifying), si elles sont bien conçues, doivent permettre non seulement de répondre aux exigences réglementaires, mais aussi de générer des connaissances précieuses pour améliorer les pratiques, d'identifier les points forts et les faiblesses des chaînes de valeur, d'orienter les investissements vers les pratiques les plus efficaces et de valoriser les efforts des producteurs engagés dans une démarche de durabilité. La mesure d'impact est alors au cœur d'un cercle vertueux et devient un moteur d'innovation et d'amélioration continue.
Cependant, les outils seuls ne suffisent pas, ils doivent être accessibles à tous les acteurs, de l'amont à l'aval jusqu'aux producteurs. Il est donc crucial de renforcer les capacités locales en formant les acteurs de terrain pour une mesure d'impact inclusive Il sera aussi important de développer des partenariats entre chercheurs, producteurs, entreprises de l'aval, décideurs politiques, et de créer des communautés de pratiques pour partager les expériences et les leçons apprises.
La transparence accrue générée par ces mesures renforcerait donc la confiance entre les différents acteurs de la chaîne de valeur. Elle permettrait aux consommateurs de faire des choix éclairés, aux investisseurs d'évaluer les risques et opportunités et aux décideurs politiques de concevoir des politiques plus efficaces.
En conclusion, la mesure d'impact dans les chaînes de valeur agricoles n'est pas seulement une obligation réglementaire, c'est une opportunité de transformation. Bien utilisée, elle peut devenir un puissant levier pour construire des systèmes alimentaires plus durables, équitables et résilients. C'est un défi que nous devons relever collectivement, en plaçant l'innovation, la collaboration et l'inclusion au cœur de notre approche. L'avenir de notre agriculture et de notre alimentation en dépend.
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(*) Matthieu Brun est directeur scientifique de la Fondation FARM et chercheur associé au laboratoire LAM-Sciences Po Bordeaux ; Christian Moreno est responsable de projets à FARM. La Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde, reconnue d'utilité publique, est un think tank qui promeut le développement durable des agricultures, en particulier dans les pays du Sud.
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